-
Par lanard, le 01/09/2010
La Guerre mondiale de
Michel Serres
p. 156 « Arrogantes de leur nouveauté, les sciences humaines n’ont pas, que je sache, songé à se doter d’un étage extérieur et supérieur de réflexion, comme la physique se donna, voici plus de deux millénaires, une métaphysique. Mieux valait, en effet, pour ces sciences dites dures, qu’apparaisse cette discipline nouvelle, munie de concepts abstraits, non falsifiables, dont la stérile fécondité gomma les figures ridicules, mensongères et fabriquées, de Zeus, Neptune ou Aphrodite, faux dieux dont la connaissance objective, dès les présocratiques jusqu’à Lucrèce, rit.
N’imitant pas les sciences physiques, les sciences sociales ne se dotèrent jamais d’une métanomique. Pourquoi ? Parce qu’elles ne sont pas falsifiables. Falsifiables au contraire, les sciences dures ont besoin d’une métaphysique, elle-même non-falsifiable. Elles y cherchent, en effet, à dépasser leurs limites, à trouver une liberté de penser, une banque de données, un complément… garde-fou, peut-être, mais, pourquoi pas ? droit d’être fou.
Il existe quelque équivalence fine entre la falsifiabilité d’un savoir et l’existence d’une métascience non falsifiable que le premier promeut et dont il a besoin. Du coup, nul ne manque de remarquer cette dissymétrie entre les sciences dures et douces.
> lire la suite
-
Par lanard, le 01/09/2010
La Guerre mondiale de
Michel Serres
Temporel/Spirituel
pp. 110-112
« L’expression pouvoir temporel fait tautologie – plutôt plate -, celle de pouvoir spirituel, contradiction – et, parfois, mensonge. Un pouvoir, en effet, déploie et impose force, armée, police, contraintes corporelles et physiques, le tout immergé dans les enjeux du temps. Non engagé, l’esprit décrit, au-dessus, un souffle, une brise, souvent douce, quoique parfois en vent impétueux : ruagh en hébreu, anemos en grec, âme et esprit en langues latines. Cette coulée fluide s’oppose aux roches cristallines, le soft anglais à son hard. Du coup, dès qu’un pouvoir spirituel impose une force, il quitte sa nature propre et retombe dans le temporel. Il laisse l’esprit et devient un pouvoir. Ainsi la justice tombe dans le droit et s’y réalise ; la mystique chute en politique, avait dit Péguy. L’histoire des diverses Eglises relate souvent cet effondrement. On voit ce dernier partout.
En voici au moins deux exemples, inquiétants, tirés des sciences et de la culture. Depuis Hiroshima, depuis Nagasaki et leurs milliers de morts, la science ne peut plus accéder au rôle que lui assignèrent Condorcet, Comte et Renan, d’un pouvoir authentiquement spirituel, capable de la guider ou d’orienter le temporel. Elle l’assuma deux siècles ; la voici dans la guerre et hors jeu. D’autant que mille entreprises, désormais, trouvent fortune et gagnent en puissance et gloire grâce à la recherche et au développement. La voici, derechef, dans la concurrence dure et hors jeu. La Big Science gère un pouvoir temporel.
Ce que l’on appelle aujourd’hui la culture : industrie cinématographique, grandes chaînes de radio et de télévision, lancement de best-sellers mondiaux, rencontres sportives, musique obligatoire dans les lieux publics… toutes entreprises concourant à la société du spectacle, mobilisent un investissement financier colossal, pour toucher le plus grand nombre. La voici dans l’exploitation des consciences et hors jeu. Cette « culture » gère un pouvoir temporel.
Après la science et ce que l’on définit, aujourd’hui, comme culture, j’hésite à citer les grandes religions, dont on dit partout qu’elles précipitent les guerres, comme le conflit de Palestine et d’Israël, voire les attentats terroristes, comme font les intégrismes d’islam et d’ailleurs. Les voici dans le temporel, donc hors jeu. »
> lire la suite
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
Le plus ignorant d'entre nous jouit désormais d'un accès assez facile à plus de connaissances que le plus grand savant du monde d'hier. Cette aise rend désuète les thèses universitaires, d'histoire ou de philosophie, où sur un sujet donné, l'érudit recopiait pesamment toute la documentation possible et l'exhibait pour montrer son expertise têtue
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
La Seconde Guerre mondiale marque le temps de ce basculement : en terme de thanatocratie, nous faisons désormais mieux que la nature. Quel modèle atroce de domination! Oui, les hommes devinrent, en ce temps, plus dangereux pour les hommes que le monde
-
Par lanard, le 01/09/2010
La Guerre mondiale de
Michel Serres
P. 68 « Qui donc va gagner ? Voilà l’un de nos principaux narcotiques ».
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
Elèverions nous aujourd'hui sur nos places, des statues de bronze ou de marbre à des meurtriers que l'histoire glorifie selon le nombre de cadavres qu'ils ont, dans leur vie, envoyés au charnier?
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
Inquiétude impertinente : combien de soi-disant écologistes politiques savent un minimum d'écologie vraie? Riant, je propose d'ouvrir de petits stages, où, assis dans l'herbe, ils apprendraient
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
Comble de paradoxe, il n'est pas sûr que le plus fort, même de plus en plus fort, reste longtemps le maître. Exemple : en dépensant plus de mille milliards de dollars, l'hyperpuissance incontestable n'a pa pu gagner, en ces jours, une guerre contre l'un des pays les plus faibles de la planète.
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
Sous dix masques, dont celui de la démocratie, régna une petite poignée de pr^tres, guerriers, riches fortunés ou même experts de la soi-disant science, féroce et molle de l'Administration
-
Par Kittiwake, le 03/12/2011
Le temps des crises de
Michel Serres
le troisième [acte] sonne l'heure exacte du contemporain : nous dépendons enfin des choses qui dépendent de nous