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Citations de Véronique Geffroy (24)


– Franchement, maman, c’est bizarre comme endroit…
– Pourquoi tu dis ça ? Tu n’aimes pas ?
– Bof… tu vas encore nous embarquer dans un truc pourri. Tu n’en as pas marre ? Il est vrai que mes frasques architecturales phagocytaient toute la famille.
– C’est un super endroit, tu as remarqué la vue de la falaise ? Pas de voisins, des bois tout autour, c’est super et ton père adore ! Elle avait réellement l’air inquiète.
– Écoute maman, tu m’as laissée toute seule pour répondre au téléphone. Je ne me suis pas sentie bien. Je ne vois pas pourquoi tu voulais que je vienne !
– Pour que tu voies en vrai. Tu trouves l’endroit comment ?
– Je ne sais pas trop. J’avais l’impression que des gens me regardaient aux fenêtres.
– N’importe quoi ! Avec le Bazaneix, tu devrais être habituée à l’ambiance des châteaux abandonnés ! On a toujours des impressions étranges au début, et puis ça passe… J’ai mis fin à l’échange en levant les yeux au ciel. Je minimisais volontairement. Je l’écoutais toujours, pourtant. Quelques années auparavant, alors qu’elle prenait des leçons de conduite, elle m’avait raconté avoir vu une femme en chemise au milieu d’un rond-point, qui chantait « Pour que tu m’aimes encore », le tube de Jean-Jacques Goldman interprété par Céline Dion. Elle avait immédiatement pilé. Le moniteur lui avait demandé pourquoi. Elle n’avait pas répondu, la femme avait disparu. Elle avait redémarré, très gênée et perturbée. Une autre fois, alors qu’elle visitait un vieil immeuble – en ruines naturellement –, elle avait vu une gamine vêtue de bleu, avec des cheveux blonds bouclés. Elle voulait sortir de la cave où elle était assise, recroquevillée sur elle-même. Une fois dehors, sa petite main s’était accrochée aux barreaux du soupirail. Mathilde était blême. Bien plus tard, alors que je dépouillais des archives pour ma thèse d’histoire, je suis tombée sur un fonds d’archives contenant une photo de cet immeuble. C’était une confiserie qui s’appelait alors « Aux bons enfants ». Devant la façade, une vingtaine d’enfants étaient assis. Peut-être que certains d’entre eux y avaient été maltraités… Mais là, j’étais aveuglée. Rien n’y faisait. J’ai balayé notre complicité en traitant tout cela comme des élucubrations. Mathilde s’est sentie trahie. Je restais sur ma position, même si aucun des enfants ne voulait nous voir nous lancer à nouveau dans un chantier titanesque qui nous absorberait tout entiers.
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Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es.
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Nous pensons habiter nos maisons, mais c’est l’habitat qui nous contient et nous retient.
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Les lieux sont là pour réparer les mémoires. Les murs sont parfois d’immenses pansements. On n’hérite pas des murs, mais de leur mémoire.
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Peu de personnes pensent ne pas avoir choisi leur maison de façon consciente et avoir été choisies par leur propre maison.
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Cependant, la mémoire a une sœur jumelle, sombre et vindicative : la vengeance. Pas de vengeance sans mémoire. La mémoire est l’indispensable amie de la vengeance.
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J'avais regardé en l'air, comme souvent. Mais là quelque chose m'avait intriguée. Assis sur le côté, me faisant signe de la main, il y a avait un homme nu sur un toit. Sa peau était nacrée d'une couleur de bronze patiné. Il avait des petites cornes et des grandes ailes de chauve-souris. Il me regardait en souriant. Allongé sur le côté, appuyé sur un coude, la jambe opposée pliée, il était beau.
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Une autre fois, alors qu'elle visitait un vieil immeuble - en ruine naturellement -, elle avait vu une gamine vêtue de bleu, avec des cheveux blonds bouclés. Elle voulait sortir de la cave où elle était assise, recroquevillée sur elle-même. Une fois dehors, sa petite main s'était accrochée aux barreaux du soupirail.
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La vengeance n’est pas tant une passion de mort ou de violence qu’une passion du temps et de la mémoire individuelle et collective. La mémoire collective est souvent un fardeau collectif. La volonté d’une vengeance commune en sourdine ou non.
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Laisser une maison tomber en ruine, c’est vouloir effacer toute mémoire sly rattachant. C’est vouloir oublier. C’est un peu suicider une partie de sa vie. Les souvenirs sont inhérents au lieu. La mémoire et le lieu ne font qu’un jusqu’à la mort des vivants et des murs.
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Les maisons sont-elles malades parce que leurs habitants le sont également ? Elles seraient donc contaminées par nous. Ou bien deviennent-elles malades et nous transmettent-elles leur maladie ? Nous avons constaté les deux cas.
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Il faut soigner la maison pour guérir les hommes.
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Les murs font partie de notre imaginaire. Nous rêvons de les franchir, de les abattre, de les traverser, de nous transformer en passe-muraille, de les construire à notre convenance. Mais ces murs qui nous abritent, en quoi sont-ils faits? Il s'agit de murs, de matériaux et de leurs mémoires supposées. Et si la mémoire des murs n'était qu'une somme d'énergies retenue dans les minéraux?
Cette mémoire, serait-elle partiellement dans les matériaux?
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Vouloir se dégager de nos mémoires cellulaires ancestrales, ethniques, c'est faire de chacun de nous des hommes incomplets. Jung l'a bien compris. «Ce que nous appelons "la conscience de l'homme civilisé" n'a cessé de se séparer des instincts fondamentaux. Mais ces instincts n'ont pas disparu pour autant. Ils ont simplement perdu contact avec notre conscience et sont donc forcés de s'affirmer d'une manière indirecte.» Comment tuer trois cent cinquante mille ans de magie contre trois cents ans de sciences?
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Les lieux sont là pour réparer les mémoires. Les murs sont parfois d'immenses pansements. On n'hérite pas des murs, mais de leur mémoire.
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Certains lieux ont des auras qui se sont modifiées lors des travaux. Elles ne s'annulent pas, mais se superposent. Ainsi, des mémoires différentes peuvent cohabiter ou bien une seule, la plus forte, restera vivace.
Les maisons pleurent, saignent, brûlent, mais ne meurent jamais. Même démolie, la mémoire des murs survit. Les maisons peuvent changer d'apparence, les premières constructions demeurent présentes comme un corps éthérique, qui se nourrit de nos émotions. Les mémoires se nourrissent de nous et nous font agir. Venant de plusieurs vies et de nos ancêtres, elles peuvent avoir envie de revanche.
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Ces coïncidences temporelles, sans lien apparent, prennent du sens.
Le passé s'exprime dans le présent et se rejoue dans le futur. Les noms, les dates, la durée sont des indices. Cette arithmétique a un sens. La mémoire n'est pas anarchique. Tout prend du sens et tout a du sens. Cette réalité atemporelle qu'est la mémoire nous offre un début de compréhension globale de l'unité, du tout. Les maisons nous choisissent et la mémoire des murs répond à nos attentes, à nos mémoires transgénérationnelles…
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Les lieux de vie viennent à nous pour nous parler d'un événement qui nous concerne ou nous concernera. Les mémoires ancestrales, les non-dits, les traumatismes, les tabous sont les liens indéfectibles qui nous orienteront vers telle ou telle habitation, à notre insu.
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Il est évident que ce vieux donjon, acheté 1 franc, dont personne ne voulait, a patienté jusqu'à ma venue. Longtemps. Je n'ai que 35 ans, mais j'ai l'impression d'avoir attendu ça toute ma vie, le retour chez soi.
Je dois réparer les mémoires, les miennes et celles des murs. Pour cela, je fais maçonner les fentes des murs, les fissures problématiques. Je ne suis pas en chantier, le donjon et moi sommes en thérapie.
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Le bricolage est à la mode. Mais cet engouement sociétal a une signification plus profonde. L'embellissement, les réparations sont, en fait, une introspection ou une tentative de consolidation des liens familiaux.
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