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ISBN : 2708702874
Éditeur : Editions Présence Africaine (2000)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Sous l'orage : d'une part, le poids du passé, l'autorité de la tradition, le prestige des anciens, d'autre part, l'appel de temps nouveaux, l'ouverture et les émois de la jeunesse : la profondeur millénaire de l'Afrique et les horizons stimulants dévoilés par d'autres f... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (5)

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  • Par raton-liseur, le 04 avril 2012

    raton-liseur
    Publié en 1957, soit à peine trois ans avant l'indépendance du Mali, Sous l'orage est le premier roman de Seydou Badian, auteur de l'hymne national et futur ministre de l'économie. Considéré comme un classique, étudié dans de nombreuses classes de collège au Mali et dans les pays voisins, il fait s'affronter, autour de la question emblématique du mariage, les valeurs traditionnelles de la société et les aspirations au changement véhiculées par l'école des Blancs.
    « Ce jour-là, le père Benfa s'était levé plus tôt que de coutume. Il était debout avant les premières lueurs de l'aube. Rien dans la cour ne bougeait. Seuls, de temps en temps, bruissaient les feuilles du petit manguier, non loin du puits. » (incipit, p. 13, Chapitre 1). Croquant en quelques mots qui sonnent juste les paysages et les gens, le livre met en scène Kany, jeune fille instruite qui rêve d'épouser le camarade d'école dont elle est amoureuse, alors que son père la voit devenir la troisième épouse d'un gros marchand.
    Dans son style simple et personnel, français châtié mâtiné de mots et d'expressions locales, Seydou Badian fait de fable vieille comme le monde la parabole d'une Afrique à la veille des indépendances. Prise dans une histoire aux rebondissements peu artificiels mais somme toute plausibles qui nous permettent un court instant d'apercevoir les différentes facettes du pays, de la ville naissante aux rivages du Djoliba (le nom chantant du fleuve Niger en Malinké), Kany devient la nation malienne naissante, courtisée par les valeurs traditionnelles incarnées par les anciens et les valeurs importées par les colons.
    Malgré l'apparente simplicité de l'intrigue, Seydou Badian ne tombe pas dans la facilité et complexifie peu à peu son propos pour nous amener vers une troisième voie, incarnée par le personnage énigmatique et philosophe de Tiéman, qui a fait la guerre sur le sol européen et qui a ensuite choisi de rester dans son village où il est infirmier dans un dispensaire que l'on imagine sans grands moyens.
    Cinquante plus tard, ce livre reste d'une grande actualité, même si j'y ai peut-être lu plus que ce que l'auteur avait voulu y mettre. D'abord, sa réflexion sur la mutation des sociétés colonisées puis décolonisées me paraît toujours pertinente. Alors que les états peinent toujours à devenir des nations, alors que les lanternes de la démocratie sont en passe de devenir des vessies, la fin heureuse de cette courte parabole se fait encore attendre dans la réalité. Comment, sans tomber dans un relativisme culturel qui conduirait à l'immobilisme, reconnaître et faire cohabiter des systèmes de valeurs différents, comment créer un monde multi-polaire qui respecte l'identité et le libre-arbitre de chacun.
    Ensuite, bien que la question de la mutation identitaire ne se limite plus aux anciens pays colonisés mais gagne maintenant l'homme blanc qui croit toujours porter le même fardeau, ils sont bien rares les Tiéman qui acceptent qu'une culture est certes un héritage mais qu'elle n'est pas statique et se doit de se laisser pénétrer d'autres influences, en les triant, en les remaniant, en les phagocytant et les faisant siennes. La culture n'est pas immuable, celle d'aujourd'hui n'est ni celle de nos parents ni celle de nos voisins, mais elle tient un peu de tout cela et de notre petit grain de folie personnel.
    Je referme ce livre plein d'une poésie simple et d'un espoir léger pour les lendemains de l'indépendance avec un pincement au cœur. Je suis dans un avion qui s'envole de Bamako, et je me demande, dans ce pays dont le destin vient de basculer en dix jours, où sont les Tiéman de la raison. Et en me posant à Paris, en trouverai-je des Tiéman pour nous aider à créer ce demain qui réconciliera plus qu'il n'opposera les richesses des différentes façons d'être de ce pays.
    J'ai au moins ce petit livre acheté dans une librairie de Kayes, ce petit éclat d'espoir, en espérant que les enfants d'Afrique continuent à l'étudier, et en me disant qu'on pourrait aussi le mettre au programme des lycées au Nord de la Méditerranée, pour qu'enfin une histoire partagée soit possible.
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    • Livres 4.00/5
    Par miriam, le 03 avril 2013

    miriam
    Seydou Badian est un écrivain Malien. Sous l'Orage, son premier roman, daté 1954, se déroule donc avant les Indépendances. Dans ces temps troublés, s'affrontent les Anciens, détenteurs de la tradition rurale, attachés à un passé de chasseurs aux pratiques animistes, et les Jeunes qui ont étudié à l'école des Blancs et qui rejettent superstitions et anciennes coutumes rétrogrades.
    Le roman s'avance à pas comptés. Il s'ouvre un matin, sur le projet de mariage arrangé par le père Benfa de Kany avec Famagan, le marchand. Décor agreste, :
    Rien ne laisse deviner les bouleversements à venir.
    "Kany rêvait d'amour et d'avenir. Elle voyait un merveilleux avenir embelli par la présence permanente de Samou"
    Mariage d'amour contre mariage arrangé? Famagan, le commerçant, est plus âgé qu'elle et surtout il a déjà deux épouse. Protestation contre la polygamie? le roman avance d'abord dans le registre d'un amour contrarié. Samou, un élève de l'école des blancs, comme Kany, avec leurs camarades de classe rêvent de modernité, d'hygiène, de vaccination.
    "La famille de Benfa était donc divisée à propos de cette affaire: Birama, Nianson, Karamoko étaient du côté de Samou, tandis que le père Benfa et Sibiri, l'aîné, ne pensaient qu'à Famagan"
    Pour mettre fin aux amours de Kany et de Samou, le père Benfa envoie sa fille et Birama, son jeune fils chez son frère Djigui, au village. Changement de décor, Kany et Samou, les élèves citadins, découvrent une autre vie, plus traditionnelle encore où les fétiches sont encore révérés et où le pouvoir des blancs sur les paysans est arbitraire et pesant. A un Roméo et Juliette succède un roman beaucoup plus politique."
    "- dites au Blanc que vous avez assez appris, qu'il vous laisse à présent, vous êtes en âge de fonder un foyer..."
    Les amours de Kany semblent mal parties. Pourtant, c'est au village auprès de Tièman-le-Soigneur qu'elle trouvera son meilleur appui "Tiéman est instruit, il a été soldat, à deux pas d'obtenir son diplôme d'instituteur, a-t-il préféré rester infirmier au village"
    Tiéman a trouvé les mots pour convaincre et le père Djigui, l'ainé a écrit à Benfa de laisser Kany étudier. Triomphe de l'amour? Presque, en ville des changements s'annoncent, les jeunes réclament l'égalité des droits, des représentants élus. On sent se préciser les mutations. le mariage de Kany et de Samou devient un symbole pour les jeunes.
    Benfa, Famagan et les Anciens n'ont pas désarmé. le conflit de génération est ouvert....cependant les idées modernes des jeunes ne sont-elles pas une copie de celles des Blancs? comment les Anciens peuvent-ils abandonner coutumes et autorité?
    -"je sais le sentiment qui vous anime en ce moment c'est de l'orgueil. Il n'a pas sa place ici.Encore une fois, les vieux ne sont pas vos rivaux mais vos aînés, vos pères[...]les vieux sont plutôt malheureux. Imaginez un homme qui, encore très riche se trouve aujourd'hui sans rien. on lui annonce que ses richesses n'ont plus de valeur[...]et cela sans préparation aucune, avec la brutalité d'une pluie d'été"
    Ce roman qui s'ouvrait comme une romance contrariée a pris une dimension politique. le problème est autrement plus complexe.

    Lien : http://miriampanigel.blog.lemonde.fr/
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  • Par Justus, le 03 mars 2013

    Justus
    C'est un chef d'oeuvre qui reste et demeure pour l'Afrique une référence

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  • Par Justus, le 03 mars 2013

    Justus
    C'est un chef d'oeuvre qui reste et demeure pour l'Afrique une référence

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  • Par Justus, le 03 mars 2013

    Justus
    C'est un chef d'oeuvre qui reste et demeure pour l'Afrique une référence

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Citations et extraits

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  • Par raton-liseur, le 04 avril 2012

    Oui nous avons le droit d’imposer qui nous voulons [qu’elle épouse] à Kany parce que Kany a quelque chose de nous : elle porte notre nom, le nom de notre famille. Qu’elle se conduise mal et la honte rejaillit sur notre famille. Il ne s’agit donc pas d’une personne, mais de tout le monde. Tu me parles de ton camarade ? Voyons, qui est-ce qui l’a choisi ? Kany, me diras-tu ; mais, dis-moi, crois-tu que Kany, à elle seule, puisse mieux juger que nous tous réunis ? Le mariage n’est pas une plaisanterie, il ne peux être réglé par ceux qui ne rêvent que de cinéma, de cigarettes et de bals. (p. 54-55, Chapitre 5).
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  • Par raton-liseur, le 04 avril 2012

    vous avez tord de vouloir tout laisser tomber. Vous avez tort d’essayer d’imiter les Européens en tout. Comprends-moi bien. L’homme européen n’est qu’un des multiples aspects de l’homme. On ne vous demande pas d’être Européens. On ne vous demande pas de vous défigurer. (…)
    Il n’est pas question pour vous de fuir votre milieu. Cherchez plutôt à agir sur lui. Cherchez à sauver ce qui doit être sauvé et essayez d’apporter vous-mêmes quelque chose aux autres : une figure dans l’ébène, le paysage rutilant de chez nous sur une toile de peintre ! (…)
    Il ne s’agit pas évidemment de tout accepter. Mais faites un choix. Les coutumes sont faites pour servir les hommes, nullement pour les asservir. Soyez réalistes ; brisez tout ce qui enchaîne l’homme et gêne sa marche. Si vous aimez réellement votre peuple, si vos cris d’amour n’émanent pas d’un intérêt égoïste, vous aurez le courage de combattre toutes ses faiblesses. Vous aurez le courage de chanter toutes ses valeurs. (p. 142-143, Chapitre 20).
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  • Par raton-liseur, le 04 avril 2012

    Tiéman-le-Soigneur m’a dit : « Si tu ouvres ta porte à tout le monde, les paresseux seront nombreux. »
    Je lui ai dit : « Avec tes paroles, tu détruiras le village. Il est des pensées qu’on doit taire. Nous sommes comme des guerriers sur un champ de bataille. La peur est en chacun. Lorsqu’on voit le voisin courir à l’ennemi, on se dit : « il est fou », puis on fait comme lui, et on devient brave. Si chaque guerrier avait dit sa peur au voisin, on aurait palabré et peut-être décidé la fuite. » (p. 118, Chapitre 16).
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  • Par raton-liseur, le 04 avril 2012

    Ce jour-là, le père Benfa s’était levé plus tôt que de coutume. Il était debout avant les premières lueurs de l’aube. Rien dans la cour ne bougeait. Seuls, de temps en temps, bruissaient les feuilles du petit manguier, non loin du puits. (incipit, p. 13, Chapitre 1).

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  • Par miriam, le 03 avril 2013

    je sais le sentiment qui vous anime en ce moment c'est de l'orgueil. Il n'a pas sa place ici.Encore une fois, les vieux ne sont pas vos rivaux mais vos aînés, vos pères[...]les vieux sont plutôt malheureux. Imaginez un homme qui, encore très riche se trouve aujourd'hui sans rien. on lui annonce que ses richesses n'ont plus de valeur[...]et cela sans préparation aucune, avec la brutalité d'une pluie d'été
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