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Par Lali, le 05/03/2011
Poèmes dissolus : Edition bilingue français-néerlandais de
Luuk Gruwez
Sourdine
Et s’il n’y a plus de tendresse,
feignons la tendresse,
les mains bandées et les yeux clos,
couchés l’un contre l’autre telle une frontière.
Un mot alors ne peut plus s’appeler un mot,
mais une bouchée de consolation muette;
et le désir perd sa petitesse, plus profond,
plus vaste qu’un panorama
plein d’oiseaux d’été, accords de Mendelssohn, sfumato
emprunté à Vinci. Ta plus belle pitié, tu l’échangeras
contre mon plus cher chagrin; je temporiserai
avant de sonder plus avant le déclin de ton corps.
Oh, s’il reste alors de la tendresse,
craignons la tendresse comme
un mal très ancien. Tant de tendresse,
jamais homme ne le supporta.
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Par Lali, le 04/03/2011
Poèmes dissolus : Edition bilingue français-néerlandais de
Luuk Gruwez
Le perdant magnifique
J’aimais la gaze la plus fine du désir
comme le zéphyr le corps de la baigneuse
et partout où j’allais, me ceignait l’angoissant
agrément d’un voile de flétrissure.
Et tout au long d’une saison tombait le soir.
Et lorsque — le haut sur le vent —
le désir de blessa à la convoitise,
combien n’aimai-je pas cette perte magnifique,
comme si le souffle d’une passion me perdait,
encore qu’à peine on embrassait
l’ostensoir d’une seule bouche.
Et chaque soir venait l’automne.
Et chaque fois que le plus gracieux des automnes
m’offrait un gîte dans le vent,
je trouvais dans un bruissement, un tremblement,
une maison pour être sans abri.
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Par Lali, le 06/03/2011
Poèmes dissolus : Edition bilingue français-néerlandais de
Luuk Gruwez
Esthétique
Le plus gracieux n’est pas le cygne, mais
l’eau où, sans trace, le cygne se reflète,
rides d’un aimable frisson.
Le plus gracieux n’est pas ton corps, mais le miroir
où le corps à peine meurtri se reflète,
tandis qu’une main glisse sur ta peau
et qu’une caresse, alors, qui s’embrasserait elle-même,
se couche sur ton corps.
Tandis que mon regard incapable de capter
indéfiniment ce spectacle, reste captif et non embrassé,
comme celui qui invité un jour à la volupté,
reste à jamais l’otage de la douleur.
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