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C'est tout en sensibilité et émotion que Natasha Trethewey revient sur un évènement fondateur de sa vie : l'assassinat de sa mère Gwendolyn Ann Turnbough - par son beau-père Joel Grimmette - le 5 juin 1985 sur Memorial Drive.

L'auteure, qui n'avait que dix-neuf ans au moment du drame et pour qui le choc a été d'une violence inouïe, a choisi d'effacer de sa mémoire tous les souvenirs antérieurs au décès de sa mère.
Et cependant, ce qu'elle nous livre ici, c'est un journal de deuil dans lequel elle égrène les souvenirs recouvrés comme les jours, mois et années jusqu'au coup de feu fatal.

Parce qu'elle avait besoin de donner un sens à cette histoire qui n'en avait pas et de solder un passé dévasté par la violence, Natasha Trethewey s'est lancée dans la quête douloureuse de ses souvenirs.
Grâce à un long travail d'étude des dossiers d'archives de cette affaire judiciaire (7 ans !), de photos retrouvées et de lieux parcourus, l'écrivaine et poétesse a réussi à se remémorer une partie de son passé pour écrire ce mausolée à cette mère adorée, tout à la fois fragile et puissante.

Ce récit pourrait être noir et terrifiant, il est lumineux et poignant !
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Natasha Trethewey s'attaque ici à un récit certainement difficile, celui de l'enchaînement de faits qui a conduit à son assassinat par son ex-mari, le beau-père de l'autrice.
Les thèmes abordés, la place du racisme et en particulier vis-à-vis des métis, la stratégie d'emprise et notamment sur une enfant, la lenteur de réaction des autorités mêmes devant des faits répétitifs et avérés lorsque les violences sont intra familiales (malheureusement pas une exclusivité des États-unis d'il y a quarante ans), le sont avec précision, délicatesse et sincérité.
L'hommage de l'autrice à sa mère est poignant. Puisse-t-il servir à quelque chose !
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Le récit très intime de la narratrice convoquant le passé et la destinée de sa mère est entrecoupé de passages plus directs, journal intime des émotions d'une femme affrontant la disparition tragique de sa mère. Dès les premières phrases, nous savons ce qui pèse, tourmente et anime la vie de Natasha, la mort par assassinat de sa mère. L'événement, malgré les années passées, la choque toujours, la bouleverse et est une raison de sa conception de la vie et de son art. Pour mieux comprendre la fin terrible de Gwendolyn, elle décide de remonter le fil, de recomposer le puzzle d'une vie. le parcours de cette femme balaye de nombreux questionnements sur les discriminations et les exclusions sociales. Ce roman parle autant de racisme que de sexisme, de patriarcat que de violences faites aux femmes. Nous découvrons alors trois portraits de femmes, la grand-mère, la mère et la fille. Natasha raconte l'héritage familial sans tomber dans le sentimentalisme ni le lyrisme.
L'autrice ouvre son roman sur l'absence d'un être cher, sur la violence qui a mené à sa disparition et sur le manque insupportable de la tendresse. Malgré le ton très intime de l'écriture, on pourrait oublier l'autobiographie qu'est ce texte. Natasha Trethewey le rappelle très intelligemment en évoquant son recours à l'écriture et sa nécessité d'écrire le monde pour mieux le vivre et y survivre. L'autrice parle autant de sa famille que de sa création. L'écriture lui a apporté de la tendresse, du réconfort et de la force pour imaginer le futur. On pourrait même dire que cela lui a permis de regarder son passé, de penser ses douleurs. le titre laisse suggérer un voyage mémoriel et c'est exactement le cas. Son roman remonte la route des souvenirs, animé par le besoin d'affronter les maux d'une société, porté par la sensibilité d'une femme meurtrie. C'est un roman puissant, maniant parfaitement le passage du macroscope au microscope, reliant les traumatismes intimes à la création sans jamais tomber dans l'explicatif pompeux et réducteur. L'autrice conserve tous les mystères, ceux de la vie, ceux de l'art, ceux qui nous ensorcellent et nous rongent de l'intérieur.
Lien : https://tourneurdepages.word..
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Ce livre de non-fiction est donc un hommage à la mère de l'auteure, morte tuée de deux balles par son second conjoint. Mais l'auteure prend le partie de nous parler de sa naissance puis de son enfance.

Elle est en effet née d'une mère noire américaine et d'un père blanc canadien dans un état qui ne reconnaissait pas les mariages inter-raciaux. Elle est d'ailleurs traitée de zèbres par les enfants du quartier qui ne savent pas la classer blanche ou noire.

Mais c'est surtout le second mari violent qui pose problème au duo mère/fille.

Rien de bien nouveau sous le soleil du Mississippi, malheureusement.

J'ai été effarée de lire certaines retranscriptions de conversations téléphoniques entre la mère et le second mari qui menace ouvertement de la tuer tout en l'accusant. Lunaire !

Et personne n'a protégé cette femme qui s'est battue pour s'en sortir tout en protégeant ses enfants….

De belles réflexions profondes sur le traumatisme parsèment le livre.

Quelques citations :

Ces peurs (être jetée en prison en étant innocente ; être internée en étant saine d'esprit ou être enterrée vivante) exprimaient l'impuissance, la vulnérabilité face à des forces sur lesquelles je n'avais aucune prise. (p.94)

Si le traumatisme fragment le moi, alors que veut dire garder le contrôle de soi ? (p.95)

En anglais, to be beside oneself signifie que l'émotion qui nous submerge, comme le chagrin ou la peur, est si intense qu'on a l'impression d'être hors de son corps. Les chercheurs en théorie cognitive suggèrent que parler du traumatisme ou le mettre par écrit peut aider à guérir la déchirure ouverte par l'événement dans le tissu du moi. (p.115)

L'image que je retiendrai :

Celle des bloc-notes jaunes que l'auteure et sa mère utilisent tout le temps.
Lien : https://alexmotamots.fr/memo..
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C'est l'histoire d'une fille qui n'a pas pu sauver sa mère.Trente ans après l'assassinat de cette dernière par un ex-mari violent, l'auteure se confronte enfin à cet épisode douloureux.
Elle utilise comme matériaux d'écriture quelques photographies qui n'ont pas été perdues ou détruites ainsi que les retranscriptions des conversations téléphoniques enregistrées par la police de sa mère avec son beau père. L'auteure a aussi recours à ses rêves et à ses souvenirs en se questionnant sur leur véracité : n'ont ils pas déformé la réalité avec le temps et l'impact du chagrin ?
Le sujet principal est celui d'un féminicide, une femme noire est morte tuée par balle «  on a tiré sur votre mère ». Par delà l'histoire personnelle l'auteure évoque aussi les violences faites aux femmes, aux enfants et aux afro-américains. Les pages sur la famille maternelle vivant dans les années 1950 dans un état du sud naguère secessionniste sont accablantes.
Ce très beau texte traite surtout de la perte d'un être cher, de la mémoire et du souvenir recréés ou modifiés par l'usure ou l'émotion. Nathasha Trethewey est poétesse et son écriture est précise, concise, sans pathos. L'émotion naît pourtant au fil des pages, chacun y trouvera un écho à sa propre histoire, ses deuils et ses pertes. Un roman bouleversant car il résonne en nous en touchant à l'intime et à l'universel.
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« Mémorial drive » est une autoroute à Atlanta, qui conduit à un mémorial de l'histoire des Etats Unis, mais c'est aussi dans ce texte, le cheminement que va faire la narratrice dans sa mémoire personnelle et les mémoires des Archives.
En 1985, la mère de Natacha Trethewey a été assassinée par son mari, après des années de violence conjugale. Big Joe, ce beau père de la narratrice, elle est le fruit d'un premier mariage, inter racial, dans les années 60, Après la mort de sa mère, elle a tenté de tourner la page de son enfance et adolescence. Adulte, elle revient sur les lieux de ce meurtre et va essayer de se souvenir, en étudiant méticuleusement ses rêves, cauchemars, en allant consulter un médium, bien qu'elle se définit trop rationnelle pour y croire, en récupérant les pièces de la procédure judiciaire.
Pas facile de revenir sur son passé, ses souvenirs d'enfance : une enfance joyeuse, au début de sa vie, une vie entourée de parents, (grand mère cousins), puis la séparation de ses parents, un déménagent à Atlanta, le remariage et l'entrée de sa vie de petite fille de Big Joe, beau père ambivalent, ancien du Vietnam, qui devient violent avec sa femme, jusqu'au crime.
Un récit autobiographique, intime mais qui parle de la société américaine des années 60-70, de la culpabilité de cette fille, qui aurait pu aider, sauver sa mère. Elle décrit très bien le climat social, judiciaire face à ces violences intimes, familiales, bien que les autorités et l'entourage savaient ce qui se passait dans la vie familiale de ce couple.
Un texte perturbant, qui interroge, interpelle.
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merci pour ce partenariat entre editions de l'Olivier et le Picabo River Book Club et merci leatouchbook d'être à l'origine de tout ça.

Ce livre nous raconte le deuil, la perte de sa maman. Ce deuil impossible en temps normal, devenu pire selon les circonstances. Comment on devient adulte brutalement alors même que la vie s'effondre.

Natasha Trethewey, métisse née en 1966, époque où le mariage interracial était interdit dans vingt et un états, retrace l'histoire de sa mère, noire, et de son père, blanc, qui pensaient que l'amour peut vaincre tous les tabous, et de son statut, ni noire ni blanche et pourtant les deux.

Son enfance, qui paraît être idyllique est néanmoins émaillée de jugements racistes sur le couple que forment ses parents, par des blancs qui s'arrogent ce droit.

Un jour le couple parental se sépare, et plus tard un autre homme arrive, qui aura le visage de la mort.

C'est fascinant la façon dont l'autrice retrace ce passé qu'elle avait voulu gommer et que, du présent, elle ait cette impression que tout était déjà joué, que leur destin funeste les attendait alors que tous les signaux d'alarme étaient là pour empêcher la tragédie d'arriver.

À travers ses rêves et ses souvenirs enfouis, elle nous parle de sa mère et du coup de toutes les mamans, omniprésentes, qui nous tiennent la main tout au long de nos vies, encore bien après qu'elles aient dû nous laisser continuer le chemin sans elles... nous ne sommes jamais sans Elle.

C'est une histoire poignante, un long cri silencieux rempli de douleur. C'est révoltant et douloureux à lire. Ça nous raconte l'abus de certains hommes qui se croient détenteurs de la vie de leur compagne, c'est la chronique d'une mort annoncée et la chute dans un gouffre sans fond pour ceux qui restent.
Hélas, les uxoricides perdurent, donnant le sentiment que quelque chose échappe à la société qui ne parvient pas à juguler cette abomination.

Ce récit d'une mort qui semblait évitable mais ne l'a pas été m'a fait revenir en mémoire une phrase d'Arthur Rimbaud à sa soeur : J'irai sous la terre et toi tu marcheras dans le soleil.
La tristesse m'a submergée car une Maman c'est l'univers tout entier.
Les années et les décennies passent, le manque reste. C'est aussi ce que nous dit Natasha Trethewey.
Lien : https://mechantdobby.over-bl..
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Le difficile et douloureux retour de l'auteure sur la figure de sa mère, assassinée par un mari violent. Cet événement profondément traumatique, qu'elle a mis entre "deux serre-livres", comme elle le dit, pendant plus de 30 ans, la hante et la constitue. Dans Memorial Drive elle remonte à ses souvenirs, petite fille d'un mariage interracial interdit puis mal toléré (son père est blanc, sa mère noire, Atlanta fin des années 60), évoque sa relation à sa mère, le racisme ambiant, la violence de la société toute entière. On lit cette évocation d'une traite, c'est écrit tendu et serré, fait de souvenirs par flashs, de méditations sur l'oubli et la mémoire, d'une insondable tristesse, d'un sentiment aigü d'injustice, et on sent que l'exercice est douloureux, presque indicible (l'utilisation du "tu" pour parler d'elle-même dans les moments trops durs est le meilleur emploi que j'en ai lu). La trajectoire de Natasha Trethewey sera inverse : émancipée, intellectuelle reconnue, poète récompensée, "c'est ainsi que le passé s'insère dans le récit de nos vies, lui donne du sens et un but. La mort même de ma mère est rachetée dans l'histoire de ma vocation, lui donne un sens au lieu d'en faire quelque chose d'insensé. C'est l'histoire que je me raconte pour survivre." Magnifique et poignant.
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Memorial drive
Tasha Trethewey semble tout d'abord presque détachée de l'histoire qu'elle raconte, comme si ce n'était pas la sienne
Puis, elle plonge dans les souvenirs, qui la rapprochent du fatidique 5 juin 1985, jour du féminicide de sa maman, tuée par son ex-mari
Je ne sais pas comment on fait pour vivre sans une maman, je ne sais pas comment on surmonte cette douleur-là, je ne sais pas comment on surnage mais je sais comment l'autrice écrit pour survivre, comment elle affronte, comment son éducation à la métaphore lui a permis à la fois d'affronter et de fuir, étrange paradoxe
« She's dead, ma'am », as if dead were a place »
« To tell a trauma, One must be able to tell a story about it »

C'est aussi le témoignage d'une enfant qui se sentira à jamais coupable, d'être toujours vivante quand l'autre n'est plus là, dont l'écriture effectue un passage au tu, comme pour s'excuser de n'avoir rien pu faire

Les dialogues qui précèdent la mort de Gwendolyn sont insoutenables, même si on ne fait qu'effleurer la terreur dans laquelle elle a dû vivre toutes ces années

Memorial drive est un livre intense, grave, un peu flou, écrit en sépia, comme si une ombre cachait la lumière du soleil, l'ombre d'un visage

Et toi tu l'as lu ? Tu as pensé quoi de ce prix Pulitzer ?

Mon amie Hélène en a eu lu l'édition française parue à l'Olivier et nous nous sommes posé les questions suivantes : le fait d'être noire a-t-il eu des conséquences sur la protection policière et l'assistance qui lui ont été offertes ou finalement est-ce un tragique destin de femme tuée « par amour » ? Existe-t-il un terme français pour désigner High yellow/Haut jaune ? La métaphore sert-elle comme le dit Robert Frost à maîtriser le monde et sa vie ou est-elle simplement là pour adoucir une réalité autrement insupportable ?
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Dans ce texte autobiographique, Natasha Trethewey revient sur l'assassinat de sa mère par son deuxième mari en 1985. Plus de trente ans après, elle cherche à comprendre comment une telle situation a pu se produire, revenant à Atlanta sur les lieux du meurtre. Née d'une mère afro-américaine et d'un père blanc, elle raconte son enfance marquée par le racisme et la ségrégation dans le Mississippi des années 60. Elle y dépeint l'amour et la joie au sein d'une famille élargie. Mais quand ses parents divorcent, sa mère se remarie avec un homme qui très vite s'avère violent.
Ce très beau récit impressionne par sa profondeur, alliant souvenirs intimistes et arrière-plan historique, replongeant dans une époque terrifiante où le Sud interdisait les mariages mixtes et les suprémacistes blancs commettaient les pires atrocités. le récit, dans une forme hybride qui mélange notes, dossiers et rêves, alterne passé et présent pour éclairer le déroulé des événements, des débuts des violences conjugales à l'issue tragique. Dans une langue puissante et poétique, Natasha Trethewey fait ressentir l'immense douleur de la perte, le sentiment de culpabilité et de colère, mais aussi le pouvoir de l'écriture comme moyen de surmonter une telle épreuve.
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