ISBN : 225311474X
Éditeur : LGF (2005)


Note moyenne : 3.33/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Une histoire d'amour impossible, rare, déroutante. " Un des livres les plus bouleversants que j'ai lus ces dernières années. " Michel Field, Paris Première. " Magnifiquement écrit, terriblement dérangeant ". Anne Sinclair, France 3. " A vous de juger, mais pas sans avoi... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 14 mai 2010

    LiliGalipette
    Roman de Paul M. Marchand.
    Sarah est le fruit d'un amour d'été, d'une fulgurante nuit de juillet, "née de père inconnu, ou distrait." (p. 32) Élevée seule par une mère aimante, elle ne rencontre son père qu'à la toute fin de son adolescence. Son père, Benoît, ne savait rien de son existence. Entre eux s'initie une relation unique. Ils ne sont pas père et fille, ils n'ont pas grandi comme tels. Alors leur amour n'a rien de filial. Sarah et Benoît s'aiment d'amour, comme une femme et un homme peuvent le faire. Ils n'essaient pas de rattraper le temps perdu ni de combler les vides, ils construisent simplement une autre relation, en dehors des liens du sang. Si Sarah envisage cette relation avec rebellion et insolence, prête à tout pour faire accepter leur amour, Benoît est freiné, tourmenté par la certitude de faire quelque chose de mal, quelque chose comme "le huitième péché capital." (p. 47)
    La narration est tenue par Sarah, à la première personne. Son récit voyage entre ses passés et son présent. Elle replonge dans ses souvenirs et dans les époques de sa vie avec ou sans Benoît: son enfance choyée auprès d'une mère célibataire, sa décision de rencontrer son père, leur découverte l'un de l'autre, leur relation, la mort de Benoît et la vie après son décès.
    Benoît n'a vraiment la parole qu'une fois, et d'une traite, à la fin du récit, quand Sarah relit une énième fois la lettre qu'il a laissée avant son suicide. Sa parole est affolée, il lui faut tout dire en quelques pages, tout justifier, et se faire pardonner.
    La relation amoureuse s'impose, tout simplement. Sans le passé commun, sans le lien filial, Sarah et Benoît sont rattrapés malgré eux par l'amour sensuel. "Tous les deux avons essayé d'y échapper, en sachant au plus profond de nous-mêmes, que ça finirait par arriver." (p. 41) Mais pour inévitable qu'elle soit, leur romance est interdite par la morale: "notre histoire était une épreuve, et [...] notre vérité, si elle devait être dévoilée, n'aurait jamais raison de l'immense dépotoir de toutes les opinions unanimes et de la sottise qui les accompagne." (p. 52)
    Sarah est plus libre dans son amour, plus aventureuse, moins complexée. Benoît assume pour deux la honte, le tabou et la conscience de la faute, de l'inceste. Mais C'est Sarah la plus forte. "De nous deux, je pense que c'était moi la plus adulte. Sa mort a scellé cette certitude. J'étais prête à affronter le monde entier. Benoît, lui, ne voulait pas de ce combat. [...] Pour lui, cet amour portait un nom, et ce nom était synonyme de crime." (p. 113) "J'étais juste une femme, une jeune femme qui l'aimait comme une fomme et à qui tout le reste importait peu... Mais ce fameux 'reste' lui importait encore. Il en était même malade de ce 'reste'. Il se corrodait de ce 'reste'. Je le tuais de ce 'reste'." (p. 103)
    Benoît se suicide, "mort de savoir à quel point il est difficile d'être différent." (p. 144) Dans la lettre qu'il laisse à Sarah, il explique ses peurs et ses raisons, il pointe du doigt les différences de caractère entre eux, les différences de force: "J'avais peur, tu étais au-dessus de tout ça toi; les contingences de la prudence, les affres de la filiation, moi j'y pensais tout le temps." (p. 190) Sa culpabilité, née des inhibitions de la société et du poids de la morale occidentale chrétienne, est plus forte que le sentiment amoureux. Il ne sent pas père, mais il n'affronte pas l'opinion qu'il projette en pensée dans tous les esprits de ceux qui pourraient savoir la nature du lien entre lui et Sarah.
    Sarah se sent coupable de la mort de Benoît, coupable "uniquement en aimant et en étant aimée de retour." (p. 65) Elle pense avoir tué "un homme qu'[elle aimait] et qui trouva la mort de le savoir." (p. 65) Mais il n'y a pas que la culpabilité qui ronge Sarah. Il y a le ressentiment. En refusant de vivre leur amour, en refusant de vivre tout court, Benoît l'a trahie, l'a reniée. Alors, à son tour, il lui faut bannir Benoît de ses souvenirs, bannir la douleur.
    La mère de Sarah, celle qui accepté une grossesse surprise, est une épaule stable et douce. Ni intrusive ni juge, sans vraiment savoir ce qui bouleverse son enfant, elle l'a reprend sur son sein pour lui offrir le réconfort de son amour et de son expérience. "Elle m'avertissait que j'allais maudire le temps qu'il me faudrait pour oublier, et que, par dessus tout, je maudirais le temps lorsque, enfin, j'aurais oublié." (p. 167)
    Le livre sonne un peu comme un petit manifeste pour l'inceste, pour la légalisation et l'acceptation de l'amour entre enfant et parent. "C'est choquant l'inceste? Pourquoi le serait-ce d'abord? Si tel est le cas, toute personne aimant une autre personne commet une offense." (p. 202) Je n'adhère pas à l'idée, mais ce n'est pas le propos. Ce que l'auteur propose ici, c'est une histoire d'amour, unique comme elles le sont toutes, douloureuse également.
    Au-delà de l'inceste, on s'interroge sur les relations parents/enfants, sur la nature du lien. Dans une conversation avec sa mère, Sarah fait surgir une vérité brutale: "Qu'est-ce que ça fait d'avoir un enfant?", à quoi sa mère répond: "C'est comme avoir un pistolet sur la temps, toujours." (p. 167) Sarah n'a pas de père, mais elle a une mère dont l'amour n'est pas moins grand ni moins violent que celui que lui témoigne son père-amant.
    L'écriture de ce roman est une gifle. Elle mêle poésie de la douleur et de l'interdit à des revendications amoureuses impossibles, des diatribes contre la société à l'esprit étriqué. Il y a des phrases sublimes et des passages chocs. On ne sort pas indemne de la lecture. Mais il faut l'oser cette lecture, sans aucun doute.
    Sarah et Jacques Brel, c'est la passion et la déchirure: "Je n'écoute plus Jacques Brel. [...] Il connaît notre histoire. Brel est une violence, un lynchage auquel j'ai renoncé. [...] Je n'écoute plus Brel; dans toutes ses chansons, c'est Orly que j'entends." (p. 156 et 166) Je termine donc sur la chanson de Jacques Brel, auquel l'auteur a emprunté une phrase de son titre Orly: "Mais ces deux déchirés, / Superbes de chagrin, / Abandonnent aux chiens, / L'exploit de les juger."
    Un grand merci à Liliba qui a fait voyager ce livre jusque chez moi!
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    • Livres 3.00/5
    Par lorenzopolis, le 24 novembre 2011

    lorenzopolis
    Au départ, j'avais pas tellement envie de le sauver ce livre. Pas pour le thème, mais pour le style. C'est très bien écrit, oui, mais trop. On a l'impression que chaque phrase est une citation. C'est beaucoup dans la métaphore, dans la jolie formule, dans l'écriture précieuse. C'est intéressant lorsque ceci est parsemé dans une œuvre, mais là, j'ai trouvé cela un peu trop, c'est lourd et ça nuit à la réalité des choses et des sentiments. Toutefois, au final, je veux le sauver pour ces quelques raisons :
    1. Il exhume l'une des plus belles chansons d'amour "Orly" de Brel
    2. Il nous redonne envie de (re)lire Voyage au bout de la nuit et belle du seigneur
    3. La lettre finale est très belle, et si elle est authentique (ce qui m'arrange de le croire) elle vaut tout le livre
    4. et surtout, j'ai lu des réactions de gens choqués, vraiment indignés par le sujet sans avoir lu le livre avec un rejet maladif et des mots forts sans essayer de comprendre. Et justement le livre parle d'eux. Rien que pour ça, ils devraient passer outre les préjugés liés au sujet de l'inceste, et je trouve cette partie du livre assez réussie. Je peux comprendre qu'on soit choqué (ce n'est pas mon cas) mais pas coupeur de tête... Et il y en a encore beaucoup, et à la lecture de certaines réactions, j'ai pris peur.
    C'est pourquoi je veux défendre ce livre, un peu creux au final, un peu ampoulé,mais témoin d'une histoire d'amour que la société n'accepte pas, comme tant d'autres pour d'autres raisons...
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    • Livres 3.00/5
    Par liliba, le 28 mai 2010

    liliba
    Quand on pense "inceste", on frissonne d'horreur car on imagine automatiquement de très jeunes enfants, garçons ou filles, abusés par le père ou l'oncle, apeurés et honteux, se cachant dans leur souffrance et la violence qu'on abat sur eux, et dont la vie à jamais sera si ce n'est détruite, du moins gravement perturbée. L'inceste, c'est le pire des crimes, pour moi égal à celui d'enlever la vie à quelqu'un.

    Quand j'ai ouvert ce livre, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. J'ai pour habitude de ne jamais lire les quatrièmes de couverture au moment où j'entame une lecture, pour ne pas me laisser influencer, pour arriver sans a-priori dans l'histoire. On comprend cependant dès l'introduction que l'histoire contée ici est une histoire vraie, juste mise en mots par l'auteur. Et on comprend également dès les premières pages de quoi il s'agit. Il s'agit d'inceste, oui, puisqu'un père couche avec sa fille. Mais il s'agit aussi d'un amour magnifique, d'une très belle et très douloureuse histoire entre deux êtres qui se sentent faits l'un pour l'autre mais savent qu'ils n'en n'ont pas le droit, que l'amour entre eux ne doit pas être, tout du moins pas cet amour charnel auquel ils se soumettent.
    On peut être d'emblée choqué par le sujet et refuser de voir cet amour, de rentrer dans l'histoire. Mais on peut aussi...
    Suite sur Les lectures de Lili


    Lien : http://liliba.canalblog.com/archives/2010/05/06/index.html
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    • Livres 2.00/5
    Par claracambry, le 21 mai 2010

    claracambry
    Ce livre est très particulier par le fond et par la forme. L'auteur, Paul M. Marchand, raconte l'histoire véridique d'une jeune femme nommée Sarah. Il explique au début du livre la démarche de Sarah qui voulait que son témoignage soit ainsi décrit.
    Sur le fond, histoire de Sarah est, j'imagine, marginale. Elevée par mère avocate, étudiante en fac de droit de droit, elle décide de retrouver Benoît qu'elle n'a jamais connu. Sarah est née d'un amour insouciant de jeunesse entre sa mère et Benoît. Sarah raconte et jamais elle n'utilise le mot « père ». L'inconcevable arrive, ils tombent amoureux l'un de l'autre. Histoire d'un amour tabou dissimulé sous le terme « d'inceste volontaire » et que Sarah défend. Benoît, tourmenté, lui n'aura pas la force d'accepter cette relation…
    Ce livre m'a dérangé sur plusieurs points. Si le but était de jeter le pavé dans la mare, c'est chose faite. Que Sarah proclame que dans les années futures, ce type d'amour sera autorisé… je ne peux pas adhérer à de tels propos. Second point, le comment du pourquoi ils tombent amoureux n'est pas décrit.
    Je fais court, pas de palabre, car je suis passée complètement à côté de cette lecture…


    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2010/05/pual-m-marchand-jabandonne-au..
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    • Livres 2.00/5
    Par SD49, le 18 janvier 2011

    SD49
    Ce livre parle d'un sujet difficile : L'inceste.
    Sarah a toujours vécu avec sa maman sans connaître son papa, elle a été conçue pendant l'été, une amourette de vacances. A 17 ans elle fait la connaissance de Benoît, son père, ils apprennent à se découvrir pendant deux ans, se rencontrent régulièrement puis tombent amoureux. En gros voilà l'histoire !
    Alors oui, il y a inceste mais dans mon esprit c'est un peu différent car elle n'a pas passé son enfance avec lui et Sarah le considère juste comme un homme et non comme un père, elle assume bien cette relation et aimerait ne plus devoir se cacher. du côté de Benoît c'est plus compliqué car il se sent coupable, il ne supporte pas l'idée de l'avenir.
    C'est une histoire vraie que nous raconte ici Paul Marchand. Certains passages sont écrits pour choquer notamment les premières pages du livre qui sont assez dérangeantes.
    J'ai trouvé ce texte bien écrit mais trop bavard, j'ai donc aimé certains passages mais d'autres m'ont paru bien trop longs.


    Lien : http://pages.de.lecture.de.sandrine.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par Reka, le 12 août 2010

    Des « incestes », j’en ai entrevu, des pleins mon bureau3, les pères étaient des porcs, leurs avocats m’emmerdaient, je les écoutais à peine, le protocole judiciaire, sans plus. Les porcs avaient les yeux mouillés, traîtrise de leurs nouveaux sentiments d’apparat, ils sentaient tous la sueur rance et la crasse. Il fallait les écouter se débattre dans leurs souillures, j’aurais voulu les y asphyxier. [...] Le porc, lorsqu’il est domestiqué devient bavard, il en est ainsi tout modifié, un vrai déluge, autant de vocabulaire, de détails, de plaisirs minables, de saturation, qu’on ne se gênerait pas d’être sourde. Mais il faut savoir s’abandonner au flot, à l’abondance de ces jeunes vies saccagées, car le porc, c’est rien, pas même de la souffrance, pas même du vice, ou de la méchanceté, c’est juste de l’humain inavouable [...] (p. 180-181)
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  • Par Reka, le 12 août 2010

    L'avenir était facultatif et je ne pouvais prétendre à plus de bonheur. Nous étions en avance sur notre temps, nous le devancions sans l'obliger. Cela ne nous consolait même pas d'être en quelque sorte des défricheurs, des éclaireurs, si loin de notre malédiction. Un mot, pas très long, pas très court, pas grand chose. Juste quelques lettres mises bout à bout, sept.
    Voyelle, consonne et consonne, voyelle, consonne et consonne, voyelle...
    Un mot de silence, de foudres, de désapprobation unanime. Un énoncé comme un opprobre, brut, qui fait frémir et qui dégoûte, son extension illimitée, sans aucune possibilité d'atténuation ou motif de débat. Un mot chargé jusqu'à la gueule de haines, d'êtres brisés, de cicatrices et de mémoires prisonnières.
    Un mot qui salissait notre amour en le diminuant ou en le dénaturant : Inceste. (117-118)
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  • Par Reka, le 12 août 2010

    Il y avait une alchimie, si mystérieuse, que la pudeur, ou la prudence, nous commandait d’ignorer. Par cette alchimie et par elle seule, s’élaborait notre destinée en commun, et dans une gestation précise, elle se découvrait d’elle-même devant nous sans que nous ayons à la provoquer. La joie que nous avions à nous retrouver à Paris, à nous parler au téléphone, à nous penser l’un l’autre, ou même à nous languir, cette joie si naïve et indomptée, laissait pressentir l’imminence de notre amour. Une imminence qui s’est étirée sur plus de deux ans, où nous déambulions, l’air de rien, accordant nos pas sur l’ultime embrasement qui s’étranglait en nous. (p. 48-49)
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  • Par liliba, le 28 mai 2010

    Qu'est-ce qui empêcherait vraiment d'aimer la personne de son choix ? Et si, justement, cette personne n'était pas le fruit d'un choix mais la conséquence de quelque chose qui s'impose de lui-même, irrésistible et souverain, sans qu'il y ait de préférence à établir : un déferlement, un assaut, une reddition... Une détonation qui classe le coup de foudre pour un amusement de chef de gare. Aimer sans avoir le choix, sans même se résoudre à un espace pour lui, si infinitésimal qu'il puisse être. Une dictature de coeur. Une force allègre.
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  • Par Reka, le 12 août 2010

    Être homosexuel était considéré, dans nos pays, comme une maladie et comme un délit, même un crime chez le plus borné des obscurs... J'ai détaillé toutes les persécutions, les traques, le cortège vertigineux mais ordonné des châtiments, la sainte ivresse de tous les bien-pensants dans les représailles orchestrées ; et surtout et par-dessus tout, l'arrogance imbécile de ces primates de leur bon droit dans la chasse aux "déviants" et autres "pervertis", et aussi la "Nature", la "Bonne morale" appelées en renfort, échos de leur rigorisme, de leurs peurs et de leurs haines scélérates. Après le temps des murs rasés, de l'échine courbée, était arrivé celui de la difficile bataille pour la reconnaissance de la différence, avec ses excès et ses dérapages nécessaires, et enfin, pour finir, la lente acceptation d'une diversité tout bonnement humaine. (p. 142-143)
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