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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Des « incestes », j’en ai entrevu, des pleins mon bureau3, les pères étaient des porcs, leurs avocats m’emmerdaient, je les écoutais à peine, le protocole judiciaire, sans plus. Les porcs avaient les yeux mouillés, traîtrise de leurs nouveaux sentiments d’apparat, ils sentaient tous la sueur rance et la crasse. Il fallait les écouter se débattre dans leurs souillures, j’aurais voulu les y asphyxier. [...] Le porc, lorsqu’il est domestiqué devient bavard, il en est ainsi tout modifié, un vrai déluge, autant de vocabulaire, de détails, de plaisirs minables, de saturation, qu’on ne se gênerait pas d’être sourde. Mais il faut savoir s’abandonner au flot, à l’abondance de ces jeunes vies saccagées, car le porc, c’est rien, pas même de la souffrance, pas même du vice, ou de la méchanceté, c’est juste de l’humain inavouable [...] (p. 180-181)
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
L'avenir était facultatif et je ne pouvais prétendre à plus de bonheur. Nous étions en avance sur notre temps, nous le devancions sans l'obliger. Cela ne nous consolait même pas d'être en quelque sorte des défricheurs, des éclaireurs, si loin de notre malédiction. Un mot, pas très long, pas très court, pas grand chose. Juste quelques lettres mises bout à bout, sept.
Voyelle, consonne et consonne, voyelle, consonne et consonne, voyelle...
Un mot de silence, de foudres, de désapprobation unanime. Un énoncé comme un opprobre, brut, qui fait frémir et qui dégoûte, son extension illimitée, sans aucune possibilité d'atténuation ou motif de débat. Un mot chargé jusqu'à la gueule de haines, d'êtres brisés, de cicatrices et de mémoires prisonnières.
Un mot qui salissait notre amour en le diminuant ou en le dénaturant : Inceste. (117-118)
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Je les vois, je les entends, les caquetages, les suspicions, les yeux levés au ciel, le ciel pas assez large pour tous les recevoir, ces ruminants… J’y pensais jour après nuit, Sarah… Tous ces inquisiteurs de la morale des mœurs, ils resteront profondément eux-mêmes, c’est-à-dire catégoriques, féroces, étroits, absurdes, de l’autre côté de l’intelligence, dans les vidanges de la prétention, dans le rustique… Ils se surprendront et puis s’indigneront, ils auront même des opinions, la curée… Ils penseront avoir raison sans se douter que ce sera bien la première fois qu’ils se seront mis à penser, alors ils en réchapperont encore plus cons… Et contents… Et vandales. (p. 185-186)
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Il y avait une alchimie, si mystérieuse, que la pudeur, ou la prudence, nous commandait d’ignorer. Par cette alchimie et par elle seule, s’élaborait notre destinée en commun, et dans une gestation précise, elle se découvrait d’elle-même devant nous sans que nous ayons à la provoquer. La joie que nous avions à nous retrouver à Paris, à nous parler au téléphone, à nous penser l’un l’autre, ou même à nous languir, cette joie si naïve et indomptée, laissait pressentir l’imminence de notre amour. Une imminence qui s’est étirée sur plus de deux ans, où nous déambulions, l’air de rien, accordant nos pas sur l’ultime embrasement qui s’étranglait en nous. (p. 48-49)
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Par liliba, le 28/05/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Qu'est-ce qui empêcherait vraiment d'aimer la personne de son choix ? Et si, justement, cette personne n'était pas le fruit d'un choix mais la conséquence de quelque chose qui s'impose de lui-même, irrésistible et souverain, sans qu'il y ait de préférence à établir : un déferlement, un assaut, une reddition... Une détonation qui classe le coup de foudre pour un amusement de chef de gare. Aimer sans avoir le choix, sans même se résoudre à un espace pour lui, si infinitésimal qu'il puisse être. Une dictature de coeur. Une force allègre.
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
[...] elle m'avertissait que j'allais maudire le temps qu'il me faudrait pour oublier, et que, par-dessus tout, je maudirais le temps lorsque, enfin, j'aurais oublié. (p. 167)
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Être homosexuel était considéré, dans nos pays, comme une maladie et comme un délit, même un crime chez le plus borné des obscurs... J'ai détaillé toutes les persécutions, les traques, le cortège vertigineux mais ordonné des châtiments, la sainte ivresse de tous les bien-pensants dans les représailles orchestrées ; et surtout et par-dessus tout, l'arrogance imbécile de ces primates de leur bon droit dans la chasse aux "déviants" et autres "pervertis", et aussi la "Nature", la "Bonne morale" appelées en renfort, échos de leur rigorisme, de leurs peurs et de leurs haines scélérates. Après le temps des murs rasés, de l'échine courbée, était arrivé celui de la difficile bataille pour la reconnaissance de la différence, avec ses excès et ses dérapages nécessaires, et enfin, pour finir, la lente acceptation d'une diversité tout bonnement humaine. (p. 142-143)
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Elle s'entichait d'hommes, aucun ne restait. Aucun n'était assez souple, ou ils manquaient d'ambition. Elle les appelait ses "passagers clandestins". Des escales, pas des ports d'attache. Elle les essayait tous, rien ne lui allait, ça glissait entre ses doigts, ne lui enserrait pas la taille, elle était beaucoup trop fine pour s'habiller d'encombrants. Elle les aimait quinze jours, les quittait en quinze secondes à peine, paroles d'adieux incluses. Et puis les regardait au loin se corrompre ou s'étioler, leurs bouches pleines d'épithètes. (p. 168-169)
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Par Eipoca, le 02/04/2011
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
J'entendais ça depuis que j'étais une enfant: l'avenir. Ca vous obstruait l'horizon, l'avenir, ça vous raccourcissait le présent, ça le rabotait de tous côtés... C'était toujours la course après l'avenir. A peine arrivais-je quelque part qu'il me fallait détaler pour l'ailleurs. J'en étais essoufflée de l'avenir. Il me prenait à la gorge, m'empêchait de respirer. Je ne m'arrêtais jamais j'en franchissais toutes les étapes en épreuves successives, et il se tenait toujours plus loin, le devenir...
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Par Reka, le 12/08/2010
J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger de
Paul M. Marchand
Demain, un jour, peut-être dans mille, un père pourra aimer sa fille d’amour charnel, sans qu’il soit besoin d’en mourir après… Dans mille jours ou alors après demain, une fille pourra devenir la maîtresse de son père sans avoir à se cacher ou à mentir. Bientôt les amours volontaires et partagées entre parents et enfants seront reconnues et même tolérées… Certainement viendront des lois pour promouvoir leurs droits et mieux les protéger. (p. 131)
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