Sophie Di Ricci et ses lectures
Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire?
J`ai voulu raconter des histoires, avant même de savoir lire et écrire. Il faut donc aller chercher du côté de
Max et les Maximonstres ou de
Ernest et Célestine ont perdu Siméon . Je rajouterai que la lecture de
Crasse-Tignasse ou histoires cocasses et drôles d`images (Der Struwwelpter) m`avait fortement impressionnée : il s`agit d`un vieux livre allemand pour enfants, où les petits héros finissent calcinés, les pouces coupés, morts de faim... et les illustrations ne sont pas avares en détails...
Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?
Richard Price
Quelle est votre première grande découverte littéraire ?
A seize ans, lire
Marcel Proust m`avait incitée à sécher massivement les cours. « Pour profiter du temps présent. » J`avais des interprétations très arrangeantes quant à mes lectures.
Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?
Un livre de
Michael Cunningham :
La Maison du bout du monde
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?
Pour l`instant, aucun, j`assume parfaitement mes lacunes, qui doivent être nombreuses, je n`en doute pas...
Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?
Méconnue ? Je ne sais guère ce que votre lectorat connait ou pas. Peut-être les nouvelles de
Raymond Carver. Peu de gens dans mon entourage connaissaient cet auteur, avant que je n`en fasse la publicité.
Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?
Toute l`œuvre de Sade... Non, sérieusement, je n`en sais rien. Je ne crois pas qu`il y ait des réputations surfaites. Si les gens lisent et aiment un bouquin, ils ont de bonnes raisons de le faire
Avez vous une citation fétiche issue de la littérature ?
Des ménestrels sur les prairies, c`est pour bientôt !
(
Walt Whitman) Quel beau programme !
Et en ce moment que lisez-vous ?
La bulle cassée de
Philip K. Dick
L`entretien de Sophie di Ricci avec Babelio : Moi comme les chiens
Moi comme les chiens a été inspiré par le Shinjuku Triad Society de Miike Takashi, en quoi la construction cinématographique a-t-elle joué sur votre écriture ?
Dans la brièveté des chapitres et l`importance des dialogues. Le récit est très souvent consacré à l`action, peu à l`introspection. Enfin je crois...
Comment avez-vous construit l`ambiance et les situations urbaines de ce premier roman?
Tout simplement en m`imprégnant des paysages dans lesquels j`évolue... Et des situations que j`ai vécues.
Le titre de votre roman est repris de Comte de Lautreamont "Moi comme les chiens, j`éprouve le besoin de l`infini...", simple hommage ou influence littéraire?
Influence, je ne sais pas... Je pense que les auteurs sont toujours influencés parce qu`ils lisent, que ce soit conscient ou pas. Je ne peux pas prétendre être consciemment influencée par un poète dont l`œuvre se déroule dans un monde imaginaire fait de monstres, de mutations, de magie... J`ai écrit un roman « réaliste ».
La filiation à Lautréamont se situerait plutôt dans la description de l`appel au monde qu`est l`adolescence – et de l`acceptation ou du refus de cet appel. Loin de moi l`idée de signifier que je l`ai fait de la même façon que lui...
A mes yeux, la citation « Moi comme les chiens... » résume parfaitement ce qu`éprouve un personne aspirée par une tentation qui la dépasse.
Pourquoi avez-vous choisi d`écrire sur la prostitution masculine?
Car tous mes personnages principaux sont masculins et que la prostitution faisait partie de mon sujet. Je ne choisis pas mon sujet. Il s`impose de lui-même. Je ne suis pas libre de mes mouvements ! En réalité, comme tout auteur de roman noir, je décris l`exploitation de l`humain par l`humain. La prostitution (et la drogue) sont des formes d`exploitation d`une sincérité rare... Voilà en quoi elles m`intéressent.
Un de vos personnages, Alan, rêve d`underground. Donnez vous une importance particulière à ces transgressions adolescentes?
Oui, l`adolescence est le moment où le sujet est censé s`intégrer à la Cité. La transgression est un moyen particulier d`intégration. Elle fait partie des rituels d`initiation, et est bien plus conformiste qu`on ne le croit... Je raconte l`échec d`une tentative d`intégration. Comme la plupart des auteurs de romans noirs...
Qu`est-ce qui vous a séduit dans la forme du roman noir?
Avant qu`un éditeur ne veuille bien me le dire, je n`avais aucune idée du genre que j`écrivais ! J`ai écrit du « noir » sans même en avoir beaucoup lu. J`avais bien entamé la rédaction de Moi comme les chiens, et je corrigeais mon roman, quand j`ai réellement découvert cette littérature. J`ai le sentiment d`y trouver de la sincérité. Le roman noir, c`est direct, violent, âpre et entier. Du moins, telle est l`image que j`en ai. Nous ne sommes pas là pour raconter des mensonges...