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Lettre de Chloé Delaume
Paris, le 27 décembre 2007
Chère Madame La Mort
(…)Vous m'avez forcée à survivre, et cela depuis le début. J'ai tant porté le deuil que mes iris sont noirs et mes paupières de crêpe, vous m'êtes si familière que je pourrais vous dire tu. J'ignore votre dessein concernant les remugles de ma famille maternelle. Il reste la tante et son époux, leur fille et surtout la grand-mère. A chaque Noël, j'espère que me vienne ce cadeau, ils seraient en voiture et ce serait terminé. Car je me languis, voyez-vous. Je n'en peux plus d'attendre qu'une bonne pelletée de terre referme la crevasse, je me suis reconstruite mais sur des courants d'air. Ce n'est pas ma faute, j'ignorais le mensonge, la faute originelle. Je croyais que maman était juste malheureuse et papa très méchant, jusqu'à trente et un an, j'avais foi, j'avais vu, je ne savais que ça et ramassais les pierres ".
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Parfois je pense aux gens normaux et je les envie tellement fort que mon cœur n’est plus qu’une bouillie.
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"Plus je réfléchis au-dedans plus je me sens graine de fatum, pourriture creux de ventre, le témoin licencieux d'une ironie tragique qui ferait de moi l'innocent coupable. Fruit de la guigne et du travail d'un homme. Je suis la plaie de ma famille. Je refuse de cicatriser."
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Je suis la plaie de ma famille. Je refuse de cicatriser.
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J’écris pour que tu meures. Puisque tu es vivante, encore tellement vivante que c’en est indécent. Ce qu’il faut à présent c’est que tu lises ces lignes et qu’enfin tu en crèves, que ton cœur se fissure, que le granit implose ; tes artères un brasier, le sang bout le sais-tu à combien de degrés, tes valves ravagées incendie poitrinaire. C’est à ça que j’aspire. A ton exposition. Carbonisée la chair abroge toute minauderie, la reine sera si nue qu’on scrutera en son sein. Alors sera révélée la nature de l’organe qui t’a maintenue en vie. Tu ne pourras plus feindre, tes entrailles en haillons se feront seul apparat