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Par latina, le 25/11/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Mon oncle ne buvait plus depuis 10 ans.
Un soir, il avait renversé sa voiture, heurtant un poteau, puis un arbre et roulant dans le fossé. Hilda et lui revenaient de chez le médecin. Les analyses de sa femme n'étaient pas bonnes. Ils n'auraient pas d'enfant, jamais. Rien d'autre qu'elle et lui, chaque matin, chaque soir, tous les jours de la vie. Et il en serait ainsi jusqu'à ce que l'un parte et que l'autre le suive.
En chemin, ils avaient bu pour oublier. Ils avaient traversé la frontière en criant, hurlant adieu aux Brits par la fenêtre ouverte. Et vive la République ! Et revoilà enfin le pays ! Et il a dérapé sur son sol. La voiture s'est retournée. Lawrence a vécu. Hilda est morte.
Depuis, mon oncle avait remplacé l'ivresse par le silence.
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Par oops, le 12/03/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Ce n'était ni méchant ni moqueur. Mais l'impression qu'il y avait toujours un jugement derrière le rideau. Les Britanniques surveillaient nos gestes, l'IRA surveillait notre engagement, les curés surveillaient notre pensée, les parents surveillaient notre enfance et les fenêtres surveillaient nos amours. Rien ne nous cachait jamais.
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Par kathy, le 08/04/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Pour vivre avec le sourire de son mari dans un cadre de deuil, soigner son fils qui rentre au petit jour, tenir la main de son enfant au dernier souffle du jeûne, il faut un coeur barbelé. Et Sheila était de ces femmes.
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Par carre, le 07/04/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
-Tu serais quoi si tu n'étais pas irlandais, avait demandé le patron du Mullin's.
-Je serais honteux, lui avait répondu mon père.
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Par joedi, le 04/03/2013
Une promesse de
Sorj Chalandon
Elle a ouvert le livre au milieu, au hasard. Elle aime surprendre les phrases sans qu'elles s'y attendent. Les phrases qui paressent, qui pensent qu'elles ont le temps. Qu'il y a tant et tant de pages avant elles, qu'elles peuvent sommeiller à l'ombre des mots clos.
Fauvette a lu à voix haute.
- "Les solitudes d'eau sont lugubres. C'est le tumulte et le silence. Ce qui se fait là ne regarde plus le genre humain."
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Par latina, le 28/11/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
C'est deux jeunes de Belfast qui sont en voyage de noces à Paris. Une nuit, ils marchent sur les Champs-Elysées quand, tout à coup, surgissent quatre voitures de police, trois camions de pompiers et deux ambulances, toutes sirènes hurlantes. Le mari prend alors sa jeune femme par la main et lui dit : "Tu entends, ma chérie, ils jouent notre chanson..."
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Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
“C’est quoi, l’Irlande républicaine, Tyrone Meehan ? Deux cents rues à Belfast, des ghettos lépreux à Derry, à Newry, à Strabane ? Des lambeaux de village ! Les protestants sont majoritaires dans leur Ulster et ils le resteront. Dublin nous tourne le dos. Les Irlandais nous pourchassent avec la même haine que les Britanniques.”
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Par kathy, le 06/04/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
Mon père voulait partir comme meurent les paysans d'ici. Entrer dans la mer jusqu'à ce que l'eau le prenne. Dans ses poches, remplies de pierres, il emportait un peu de son pays. Il partait lesté de sa terre, sans mot, sans pleur. Juste le vent, les vagues et la lumière des morts. Patraig Meehan voulait cette fin de légende.
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Par patrick75, le 27/06/2012
La légende de nos pères de
Sorj Chalandon
A mon frère, il a parlé du convoi du 27 avril 1944. Des six chiffres tatoués sur son avant-bras gauche. Il a raconté son retour, seul. Les drapeaux fanés qui l'avaient accueilli. Son réseau sans honneurs, sans hommages, sans rien.
La guerre redevenue la paix, les prisonniers errants, les soldats jetés aux civils par milliers. Les douleurs qui glacent, les bravoures qui ennuient, les désarrois qui agacent aussi. Son retour de camp, c'était cela. Des résistants en trop,des déportés en plus, une humanité barbelée dont on n'a su que faire.
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Par canel, le 09/11/2012
Retour à Killybegs de
Sorj Chalandon
[Ma femme Sheila] m'avait aimé parce que je combattais et avait préparé son fils à combattre. Des femmes portaient les armes à nos côtés, transportaient des bombes ou collectaient des renseignements mais Sheila avait fait un autre choix. C'était une militante, pas un soldat. Avec Cathy, Liz, Roselyn, Joelle, Aude, Trish et tellement d'autres, elles étaient le coeur même de notre résistance. Elles pansaient nos plaies, elles s'asseyaient en chantant devant les roues des blindés, elles bloquaient les quartiers en tablier de ménage, elles allaient chercher leur homme au fond du pub pour l'obliger à se relever. Quand l'ennemi entrait dans le ghetto, elles étaient les premières à l'accueillir. En robe de chambre, en chemise de nuit, pieds nus parfois, à genoux au milieu des rues, raclant le sol de leurs couvercles de poubelle, elles étaient notre alarme. Elles manifestaient sans cesse pour la liberté de l'Irlande. En rang par trois, sans un cri, portant la photo de leur emprisonné ou la couronne fleurie de leur mort. Et elles entraînaient avec elles une armée de landaus.
Pour vivre avec le sourire de son mari dans un cadre de deuil, soigner son fils qui rentre au petit jour, tenir la main de son enfant au dernier souffle du jeûne, il faut un coeur barbelé. Et Sheila était de ces femmes.
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