Ce roman d'
Anne Perry ne met pas en scène Thomas Pitt et sa femme Charlotte mais un autre détective, William Monk et sa femme Hester. De nombreuses différences existent entre les deux couples. La première, et de taille, est que William Monk est devenu amnésique à la suite d'un accident, et qu'il a perdu son passé. La deuxième est que William n'est pas policier, mais détective. La troisième est que, si Thomas Pitt a accès à la bonne société anglaise grâce à sa femme, William, lui côtoie tous les bas-fonds de Londres avec Hester, qui dirige une clinique pour soigner les prostituées.
Au début, l'intrigue se divise en deux parties : d'un côté, Monk enquête sur le vol d'une cargaison d'ivoire, et découvre la rude vie des docks. Cette partie ne me passionnait guère, je préférai nettement l vie quotidienne d'Hester, l'énergie qu'elle et ses amies (je ne peux pas dire « ses employées » car elles sont toutes des bénévoles) déploient pour soigner dans la clinique ses femmes qui souffrent, vivent et meurent à cause de la prostitution.
Anne Perry, par le biais de ce personnage charismatique ou encore par ceux de Margareth, jeune fille bien née, et de sir Olivier Rathbone, sonde l'hypocrisie de la société victorienne bien pensante, et les difficultés rencontrées pour ébranler cette bonne conscience indifférente.
Ce n'est qu'au moment où l'enquête semble résolue qu'une nouvelle énigme, qui réunit les deux intrigues du roman, surgit, beaucoup plus palpitante. le rythme du récit s'accélère, la galerie de personnages qu'
Anne Perry nous a si longuement présentée passe alors à l'action et l'enquêteur, maladroit au début, se transfigure dans l'urgence. le final, qui semble écrit dans l'urgence (l'apaisement, une fois le danger écarté, est impossible) conclut amèrement cette œuvre en demi-teinte.