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Ce court essai commence par un constat : l'optimisme n'est plus une valeur dominante dans notre société. On lui préfère de loin une pâle copie du " réalisme " que Jean-Claude Guillebaud n'hésite pas à qualifier " d'inespoir ".

Or, nous dit ce penseur né à Alger quelques jours avant le débarquement de Normandie, " ce renoncement au goût de l'avenir peut devenir une injonction discrètement idéologique ". En dissuadant toute aspiration à un futur ouvert, le climat ambiant nous invite à subir un ordre établi présenté comme indépassable...

Qu'on l'appelle " discours de l'impuissance " comme l'économiste Jean-Paul Fitoussi ou " la douce certitude du pire " comme Miguel Benasayag et Edith Charlton, la conclusion est toujours la même : à quoi bon se battre puisque tout est foutu ?

Fin connaisseur de l'histoire des idées, Guillebaud s'attache avec brio à démontrer que le fatalisme est étranger à la culture judéo-chrétienne. Les prophètes comme Jérémie, Isaïe, Ezéchiel et Daniel qui sont cités dans l'Ancien Testament sont à l'origine d'une révolution qui a changé durablement la vision du monde de l'Occident : avec leur messianisme (annonce de l'avènement d'un messie promis par Dieu), le temps n'est plus cyclique, mais devient linéaire !

" En modifiant la représentation de la temporalité, la parole prophétique bouleverse de fond en comble le sens de l'aventure humaine. La vie n'est plus soumise au destin, à la fatalité (fatum), mais avancera en direction d'un projet. " (p. 166-167) Autrement dit, notre sort peut désormais être choisi et construit. On vient d'assister à l'invention de l'Histoire ! Rien que ça.

Plus tard, " cette projection résolue vers l'avenir, cette volonté de braver l'impersonnalité cruelle du destin, les chrétiens l'ont rebaptisée espérance. " (p. 168). Depuis lors, l'humain est coresponsable de la marche du monde.

Le fait de croire que le futur peut et doit être meilleur est ainsi au fondement de la culture européenne. C'est ce progressisme qui a permis à nos ancêtres de rattraper puis dépasser les civilisations arabe, indienne ou chinoise qui leur étaient pourtant largement supérieures au Moyen-Âge.

Pourtant, la fin des Trente Glorieuses (1950-1980) semble avoir sonné le glas de quatre siècles d'avancée spectaculaire des conditions de vie de la grande majorité des Européens. Comment expliquer ce coup d'arrêt ? JCG y voit de multiples causes qui parfois semblent s'enchaîner.

Tout d'abord l'émergence du communisme soviétique qui a complètement dévoyé les idéaux de justice et de solidarité qu'il prônait. Ensuite, l'hécatombe des deux guerres mondiales qui ont cassé la croyance aveugle dans les bénéfices du progrès scientifique et technique. Il y en a encore bien d'autres que je vous laisse découvrir dans ce livre.

Plus loin, l'auteur fait une réflexion qui sous son aspect anodin ouvre une belle perspective : " C'est avec la temporalité humaine que l'espérance à partie liée. " (p. 174), Mais, qu'est-ce que cela signifie ? Que la manière " dont nous nous représentons l'écoulement des jours est capable - ou non - de donner forme à l'espérance. "

Or, en étant constamment suspendus à notre smartphone, nous saucissonnons nos journées en mini tranches souvent sans lien entre elles : l'actualité, Facebook, les résultats sportifs, un texto à un ami, une vidéo sur YouTube... Bref, nous gaspillons pour des futilités le peu de temps libre dont nous disposons pour nous projeter dans le moyen et le long terme, dans le nourrissant et le profond.

Le plus grave, c'est que, victimes consentantes de l'air du temps, nos dirigeants politiques et économiques fonctionnent de la même manière : que disent les sondages ? Comment réagit la bourse à mon nouveau plan social ? Qu'en pensent mes followers sur Twitter ?
" Deux minutes de réflexion suffisent pour comprendre que tous ces signes, mesures, nombres et indices sont autant de leurres. Ils colonisent notre esprit. " (p. 176)

Ils détournent notre attention de la véritable question : dans quel monde aimerions-nous vivre ? Guillebaud en est convaincu : en présence des sirènes du confort et du consumérisme à outrance nous nous sommes laissé complètement endormir. A quoi bon l'espérance en un monde plus juste si j'ai un travail, la télé câblée et le frigo bien rempli ? Autant rester tranquillement chez moi et laisser " les professionnels " gérer l'avenir du pays.

Attention nous dit l'auteur, " une approche strictement gestionnaire de la démocratie (...) s'accommode très bien d'un Etat faible ou impotent. " (p. 181) Elle pousse à mettre en oeuvre des politiques qui favorisent objectivement les intérêts des rentiers et des actionnaires au détriment des actifs et des jeunes. Alors, je pose la question : a-t-on jamais construit un projet de société porteur d'espoir pour la majorité des citoyens avec une telle politique ?

Pour contrer le blues ambiant qui nous a déjà presque tous submergés et endormis parfois à notre insu, il faut d'abord en prendre conscience. Car, dans cet état d'esprit léthargique, notre cerveau a instinctivement tendance à ne retenir que les nouvelles qui confortent notre humeur mélancolique et résignée.

Il faut, nous dit JCG, s'en extirper sans attendre. Je vous laisse découvrir comment en lisant des ouvrages comme celui-ci qui secouent, réveillent, cultivent et redonnent de l'élan. Bref, une réactivation salutaire de notre capacité d'espérer à travers une remobilisation de notre intelligence et de notre esprit critique. Une réaction que d'aucuns craignent plus que tout...
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A lire d'urgence pour tordre le cou aux déclinistes et autres oiseaux de mauvais augure: on en sort regonflé!
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Profond et réjouissant!
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Profond et réjouissant!
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très bonne critique du pessimisme de notre époque, explications sur ses origines sociétales et historiques, réponses et solutions possibles avancées
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