Sa majesté Boris III, roi du Polvodo s'embête. Quoi de mieux pour s'occuper qu'une bonne guerre ? Et voilà que les hostilités sont engagées... contre une malheureuse lettre de l'alphabet ! Une joyeuse plaisanterie. Hélas, l'appli... > voir plus
Lecture jeune, n°121 - Parce qu’il s’ennuie, le roi Boris cherche querelle au royaume voisin. Il rédige une déclaration de guerre, mais son ministre Mettemberg lui fait remarquer qu’il a mal orthographié l’adverbe « évidemment », avec un « a » central en place du « e ». Piqué au vif et influencé par son précepteur Moutrin, le roi dirige sa colère vers un nouvel ennemi : la voyelle « e ». Il interdit à ses sujets d’employer ce « trait impur » à l’oral comme à l’écrit, sous peine de terribles sanctions. Tandis que la population se perd en synonymes et périphrases, la résistance s’organise, avec à sa tête Mettemberg, officiellement renommé Mottomborg. Moutrin, incapable de traduire ses oeuvres dans la langue qu’il a initiée, prend la fuite. Boris rend enfin justice à son ministre. Une nouvelle question le hante désormais : à quoi sert le zéro ? Ce petit roman servi par des illustrations croquignolettes propose une interrogation amusante sur les rapports entre langage et liberté. Il permet au jeune lecteur de prendre conscience qu’il existe mille manières d’exprimer une même idée. Au gré d’une intrigue simple mais bien rythmée, les discours autorisés privés de « e » succèdent aux dialogues des résistants, qui suppriment les autres voyelles. Les personnages sont hauts en couleurs, du roi fantoche au ministre épris de justice, en passant par le précepteur prétentieux. Plus qu’un exercice de style, voilà une lecture plaisante, humble et pleine d’humour. Cécile Burgard
Lecture jeune, n°121 - Un roman court et bien troussé, à l’humour jubilatoire, en hommage aux prouesses verbales de Georges Perec et de l’Oulipo. Pour le plus grand plaisir du lecteur éberlué, la loi du roi Boris s’étend progressivement à tous les dialogues. Et les « e » de se perdre... La contrainte du lipogramme provoque de surprenantes créations et conduit à des périphrases loufoques : ainsi un mari n’a-t-il plus de femme mais un « patron à jupon » ! La fable pointe toutefois derrière la farce. La tyrannie de Boris aboutit au règne sanguinaire de l’absurde. Ceux qui prononcent la lettre interdite perdent un doigt et dans le silence on médite l’assassinat du dictateur. L’humour noir s’avère plus inquiétant qu’il ne paraissait d’abord. Cette fantaisie décidément féroce rappelle d’autres traques sanglantes, bien réelles et proches de nous. Charlotte Plat