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Critiques de Leandro Fernandez (14)
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The Old Guard Book Two: Force Multiplied
  13 novembre 2020
The Old Guard Book Two: Force Multiplied de Leandro Fernandez
Ce tome fait suite à The Old Guard, tome 1 : A feu et à sang qui constitue la première saison d'une trilogie. Celui-ci contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Leandro Fernández, et mis en couleurs par Daniela Miwa. La dernière page annonce une troisième et dernière saison intitulée The Old Guard fade away.



Il y a 6700 ans, quelque part en Eurasie centrale, le choc se produit entre une troupe de cavaliers menée par une jeune femme, et une armée de fantassins. Il est terrible : les lances et les haches tailladent sans pitié pendant que quelqu'un commente sur l'importance des premières fois, et à quel point elles s'incrustent à tout jamais dans la mémoire. Au temps présent, en Californie, Andy (Andromaque) et Nile conduisent à tombeau ouvert, chacune au volant d'une voiture de sport, sur la Highway 1, poursuivie par une dizaine de voitures de police, et au moins deux hélicoptères. Peu de temps auparavant, elles avaient libéré des esclaves dans une somptueuse villa d'un caïd, aidées par Nicky et Joe. En son for intérieur, Andy pense au fait qu'elle a commis beaucoup de bêtises, qu'elle n'aura peut-être jamais assez temps pour se racheter, que les gens qui sont au pouvoir feront tout pour le garder, et qu'ils essaieront à tout prix de convaincre les autres que les choses sont ainsi pour le mieux. Les deux véhicules sont arrivés au niveau d'un pont franchissant une gorge très haut au-dessus d'une rivière et au bout duquel a été dressé un barrage de police avec des herses sur la route. Toujours en communication par téléphone, les deux femmes acquiescent pour dire que c'est le bon endroit. La première braque brusquement et envoie la seconde valdinguer par-dessus le parapet, puis elle percute les voitures police en travers de la route, fait elle-même des tonneaux qui lui font quitter le tablier du pont et chuter dans le précipice.



Pendant toute la nuit, les forces police fouillent les alentours des piles du pont, autour de la carcasse des deux voitures. Ils ne retrouvent pas de cadavre. Enfin Andy et Nile parviennent à remonter jusqu'au bord de la route, jusqu'à la petite camionnette où les attendent Joe et Nicky. À Marseille, un individu passablement éméché rentre chez lui. Il parvient à l'étage où se trouve son appartement, et après plusieurs tentatives il réussit enfin à insérer la clé dans la serrure et à rentre à l'intérieur. Il referme la porte, met les verrous, dégaine son arme à feu et tire sur la silhouette assise dans son fauteuil. Il la rate. Toujours dans la pénombre, la femme s'adresse à lui et l'appelle de son vrai nom : Sébastien le Livre, surnommé Booker. Deux autres individus se jettent sur lui et le maîtrise. La femme lui demande où se trouvent les autres : il fait celui qui ne comprend pas. Il est emmené sur le bateau de Noriko, et elle l'assure qu'il finira par révéler tout ce qu'il sait.



Le lecteur revient avec grand plaisir pour cette deuxième saison d'une série mettant en scène des individus qui ne meurent pas et qui exercent le métier de soldat depuis plusieurs siècles, des guerriers sans pitié et résistant aux blessures grâce à un pouvoir guérisseur bien pratique, pour des missions bien violentes. Premier attendu : des scènes d'action échevelées. Mission remplie par les auteurs : une gigantesque scène de bataille il y a plus de 6.000 ans avec des dizaines de combattants dans un choc frontal, des blessures dont coule du sang, des morts, de l'ardeur au combat. L'artiste ne fait pas dans le gore graphique, mais il ne ménage pas sa peine pour rendre compte de la brutalité et du nombre de combattants. La séquence de course-poursuite en voiture bénéficie également d'un plan de prise de vue soigneusement construit, rendant compte de la vitesse, des groupes en présence, se concentrant sur l'enchaînement des mouvements et des actions, pour un résultat nerveux et brutal. Le lecteur remarque que les scènes d'action sont brèves et concentrées, ces forces en présence ne faisant pas dans la dentelle, ne cherchant pas la démonstration de leurs aptitudes au combat, mais l'efficacité, ce qui est cohérent avec leur longévité : ils n'ont plus rien à prouver et ils privilégient la brièveté parce qu'ils ont d'autres choses à faire après. Les dessins descriptifs avec une petite touche d'exagération permettent d'augmenter un peu le niveau de violence pour devenir encore plus extrême et grotesque sans apparaître ridicule et idiot. Le lecteur peut aussi prendre le temps de s'arrêter sur un ou deux coups portés avec une force démesurée et sur une ou deux expressions de visage à ce moment-là, et sourire, parce que le dessinateur se lâche.



Cette vieille garde continue de mettre à profit son immortalité, ou en tout cas sa longévité à l'échelle de plusieurs siècles et même de plusieurs millénaires. Ces personnes disposent d'un facteur de guérison toujours aussi puissant, qu'il s'agisse de survivre à une noyade (et même plusieurs), ou à une grêle de balles. Le lecteur aimerait bien savoir comment ce pouvoir fonctionne car il soupçonne une bonne dose de surnaturel à l'œuvre, en particulier quand un tir de barrage serré emporte de gros morceaux de viande d'Andromaque, et qu'elle est reconstituée dès la page suivante, comme si de rien n'était, se jetant sur ses agresseurs, avec une grande hache à double lame. Peut-être que l'artiste y ait allé un peu fort, a un peu trop exagéré, mais la reconstitution de la chair semble miraculeuse. Au contraire du premier tome, celui-ci ne balade pas les personnages aux quatre coins du monde, de Barcelone, à un désert du Soudan, en passant par l'Afghanistan, Paris, les Baux-de-Provence, Dubaï, l'île de Malte. Cette fois-ci, les séquences se déroulent en Californie, à Marseille, au large de la Corse, sur un porte-conteneurs, et un peu dans le passé en Eurasie. Ce qui ne diminue en rien l'investissement de Leandro Fernández dans la représentation de chaque environnement : belle villa, viaduc impressionnant, appartement en désordre, magnifique yacht de luxe, un port industriel, un port de plaisance, un vieux gréement, etc. Le lecteur se rend également compte que l'artiste a apporté un grand soin aux plans de prise de vue des affrontements physiques, à la fois pour que les personnages aient la place d'évoluer, à la fois pour que leurs déplacements et les attaques soient en cohérence avec les caractéristiques du terrain.



Le lecteur se retrouve donc tout de suite happé par la narration visuelle, par l'encrage un peu gras et les zones d'ombre qui rappelle les pages d'Eduardo Risso pour la série 100 Bullets de Brian Azzarello, avec un degré d'épure moindre. Cela confère une consistance remarquable à chaque élément, ainsi qu'une forte présence aux personnages qui ne sont pas des gravures de mode, et dont les visages sont très expressifs, parfois jusqu'à la grimace, sans que cela ne choque car ils sont soumis à de fortes émotions. Greg Rucka a concocté des scènes d'action rapides et nerveuses, conservant le principe de la première saison : des immortels ayant accumulé une expérience extraordinaire en matière de guerre et de combats, pouvant adopter des stratégies de type mission suicide puisqu'ils sont assurés de ne pas mourir. Mais comme pour le premier tome, cette deuxième partie ne se limite pas à une suite de scène d'action où la vieille garde rentre dans le lard de ceux qui ne leur plaisent pas ou qui sont simplement sur leur chemin. S'il ne creuse pas le fonctionnement ou les principes de leur immortalité, il continue de sonder comment elle joue sur leur humanité et fait apparaître le fondement de leur caractère.



Sans grande surprise, l'intrigue se focalise vite sur ce petit groupe d'immortels : Andy, Booker, Copley, Niles, Joe, Nicky et Noriko. Ils se côtoient plus ou moins régulièrement, plus moins longtemps, mais ils finissent toujours par se recroiser. La séquence d'ouverture entremêle les souvenirs d'Andronika de sa première bataille, son plaisir à donner la mort à ses ennemis, avec cette course-poursuite en voiture de sport, et ses regrets d'avoir longtemps (vraiment très longtemps pour elle qui a vécu plus de six mille ans) commis des actes que maintenant elle regrette, qu'elle aimerait effacer ce qui la conduit à se comporter autrement. Or les autres immortels ne partagent pas forcément son inclination à rechercher une forme de rédemption en expiant ses péchés. La jeune (enfin, jeune tout est relatif) Nile veut profiter de la vie, sans avoir à écouter les anciens (voire les ancêtres au vu de leur âge). James Copley n'a aucune envie de suivre la voie prescrite par Andy. Et voilà qu'une autre immortelle pointe le bout de son nez : Noriko, et elle aussi sait ce qu'elle veut. La quasi-immortalité des personnages donne une autre perspective à ces questionnements sur quoi faire de sa vie, sur la valeur d'une vie humaine, sur l'importance à donner aux autres (aux individus à l'espérance de vie normale) quand on est ainsi à l'écart des gens normaux. Pour autant, cette vieille garde n'est ni amère, ni cynique, ce qui rend leurs réflexions très intéressantes. Enfin, Rucka met une citation en exergue de ses épisodes, élargissant ainsi les réflexions de ses personnages par les auteurs et les thèmes suivants : Terry Pratchet (traiter les gens comme des choses), Oscar Wilde (les saints ont un passé, les pécheurs un futur), Arthur Miller (la trahison est la seule vérité qui perdure), John Le Carré (l'amour = ce que l'on peut trahir), Marshall William Slim (la solitude sur le champ de bataille)



Ce deuxième tome est plus réussi que le premier, comme si le scénariste se focalisait plus efficacement sur la perspective différente qu'apportent des combattants vieux de plusieurs siècles. Dans le même temps, Leandro Fernández a progressé dans sa mise en scène, avec un soupçon de personnalité graphique supplémentaire. Le tout donne un récit d'action original, tendu et rapide, avec une saveur unique car les personnages principaux bénéficient d'un point de vue unique du fait de leur longévité, ce qui les rend spécifiques, loin des héros d'action interchangeables.
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La discipline, tome 1
  12 mai 2018
La discipline, tome 1 de Leandro Fernandez
Ce tome contient une histoire complète indépendante de tout autre. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2016, écrits par Peter Milligan, dessinés et encrés par Leandro Fernández, avec une mise en couleurs de Cris Peter, et un lettrage de Simon Bowland. Il débute par une introduction de 2 pages en prose de Peter Milligan, indiquant qu'effectivement il y a beaucoup de relations sexuelles dans cette histoire, mais qu'elles sont montrées à part égale d'un point de vue masculin et d'un point de vue féminin, et que la discipline recouvre beaucoup plus de thèmes que celui-là.



Un homme et une femme sont en train de faire l'amour, l'homme se transforme en monstre, et la femme en une sorte de serpent. À la fin de l'accouplement, l'homme souhaite la bienvenue à la femme dans la Discipline. Quelques temps plutôt, Melissa Peake (23 ans) rendait visite à sa mère dans la banlieue, rappelant à sa sœur Krystal de bien emmener leur mère à ses rendez-vous médicaux. Elle rentre ensuite dans son appartement à New York où elle trouve un message de son mari Andrew Peake lui indiquant qu'il rentrera tard et qu'il dormira dans la chambre d'ami. Le lendemain, elle promène leur chien Hemingway en faisant son jogging et en lui parlant du projet d'Andrew de déménager à Westchester. Dans la suite de sa journée, elle se rend au musée pour contempler toujours le même tableau : La vénus et le satyre, de Francisco de Goya.



Au musée, Melissa Peake est abordée par un étrange individu déclarant s'appeler Orlando qui lui met une main au pubis. La nuit même, elle fait un puissant rêve érotique qui la réveille et elle se masturbe. Le lendemain, elle prend un café avec Bliss McMurrau sa meilleure amie et lui parle de son expérience. Elle décide d'accepter de revoir Orlando qui lui donne rendez-vous dans un abattoir. Après l'avoir repoussée, Orlando l'invite à nouveau le soir dans un appartement où il s'est introduit par effraction. Sur le mur il a dessiné l'homme de Vitruve de Léonard de Vinci. La partie de jambes en l'air prend rapidement une tournure malsaine, avec l'irruption d'un Stalker, et une tentative de rapport sexuel forcé. Melissa Peake progresse irrémédiablement dans le parcours d'intronisation dans la Discipline.



Peter Milligan ne ment pas dans son introduction : il y a de nombreuses scènes de rapports sexuels pendant ces 6 épisodes. Ça commence doucement avec de l'onanisme féminin, ça continue avec quelques attouchements, pour passer ensuite à une levrette non consentie. Et ce n'est que le premier épisode. Dans le second, la belle Melissa passe par un club BDSM qui ne fait pas semblant. Il y a ainsi des rapports dans chacun des épisodes, jusqu'au dernier. Leandro Fernández avait déjà illustré une histoire de Peter Milligan : The names (2014/2015). Il dessine de manière descriptive avec des contours un peu simplifiés et une utilisation copieuse d'aplats de noir tirant les images vers l'obscurité qui dissimule beaucoup de choses. Mais dans cette histoire, les auteurs ont choisi de représenter la nudité de manière franche, proscrivant l'hypocrisie habituelle des comics américains. Le lecteur peut donc voir Melissa Peake dans le plus simple appareil de dos comme de face, ainsi que d'autres femmes, et les hommes également. Il n'y a pas de gros plans sur les appareils génitaux, encore moins les pénétrations. D'un point de vue visuel, le récit s'inscrit donc plus dans un registre érotique que pornographique.



D'ailleurs Leandro Fernández n'utilise pas les postures et les cadrages spécifiques aux films pornographiques. Les personnages ne sont ni bodybuildés, ni siliconés. Ils ne sont pas rasés non plus. La nudité n'est pas le centre d'intérêt du récit, ni même des cases où elle est représentée. Elle s'inscrit à chaque fois dans une séquence d'initiation pour Melissa Peake, ou dans un rapport classique pour les autres personnages. Pendant ces séquences, l'artiste ne se focalise pas sur les positions ou le va-et-vient, les protagonistes se déplaçant, se parlant, gesticulant ou s'arrêtant pour réfléchir. De ce point de vue, Milligan n'a pas menti en indiquant que les relations sexuelles ne sont pas l'unique centre d'intérêt du récit, et qu'elles ne sont qu'un moyen et pas une fin.



Néanmoins les représentations de l'acte sexuel ne sont pas neutres ou fades. Leandro Fernández représente des personnages avec une morphologie plutôt élancée, et rend bien compte de la jeunesse et de la fraîcheur de Melissa Peake, même si elle ne se laisse pas cantonner au rôle de victime loin s'en faut. Lors des relations sexuelles, il y a souvent un rapport de force qui s'installe, en faveur d'un sexe ou de l'autre. En évitant la crudité des corps et en jouant sur les aplats de noir, le dessinateur fait ressortir ce rapport de force, ainsi qu'une forme d'horreur. Il s'agit bien sûr de l'horreur de la violence, mais aussi d'une forme d'horreur corporelle. Le lecteur ne peut réprimer une grimace en voyant la pratique masochiste avec du fil de fer barbelé dans le club BDSM. Il voit aussi les personnages se transformer au fur et à mesure de l'initiation, donnant lieu à des rapprochements contre nature entre des corps normaux et des corps surnaturels, pour des instants évoquant la bestialité. Là encore c'est la force de l'artiste que de trouver le point d'équilibre entre ce qu'il montre et ce qu'il suggère.



Peter Milligan raconte donc une histoire à plusieurs niveaux. Le premier, le plus simple, est celui de l'initiation de Melissa Peake, dans une sorte de secte surnaturelle. Le scénariste procède progressivement, tout en indiquant qu'Orlando est contraint d'accélérer la procédure du fait d'une menace qui a augmenté en intensité. Il prend le temps de présenter le caractère et l'histoire personnelle de son personnage principal, en particulier avec sa situation sociale privilégiée mais qui la relègue au rang de trophée pour son mari, et avec sa situation familiale, la relation tendue avec sa sœur, la maladie de sa mère. La relation avec son mari bénéficie d'une évolution attestant des modifications intervenues chez Melissa, alors que celle avec sa sœur et sa mère stagne dans la position de départ. De la même manière, le lecteur se rend compte que Bliss McMurray (la meilleure copine de Melissa) est très vite réduite à un artifice narratif, sans réelle épaisseur ou personnalité. Leandro Fernández sait représenter des postures correspondantes à un langage corporel très expressif, sans les caricaturer. Le lecteur sent la tension psychologique de Melissa Peake dans la manière dont elle se tient face à sa sœur, et il constate également l'agressivité chez cette dernière. Il voit aussi l'évolution du comportement de Melissa vis-à-vis de son mari dans des gestes plus violents, et moins contrôlés. Néanmoins l'évolution de Melissa Peake suit des rails rigides vers dans une direction que le lecteur anticipe facilement.



Cette initiation joue également un rôle de désinhibition. Melissa Peake est une jeune femme bien comme il faut. Elle a réussi économiquement parlant et également sur le plan social, par rapport à son milieu d'origine incarné par sa sœur Krystal. Malgré tout, la réussite matérielle la laisse insatisfaite. Elle va donc s'encanailler avec un bel inconnu pour goûter aux plaisirs charnels, réprouvés par la morale judéo-chrétienne. Le lecteur retrouve là une trame classique dans laquelle la transgression (ici de nature sexuelle) permet de s'ouvrir à des réalités (ou au moins des points de vue) cachées. La progression dans les découvertes est bien menée au travers d'expériences de nature différente. Mais Peter Milligan a choisi d'utiliser un autre dispositif narratif classique, à savoir celui de la secte et des d'une guerre entre 2 factions dont les êtres humains normaux ne soupçonnent pas l'existence. D'épisode en épisode, l'auteur donne l'impression d'y croire de moins en moins. Il introduit des individus vivant hors du temps et pilotant la secte de la Discipline depuis une réalité en décalage avec celle des individus normaux. Pour une raison peu claire ces individus ont une origine dans la Rome antique, et utilisent donc des expressions latines dans leurs phrases. Leandro Fernández s'acquitte correctement de quelques cases montrant des villas de la Rome antique et des individus en toge. Mais d'épisode en épisode, le lecteur se demande pourquoi ça plutôt qu'autre chose. Les vagues particularité de l'autre camp (celui des stalkers) le laisse encore plus dubitatif sur le fond de l'affaire. Autant l'initiation par les pratiques sexuelles libérées renvoie à une ouverture d'esprit à d'autres valeurs. Autant ces 2 factions en guerre ne semblent présentes que fournir le quota d'action dans l'histoire, sans réelle signification métaphorique ou philosophique.



À la fin du récit, le lecteur a apprécié le courage (voire l'inconscience) de Peter Milligan d'aborder la question des pratiques sexuelles de manière frontale, dans le cadre d'un récit d'initiation. Il a également apprécié l'intelligence avec laquelle Leandro Fernández met en scène des personnages dans des situations scabreuses, tout en évitant de les transformer en simple objet du désir, et en montrant des images qui indiquent que l'intérêt du récit ne se trouve pas dans la nudité. Les pages évoquent parfois les contrastes tranchés chers à Frank Miller ou les clair-obscur d'Eduardo Risso, tout en restant dans l'hommage sans jamais basculer dans le plagiat, en en gardant l'esprit sans en reproduire servilement les formes. Ce récit constitue donc un bon thriller, original et dépourvu d'hypocrisie. Mais les auteurs promettent un sens qui ne parvient jamais à émerger, laissant le lecteur dans une petite déception quant à cette histoire de Discipline.
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The Old Guard, tome 1 : Opening Fire
  27 novembre 2017
The Old Guard, tome 1 : Opening Fire de Leandro Fernandez
Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 5, initialement parus en 2017, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Leandro Fernández, mis en couleurs par Daniela Mywa. Il reprend également les couvertures alternatives dessinées par Leandro Fernández, Nicola Scott, Chris Samnee et Michael Lark.



De nos jours, une femme (Andy) d'apparence jeune se réveille dans le lit d'un jeune homme. Juste avant elle cauchemardait une succession de batailles dans lesquelles elle mourrait tuée par l'ennemi à chaque fois. Elle quitte son amant d'une nuit sans beaucoup d'égard à son encontre et sort dans les rues de Barcelone. Dans un café proche, elle rejoint Booker, Joe et Nicky. Booker indique qu'ils ont été contactés par Copley qui souhaite leur confier une mission : une libération d'otages dont des enfants. Malgré ses réticences, elle accepte de prendre connaissance des détails de la mission. Ils se retrouvent quelques heures plus tard à Paris, et Booker explique qu'il s'agit de libérer des femmes et des jeunes filles au Soudan. En colère, Andy accepte la mission et indique qu'ils enverront la facture plus tard.



En Afghanistan, un trio de soldats américains participe à la fouille des maisons d'un village, à la recherche d'armes ou de rebelles. Ils tombent dans un piège et Nile Freeman est mortellement blessée. Pourtant quelques jours plus tard, elle reprend connaissance dans l'infirmerie militaire de campagne, sous les yeux incrédules de 2 personnels médicaux. Andy (Andronika), Booker (Sébastien Lelivre), Joe (Yusuf) et Nicky (Nicolo) se sont faits déposer en hélicoptère non loin du bâtiment où sont détenues les otages. Ils avancent en tirant sur tout ce qui bouge et descendent dans le sous-sol. Ils y découvrent une vaste salle, avec un bureau à l'extrémité et une caméra, mais sans personne dedans. Ils avacent de quelques pas, et des portes latérales dérobées s'ouvrent, d'où surgissent des dizaines de mercenaires armés qui font feu sur eux.



La quatrième de couverture indique de quoi il s'agit : des individus qui ne meurent pas et qui exercent le métier de soldat depuis plusieurs siècles. L'histoire mêle donc des interventions paramilitaires exécutées par ce commando de choc, avec la découverte d'un nouvel individu immortel, et les conséquences de cette vie qui n'en finit pas pour ces individus. Le lecteur participe donc à plusieurs missions armées aux côtés de ce groupe d'individus soudés par leur longévité extraordinaire. Cela commence dès la première page où ce qui a l'air d'être une amazone a éventré plusieurs soldats. Leandro Fernández dessine Andronika en ombre chinoise, évoquant un croisement entre Frank Miller période Sin City et Eduardo Risso dans 100 bullets avec Brian Azzarello. Comme il l'avait fait dans The discipline avec Peter Milligan, il utilise de gros aplats de noir, jusqu'à ce qu'il ne reste que le pourtour extérieur de la forme. C'est ainsi qu'en page 2, le lecteur peut voir la silhouette du corps d'Andronika animé d'un soubresaut en arrière alors qu'il est transpercé d'une flèche. L'artiste utilise ce dispositif (formes mangées par des aplats de noir) pour faire ressortir des éléments comme les dents serrées, blanches sur fond noir, ou les impacts de balle (étoiles jaunes orangées sur fond noir) ou encore les taches de sang (rouge sur fond noir). Au vu de niveau élevé de violence, ce dispositif fonctionne parfaitement pour rendre compte de la brutalité et des blessures, sans verser dans le voyeurisme malsain ou chirurgical. Par moment, le lecteur peut ressentir comme une impression de second degré du fait d'une exagération presque comique. À d'autres moments, il rend grâce au dessinateur de ne pas se montrer trop descriptif, par exemple quand Andy met son doigt dans la cervelle de Booker pour voir s'il est encore vivant, en essayant de provoquer une réaction.



Greg Rucka et Leandro Fernández dépeignent des interventions armées très efficaces et très particulières. Dans la mesure où Andy, Booker, Joe et Nicky savent qu'ils ne risquent pas de mourir, ils ne prennent le même type de précaution que des combattants ordinaires, et ils ont tendance à foncer dans le tas, quittent à souffrir lorsqu'ils sont blessés, tout en pouvant continuer à avancer. Il s'en suit donc un carnage, souvent dépourvu de dialogue ou de texte, mais assourdissant avec des effets sonores nombreux pour rendre compte du bruit des armes à feu, du souffle des explosions. Ces pages constituent un réel plaisir de lecture, car Greg Rucka prend soin de concevoir un déroulement des événements qui prend en compte la configuration des lieux, la disposition des obstacles, et Leandro Fernández réalisent des pages en jouant sur la disposition et la fore des cases pour ajouter du mouvement à l'action dans un plan de prise construit dans son ensemble. Ces séquences reposent sur une construction cinématique qui combine le spectaculaire, la clarté de la narration et la cohérence des mouvements et des déplacements. La dimension de missions clandestines est renforcée par le fait qu'elles se déroulent à plusieurs endroits du monde, le visiteur étant emmené à Barcelone, dans un désert du Soudan, en Afghanistan, à Paris, au pied des Baux-de-Provence, à Dubaï et sur l'île de Malte. Leandro Fernández a bien fait ses travaux de recherche de référence, et il inclut des éléments qui permettent aux lecteurs d'identifier visuellement ces endroits s'il les connaît, à commencer par les Baux-de-Provence très inattendus dans un comics américain.



L'histoire ne se limite pas à une succession de missions avec des objectifs divers. Le scénariste intègre également un nouvel événement et la présentation des personnages au fur et à mesure des épisodes. Le moteur de l'intrigue est constitué par le fait que Steve Merrick, riche patron, a eu vent de l'existence de ces immortels et qu'il compte bien découvrir le secret de leur longévité. L'artiste lui donne une apparence remarquable avec un corps musclé, sans être celui d'un culturiste, et des tatouages impressionnants. Il s'agit d'un individu habitué à obtenir ce qu'il exige, et prêt à montrer à ses employés qu'il ne plaisante pas lors de crises de rage meurtrières. À nouveau les dessins de Fernández montrent un individu habité par une obsession, perdant toute maîtrise de lui-même quand il commence à frapper un individu jusqu'à le massacrer de ses poings, une séquence visuellement convaincante jusqu'à en être éprouvante. Rucka intègre un autre fil narratif avec l'apparition d'une autre immortelle Nile Freeman. C'est à nouveau l'occasion pour le dessinateur de représenter un autre milieu (l'Afghanistan), d'autres personnages, ce qu'il fait de manière convaincante, sans tomber dans les clichés visuels, sans être ridicule en montrant un village afghan, en évitant la caricature du simplisme. Par contre, le lecteur se demande si le scénariste n'a pas choisi la facilité en prenant un soldat américain, et une mission de pacification dans un territoire associé à des terroristes. Indépendamment de cette possibilité, il apprécie que ce soldat soit une femme, et que l'immortel qui commande les autres soit également une femme pour une raison valide.



Au fil des épisodes, le lecteur en apprend plus sur Andy, Booker, Joe et Nicky, à commencer par leurs noms initiaux, à savoir respectivement Andronika, Sébastien Lelivre, Yusuf et Nicolo. Leandro Fernández sait évoquer chacune des époques dont ils sont issus ainsi que la région du globe correspondante, à nouveau par le biais d'éléments visuels iconiques, sans qu'ils ne soient réduits à une caricature. Il se montre aussi précis et pertinent pour une rue de Paris dans le quartier de Montmartre, que pour les uniformes militaires durant les guerres napoléoniennes. Rucka développe également l'impact que peut avoir une vie sans limite sur des êtres humains. L'un d'eux explique qu'au fur et à mesure des années qui passent l'esprit finit par effacer les détails, ne pouvant pas retenir l'intégralité de tous les événements passés, et de toutes les personnes rencontrées. Un autre explique la jalousie qui apparaît chez les proches qui vieillissent et qui meurent voyant un parent épargné par les ravages du temps. Un autre indique la lassitude qui s'installe, la diminution de choses nouvelles à découvrir. Ils sont d'accord également sur le constat de l'accélération du temps qui passe et l'impression que la planète est de plus en plus petite. Le lecteur peut y voir un effet de la mondialisation, mais aussi des réflexions d'un auteur ayant pris de l'âge et regardant l'existence d'un autre point de vue.



La dernière page du récit indique que les auteurs ont la ferme intention de donner une suite à ce premier chapitre. En particulier, le lecteur reste intrigué par le fonctionnement ou la nature de cette longévité. Il découvre en cours de récit qu'il ne s'agit pas d'une immortalité absolue et que plusieurs individus disposant de ce don sont déjà morts. Au fil des examens réalisés par le médecin employé par Steve Merrick, il apparaît que cette longévité ne trouve pas son explication dans une mutation génétique. Par ailleurs, le lecteur constate par lui-même que cette capacité à ne pas mourir s'accompagne de manifestations qui ne peuvent pas avoir d'explications rationnelles : la reconstitution très rapide des morceaux de corps arrachés ou pulvérisés, l'avertissement spirituel de l'existence d'un autre disposant de ce don, etc. Tout ceci mérite des explications.



A priori ce tome promet une histoire de plus mettant en scène des guerriers sans pitié et résistant aux blessures grâce à un pouvoir guérisseur bien pratique. Les dessins de Leandro Fernández apportent une consistance inattendue à ces affrontements brutaux et meurtriers, ainsi qu'aux différentes époques et différents lieux de la planète visités. Le scénario ne se contente pas d'une suite de combats, mais intègre une véritable intrigue, ainsi que la présentation des personnages, et des réflexions sur les phénomènes qui apparaissent au fil de la vie qui s'allonge. S'il fallait exprimer un regret, c'est que les auteurs auraient pu se montrer encore plus dérangeants en jouant sur le fait que ces immortels prennent le dessus des batailles en mourant à plusieurs reprises.
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The Punisher - Deluxe, tome 3
  28 septembre 2016
The Punisher - Deluxe, tome 3 de Leandro Fernandez
The punisher est en train de devenir mon petit chouchou dans l'univers des comics. A la suite de la mort tragique de sa famille assassinée sous ses yeux, ce marine décide de devenir The Punisher est de faire justice lui même. Il prend souvent de vitesse les inspecteurs de police qui arrivent sur des lieux de crime où tous les méchants se sont fait assassiner. Pas facile à ce moment là pour interroger les suspects. C'est lui même un méchant qui tue de sang froid et pourtant on ne peut que s'attacher à lui. Il amène les autres personnages et surtout nous lecteurs à nous poser des questions de morale pas facile car oui il tue de sang froid mais il tue des méchants. Grosse réflexion métaphysique pour nous et c'est ce que j'aime car la culture n'est elle pas là pour nous amener à réfléchir en plus de passer du bon temps ?

Et pour ne rien gâcher au plaisir, il a sacrément la classe !!
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The Punisher - Deluxe, tome 2 : Mère Russie
  28 septembre 2016
The Punisher - Deluxe, tome 2 : Mère Russie de Leandro Fernandez
The punisher est en train de devenir mon petit chouchou dans l'univers des comics. A la suite de la mort tragique de sa famille assassinée sous ses yeux, ce marine décide de devenir The Punisher est de faire justice lui même. Il prend souvent de vitesse les inspecteurs de police qui arrivent sur des lieux de crime où tous les méchants se sont fait assassiner. Pas facile à ce moment là pour interroger les suspects. C'est lui même un méchant qui tue de sang froid et pourtant on ne peut que s'attacher à lui. Il amène les autres personnages et surtout nous lecteurs à nous poser des questions de morale pas facile car oui il tue de sang froid mais il tue des méchants. Grosse réflexion métaphysique pour nous et c'est ce que j'aime car la culture n'est elle pas là pour nous amener à réfléchir en plus de passer du bon temps ?

Et pour ne rien gâcher au plaisir, il a sacrément la classe !!
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The Punisher - Deluxe, tome 4
  28 septembre 2016
The Punisher - Deluxe, tome 4 de Leandro Fernandez
The punisher est en train de devenir mon petit chouchou dans l'univers des comics. A la suite de la mort tragique de sa famille assassinée sous ses yeux, ce marine décide de devenir The Punisher est de faire justice lui même. Il prend souvent de vitesse les inspecteurs de police qui arrivent sur des lieux de crime où tous les méchants se sont fait assassiner. Pas facile à ce moment là pour interroger les suspects. C'est lui même un méchant qui tue de sang froid et pourtant on ne peut que s'attacher à lui. Il amène les autres personnages et surtout nous lecteurs à nous poser des questions de morale pas facile car oui il tue de sang froid mais il tue des méchants. Grosse réflexion métaphysique pour nous et c'est ce que j'aime car la culture n'est elle pas là pour nous amener à réfléchir en plus de passer du bon temps ?

Et pour ne rien gâcher au plaisir, il a sacrément la classe !!
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The Punisher - Deluxe, tome 3
  11 juin 2015
The Punisher - Deluxe, tome 3 de Leandro Fernandez
Ce tome comprend 2 histoires complètes de la série Punisher MAX, écrite par Garth Ennis.



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- Le haut est en bas et le noir est blanc, épisodes 19 à 24



Nicky Cavella a décidé de revenir sur le devant de la scène (après avoir fui comme un malpropre à la fin de "Au commencement..."). Pour reprendre le dessus sur les familles criminelles de New York, il a décidé d'éliminer le Punisher une bonne fois pour toute. Et il a eu une idée lumineuse pour que Castle sorte de ses gonds et prenne des risques inutiles. Et le pire, c'est que ça marche. Pendant ce temps-là, Kathryn O'Brien (rencontrée également dans "Au commencement...") éprouve quelques difficultés à vivre la vie d'une prisonnière modèle et elle s'échappe. Et le lecteur découvre que Pittsy (l'un des 2 tueurs inénarrables qui secondait Nicky) a une sœur qui vaut le coup d'œil. Frank Castle réussira-t-il à se raisonner avant qu'il ne soit trop tard ou court il à la catastrophe ?



Dans ce tome, il commence à apparaître que les missions successives de Castle dans les tomes précédents laissent des traces que les rares survivants souhaitent supprimer, à commencer par Castle lui-même. Garth Ennis continue de décrire le monde de Castle et à nouveau ce dernier se fait voler la vedette par les autres personnages. Une fois que Castle est passé en mode berserk monomaniaque, ce sont les autres qui disposent d'une vraie personnalité. En particulier Ennis consacre un épisode à montrer quel genre d'individu est Nicky Cavella. Alors que les responsables des familles débattent entre eux pour savoir s'ils le placent à la tête de leurs organisations, Nicky se remémore son enfance et son ascension.



Ennis choisit une forme de facilité en le décrivant comme un individu dépourvu de toute capacité d'empathie. Même s'il est évident que Nicky commet atrocité sur atrocité pour essayer de ressentir une émotion, le lecteur a du mal à cerner sa motivation profonde. De la même manière, les motivations de Kathryn O'Brien présentent des incohérences difficilement réconciliables. Il s'agit à nouveau d'un individu ayant souffert au-delà du descriptible, mais qui a choisi de se battre pour le gouvernement, plutôt que pour le crime organisé. À nouveau, il est difficile de percevoir ses véritables motivations et ses explications successives finissent par se contredire et se contrecarrer, au lieu de la rendre plus complexe. Sa relation avec Castle évolue t'elle parce qu'elle se soumet à l'alpha-mâle qu'il est ou parce qu'elle a pitié de lui ? Pourquoi épargne-t-elle son ex-mari ? Impossible à déterminer.



Ce tome marque le retour de Leandro Fernandez aux dessins (il avait déjà dessiné Kitchen Irish), avec un encrage réalisé par Scott Hanna. Le résultat est aussi efficace que plaisant à l'œil. L'encrage de Scott Hanna apporte un arrondi et une précision aux dessins qui de ce fait sont très vite assimilés, sans que la vue ne butte sur des aspérités ou des angles qui accrochent. Fernandez a le sens de la mise en scène avec un nombre moyen de 4 à 5 cases par page. Il choisit avec soin les détails qu'il insère dans les illustrations pour ancrer chaque séquence dans un niveau de réalité suffisant, sans pour autant surcharger les dessins.



Les combats sont chorégraphiés dans la mesure où ils bénéficient d'une mise en scène structurée, sans aller jusqu'au ballet. Le premier affrontement voit O'Brien sous la douche se faire agresser par 3 autres détenues pendant 2 pages quasiment muettes. Les décors sont présents en quantité suffisante les mouvements d'O'Brien montrent qu'il s'agit d'une combattante maîtrisant plusieurs techniques et les coups qu'elle porte font mal. Lorsqu'il s'attaque à des massacres à l'arme à feu, Fernandez ne lésine pas sur l'hémoglobine et il prend un plaisir évident à représenter la tripaille qui se répand et la matière cervicale qui tâche. Le carnage est représenté dans toute son horreur et toute sa force. Le lecteur est à la fois fasciné par la violence, mais aussi dégoûté par la réalité des blessures. Fernandez met en scène avec la même habilité les différentes séquences de dialogues ; là encore les angles de vue sont pensés comme des mouvements de caméra pour accompagner les répliques et mettre en valeur l'interlocuteur qui a le dessus dans la conversation. Fernandez sait également décrire des visages et des silhouettes spécifiques pour chaque individu, dont certaines restent longtemps en mémoire (je pense en particulier à la terrible Teresa Gazzera). La mise en couleurs de Dan Brown surprend parfois avec des teintes très vives plus adaptées à des superhéros.



Cette histoire m'a laissé avec un sentiment partagé. Il est très agréable à lire grâce à des illustrations très plaisantes à tout niveau (détails, esthétique, efficacité) et il présente une nouvelle facette de Frank Castle (la distance qui le sépare d'une folie destructrice et suicidaire). Ennis expose également de manière magistrale en quoi le monde du Punisher est sens dessus dessous, comme évoqué dans le titre. De l'autre, les agissements des personnages ne semblent pas toujours raccord avec leur personnalité et leurs motivations.



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- Les négriers, épisodes 25 à 30



Tout commence avec une femme (Viorica) qui tire sur Antony Pavla, un petit truand. Il se trouve que cet assassinat se déroule sous les yeux du Punisher qui, lui, ne rate le petit truand. De manière inattendue cette femme réussit à attendrir Frank Castle qui la prend en charge et l'amène dans une de ses planques pour lui offrir le gîte et le couvert le temps qu'elle se remette. Viorica explique à Castle qui elle est, comment elle a été amenée à tirer sur ce truand. À la fin de son explication, Castle conclut que beaucoup d'hommes devront mourir.



Parallèlement, le lecteur fait connaissance avec Cristu Bulat et Vera qui gèrent un réseau de proxénétisme comme de bons chefs d'entreprise. Il y a Tiberiu le père de Cristu qui aime bien se salir les mains. Il y a également les 2 flics Parker (le petit noir en butte aux blagues racistes de ses collègues) et Miller, sa partenaire. Il y a Westin la taupe au sein du commissariat, et le commissaire prêt à une petite entorse à la vérité pour décrocher une promotion. Il y a également une assistante sociale plus ou moins efficace.



À chaque tome, la question que se pose le lecteur est de savoir comment Ennis va pouvoir renouveler son scénario par rapport aux tomes précédents. Il commence cette histoire assez innocemment sur le mode du Punisher qui réalise une opération de nettoyage de routine. Or dès le premier épisode, la tension entre les personnages est incroyable et l'accroche est inédite : Castle accepte de s'embarrasser d'une femme à la fois témoin et actrice dans un assassinat. Il était difficile de penser qu'après les actes de Nicky Cavella, il soit possible d'inventer une situation qui implique émotionnellement le Punisher. Or les actes décrits par Viorica sont d'un tel niveau de barbarie et de cruauté qu'ils touchent même Castle anesthésié pourtant par des années de massacres et de crimes.



Ennis s'avère une fois de plus un conteur hors pair et la haine ressentie par Castle s'accompagne d'une répulsion irrépressible du lecteur vis-à-vis des crimes commis, le pire étant leur plausibilité et leur actualité. Ce tome est à déconseiller aux âmes sensibles. Ennis ne s'arrête pas à décrire l'horreur vécue par cette femme (sans aucune once de complaisance ou de voyeurisme), il densifie également sa narration en donnant le point de vue de Cristu Bulat qui apparaît humain malgré ses exactions, très avisé dans sa gestion. Ennis réussit à ne pas le transformer en un monstre facile à haïr en bloc : Cristu gère logiquement et efficacement son entreprise.



Le rôle du monstre est réservé au père. Il ajoute là-dessus le point de vue des 2 flics et de l'assistante sociale, à la fois pour un commentaire sur l'obligation civile de ne pas fermer les yeux, mais aussi sur les limites des moyens légaux face à des individus qui sont trop éloignés des normes sociales. L'ensemble de la narration est empreint d'un fatalisme terrible : Castle explique que même s'il vient à bout de cette bande organisée, ça n'empêchera en rien que d'autres continuent de prospérer dans ce même commerce, en perpétrant les mêmes horreurs. Il est impossible d'échapper à l'efficacité implacable de ces organisations. Pire encore, l'assistante sociale explique qu'elle ne peut exposer l'étendue de la barbarie de ces individus car personne n'est prêt à accepter que de telles horreurs soient possibles.



Avec un scénario aussi noir, réaliste et prenant, il est facile d'oublier les illustrations, tellement le récit porte à lui seul cette bande dessinée. Pour cette histoire, Leandro Fernandez dessine et Scott Koblish encre ses dessins. À aucun moment, ils ne jouent sur le registre du voyeurisme. L'encrage garde l'aspect un peu rond des visages et des formes ce qui diminue peut-être un tout petit peu l'impact visuel. Pour le reste, c'est une tuerie du début à la fin. Chaque personnage a un physique spécifique qu'on ne peut pas oublier (en particulier Parker et Miller). Mine de rien (sans en mettre plein la vue), Fernandez porte une attention aux détails appréciable (par exemple les noms des 2 flics sur leur uniforme). Ses planches sont rapidement lisibles avec une moyenne de 4 à 5 cases par page. Chaque coup porté fait mal. Les scènes de dialogues bénéficient d'une mise en scène qui les rend vivantes.



L'apparente évidence et la simplicité de ses planches cachent une efficacité redoutable. Un exemple parmi d'autres : la dernière page du premier épisode correspond à la prise de conscience de Castle qu'il a rencontré des ordures ayant atteint un niveau de barbarie inhumaine auquel il n'a jamais encore été confronté. La première case montre Castle regardant Viorica en train de boire. Les 3 autres cases de la largeur de la page constituent un travelling avant sur l'emblème du crâne qui orne la poitrine du Punisher. Il y a dans ces quelques cases une inéluctabilité et une intensité implacable rarement égalées.



Avec ce tome, Ennis et Fernandez atteignent des profondeurs de noirceur dignes des plus grands romans noirs. Il n'y a pas d'espoir, les actions de Castle ne feront pas grande différence, la société ne sait pas se défendre face à de tels monstres. Frank Castle continue de tuer des criminels même s'il sait sa mort certaine et la futilité de ses actions.
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The Punisher, tome 9 : L'homme de pierre
  23 avril 2015
The Punisher, tome 9 : L'homme de pierre de Leandro Fernandez
Ce tome comprend les épisodes 37 à 42 de la série et il fait suite à "Barracuda" (épisodes 31 à 36).



Le Punisher est prisonnier d'un criminel qui se rêve déjà en baron de la drogue. Après avoir rétabli une plus juste mesure, Castle décide de vérifier ce que cet ex-futur caïd a laissé échapper : les russes auraient promis une récompense pour son exécution. La piste l'emmène en Afghanistan. Le général Nikolai Alexandrovich Zakharov séjourne lui-même dans ce pays et il a très envie de voir Frank Castle pour clarifier le massacre de ses troupes dans une base abritant un silo à missile (dans Mère Russie). Il souhaite le capturer pour détenir la preuve de l'implication des États-Unis dans les événements de ladite base. Il dispose d'une source d'informations : William Rawlins, traître à la CIA qui a survécu à une rencontre avec le Punisher. Enfin, Kathryn O'Brien (l'ex-femme de Rawlins) est également sur place pour assouvir sa vengeance sur les hommes qui l'ont violentée.



C'est avec ce tome que le lecteur prend conscience que Garth Ennis a utilisé la même structure pour cette série du Punisher que pour celle du Preacher. Il a conçu son histoire sur une soixantaine d'épisodes (avec un découpage préformaté pour la réédition en tomes, par tranche de 6 numéros), et les différentes pièces du puzzle commencent à s'assembler. À bien des égards, ce tome illustre le thème développé dans "Kitchen Irish" : la violence engendre la violence dans un cercle vicieux sans fin. Frank Castle met un point d'honneur à apporter une fin définitive aux criminels qu'il rencontre. Il apprend ici le nom du responsable du massacre du silo et il s'est fixé comme devoir que les criminels ne continuent pas leurs massacres.



Comme à son habitude, Ennis raconte d'abord et avant tout une histoire pleine de péripéties, d'affrontements, de sadisme et de moments politiquement incorrects. Dans les péripéties, le lecteur a droit à un séjour dans les régions les plus inhospitalières de l'Afghanistan, et ça n'a rien de touristique. Il y a aussi des usages répétés d'armes lourdes avec destruction et tueries à la clef. Dans le sadisme, le lecteur retrouve la cruauté dont font preuve les ennemis entre eux, avec un pragmatisme à toute épreuve (les uns comme les autres insistent sur le fait qu'il s'agit simplement des règles du jeu).



Dans le politiquement incorrect, Ennis n'y va pas avec le dos de la cuillère. En Afghanistan, il y a des talibans et ces extrémistes sont décrits comme de terribles hypocrites (avec une mention spéciale pour le violeur qui traite sa victime d'impure). Ce n'est pas la première fois qu'Ennis dépeint des fanatiques religieux de la pire manière qui soit, et les intégristes musulmans sont traités à la même enseigne que les autres. Ennis expose sa vision idiosyncrasique de la guerre dans ce pays : il faut occuper les soldats du monde entier dans des conflits (après tout c'est leur métier) et l'Afghanistan est sacrifié par la communauté internationale en connaissance de cause pour que les soldats puissent prendre l'exercice.



Le récit atteint là les limites des capacités d'Ennis. Son analyse politique reste dans la caricature, loin de toute connaissance réelle de géopolitique. Ce qui est plus inattendu, c'est qu'Ennis expose une corde sensible de Frank Castle. Ennis renouvelle l'exploit de mettre à nu les rares traces d'humanité qui subsistent en Castle. À la fois Castle reste ce monument de stoïcisme entièrement dévoué à sa guerre contre les criminels ; à la fois Ennis montre les traces de sentiments qui subsistent et les mécanismes psychologiques qui lui permettent de les contrecarrer. Le moment où Castle réaffirme la distance qui existe entre lui et O'Brien est magnifique de sécheresse et de justesse.



Les illustrations sont réalisées par Leandro Fernandez qui avait déjà dessiné les tomes 2 et 5. Dans les aspects négatifs de ces illustrations, il y a le manque chronique de décors, avec charge au metteur en couleurs de combler les arrières plans. Les expressions des visages ne font pas non plus dans la nuance. Il y a également une scène peu crédible dans sa représentation : Zakharov immobile sous une grêle de balles.



Pour le reste, il réalise un travail qui sert bien le scénario d'Ennis, même si les dessins manquent un peu de caractère pour devenir percutants. Quand les balles s'enfoncent dans la chair, le sang gicle avec les tissus et ça n'a rien de séduisant ou de complaisant. Quand Rawlins se fait torturer par un russe qui le tient par les couilles, le sadisme illustre l'efficacité du soldat, sans pour autant tomber dans le voyeurisme ou la séduction. Le face à face entre le Punisher et les hélicoptères de Zakharov dans les montagnes arides est magnifique grâce une mise en page simple et efficace. Les punitions létales administrées par le Punisher sont aussi horrifiques que satisfaisantes.



Ce tome marque un nouveau plateau dans la série car Garth Ennis commence à faire converger divers fils narratifs et il fait émerger les complexités psychologiques de Castle qui semblait jusqu'ici monolithique. Frank Castle devient enfin le personnage principal de la série, dépassant le rôle de catalyseur qui lui était jusqu'ici dévolu. Humain malgré tout, il poursuit sa mission dans "Le faiseur de veuves" (épisodes 43 à 49), le tome suivant.
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The Punisher - Deluxe, tome 2 : Mère Russie
  26 avril 2015
The Punisher - Deluxe, tome 2 : Mère Russie de Leandro Fernandez
Ce tome comprend les épisodes 7 à 18 de la série "Punisher MAX" écrite par Garth Ennis, épisodes initialement parus en 2004/2005.



- Kitchen Irish (épisodes 7 à 12, dessins de Leandro Fernandez) -

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Frank Castle est tranquillement assis dans un bar de Hell's Kitchen en train de prendre un café et un hamburger avec des frites quand une bombe explose dans le pub irlandais d'en face. Sans hésitation, il se précipite pour essayer d'aider quelques victimes et il finit par aider un pompier un peu jeunot. Du coup il est encore sur place quand arrive la police ; l'un de leurs experts reconnaît immédiatement le résultat d'une bombe fabriquée par un multirécidiviste ayant surtout travaillé pour l'IRA. Pendant ce temps là, Finn Cooley (le poseur de bombes) explique à Michael Morrison et Peter Cooley (son neveu) qu'il souhaite surtout mettre la main sur l'héritage de Pops Nesbitt (l'ancien chef de clan de la branche irlandaise du crime organisé à New York, maintenant décédé).



Or il y a 3 autres factions qui poursuivent le même but : les époux Tomy et Brenda Tonner (chefs du clan des Westies), les frère et soeur Polly et Eamon (responsables d'un groupe de pirates aux abords de New York) et Maginty, un grand black né en Irlande. Cependant la traversée de l'Atlantique par Finn Cooley n'est pas passée inaperçu et Yorkie Mitchell (un policier anglais qui a connu Castle au Vietnam), assisté de Andy Lorimer (le fils d'un policier victime d'un attentat à la bombe) demandent l'aide de Frank Castle pour mettre un terme aux carnages perpétrés par Finn Cooley.



À la lecture de ce récit, il y a une première surprise : le Punisher n'a qu'un second rôle et le dénouement aurait très bien pu se dérouler sans sa présence. Deuxième surprise : Garth Ennis construit son histoire sur la base de la violence engendrée par des années de guerre en Irlande. Il est facile de voir que ce conflit a profondément marqué ce scénariste qui est né en Irlande du Nord. Ennis donne une interprétation sans appel des criminels d'ascendance irlandaise installés à New York. Il ne s'agit ni plus ni moins que de voyous des rues sans envergures ni jugeote qui se prennent pour des caïds qu'ils ne seront jamais. Pops Nesbott (le vieux émigré d'Irlande) est consterné par la génération suivante composée de crétins qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Derrière la violence, la cruauté et le sadisme des uns et des autres, se trouve une abyssale vacuité et une bêtise atterrante. Garth Ennis déroule une suite d'horreurs, de massacres, de tortures et d'exécution sommaires qui créent une spirale d'autodestruction sans but, qui se nourrissent d'eux-mêmes sans aucun objectif.



Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire cette histoire. Garth Ennis n'y va pas de main morte et il a à nouveau concocté quelques moments qui provoquent des hauts le coeur incontrôlables (en particulier quand Castle mord un autre adversaire). Mais le conflit oppose des petites frappes sans envergure, incapables de s'extraire du cercle infernal de la violence. Aucune tuerie n'est gratuite ; elles servent toutes la mise en évidence implacable et sans appel de l'imbécillité des protagonistes.



Pour les illustrations, Lewis Larosa a laissé la place à Leandro Fernandez. Il utilise un style beaucoup plus clair avec des cases aérés, et des visages plus ronds. Le contraste avec son prédécesseur n'est pas trop choquant dans les premières pages. Frank Castle est toujours aussi massif et son visage reste marqué par les rides. Chaque personnage dispose d'une physionomie particulière, plus ou moins développée. Fernandez met en scène des adultes qui adoptent des postures d'adultes, par opposition à des adolescents attardés qui gesticuleraient sans fin. Les illustrations du carnage après l'explosion de la bombe dans le pub prouvent tout de suite au lecteur que Fernandez se situe bien dans un registre adulte, malgré le simplisme de certaines cases. Son style lui permet de faire passer au lecteur l'horreur des corps déchiquetés des victimes et la destruction aveugle causée par l'explosion. Le visage de Finn Cooley (dépourvu de peau suite à un autre attentat) créé un malaise à trop le regarder. La carrure et la gueule de Maginty génèrent une sensation de malaise et de crainte. Le regard de Napper French (spécialiste des disparitions de cadavres encombrants) est hanté par les atrocités qu'il a commises, ainsi que par l'état de détachement dans lequel il se met pour se livrer à son art de dépeçage. Malgré tout, j'ai eu du mal à adhérer complètement aux graphismes de Fernandez qui se contente souvent d'un visage bien croqué au milieu d'une case de la largeur de la page sans aucun décor. Ce choix de mise en scène fait perdre de l'intensité visuelle au récit.



Après "Au commencement" qui présentait Frank Castle comme incapable de faire autre chose que de l'abattage en série de criminels, Garth Ennis nous présente des criminels pour qui tuer et torturer sont devenus l'activité centrale de leur vie. Il est possible d'y voir une comparaison avec Castle pour qui les exécutions de criminels ne sont qu'un moyen pour atteindre une fin, et non une fin en soi. Et puis Garth Ennis dit au lecteur le fond de sa pensée sur la criminalité qu'a engendré l'Irlande.



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- Mère Russie (épisodes 13 à 18, dessins de Dougie Braithwaite) -

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Frank Castle est en train de se restaurer dans un petit bar de quartier peu fréquenté où est également accoudé au comptoir un vieux russe en train de se plaindre de l'état de son pays d'origine en sirotant une mauvaise vodka. Il s'attire en plus la colère de quelques gros bras en critiquant ouvertement Leon Rastovitch un malfrat local d'origine russe également. Il s'agit justement de l'homme que Castle recherche. Il commence par s'assurer que le petit vieux ne subira pas les conséquences de ses déclarations, puis il questionne les gros bras avant de les abattre froidement. Il se rend à la planque de Rastovitch et massacre quelques truands de plus. En sortant de la planque qu'il a incendié, il tombe nez à nez avec Nick Fury (et ce n'est pas un hasard). Ce dernier tente de faire réactiver le SHIELD avec les fonds nécessaire. Pour parvenir à ses fins, il a accepté la demande de quelques généraux américains. Une souche d'arme bactériologique est conservée précieusement dans une base militaire russe, par l'armée russe.



Les États-Unis souhaitent récupérer cette arme bactériologique létale avant que les russes ne réussissent à l'analyser et la dupliquer. Ils ont chargé Fury de trouver l'homme de la situation. Fury propose un marché à Castle que ce dernier accepte. Il va donc accomplir cette mission de récupération en Russie, accompagné par Martin Vanheim, un soldat de la Delta Force (une unité secrète des forces armées américaines). 2 soucis : cette base abrite des missiles nucléaires, et Nikolai Alexandrovich Zakharov prend en charge la défense de cette base.



Avec cette histoire, Garth Ennis continue d'emmener le lecteur dans une direction peu prévisible. Après avoir étêté le crime organisé à New York (Au commencement), puis aidé un ancien compagnon d'armes contre le terrorisme irlandais (Kitchen Irish), Castle accepte de travailler pour l'un des rares hommes qu'il respecte et indirectement pour l'armée américaine. Même s'il ne travaille pas vraiment pour son compte, il est beaucoup plus moteur que dans le tome précédent. À 50 ans et quelques, avec son expérience, il traite Vanheim comme un bleu (avec raison). Cette fois encore, le Punisher se tire de situations impossibles avec une inexorabilité qui renvoie à chaque fois au pacte passé par Ennis dans Born : il est invincible et indestructible. Ennis joue sur plusieurs registres à la fois. Il continue d'insérer des éléments de politique étrangère (l'héritage de la guerre froide pour les vieux soldats) et il concocte une situation désespérée (Castle et Vanheim coincés dans le sous-sol d'une base ennemie avec une seule sortie possible et couverte par les russes). Il sort le Punisher de son environnement urbain pour une action commando avec une fin à grand spectacle. Le récit permet de mettre en avant le code moral de Castle, ses motivations profondes et son sens de la stratégie, le tout dans des effusions de sang toujours aussi sadiques et inévitables.



Avec cette histoire, le lecteur découvre encore un nouveau dessinateur sur la série : Dougie Braithwaite qui a également travaillé dans un autre registre avec Alex Ross pour Justice, avec des encrages de Bill Reinhold. J'ai trouvé que ce tandem a un style bien adapté pour ce Punisher plus réaliste. Tous les visages sont marqués par des rides, avec des expressions déterminées. Castle et Fury ont des masques de poker ce qui sied bien à leur manque d'émotivité et d'empathie. Cette histoire se déroule dans un monde presqu'exclusivement masculin avec des hommes habitués au combat et à la guerre. Chaque visage fermé renvoie à la détermination et l'entraînement du soldat. Le lecteur souffre également avec Castle devant son visage tuméfié.



Pour être honnête, il faut bien avouer que ce mode de représentation des visages atteint ses limites quand ils l'appliquent à une petite fille. Le niveau de détails des décors est satisfaisant. Braithwaite et Reinhold prennent le temps d'insérer des détails qui permettent que chaque endroit soit différent, que les bars ne soient pas des copier-coller les uns des autres, que les souterrains de la base russe donnent l'impression de s'intégrer dans un plan d'étage cohérent et que l'avant dernière séquence (dans la neige) transmette la désolation du paysage.



Ennis continue d'envoyer Castle au combat, boucherie après carnage, sans qu'il n'y ait d'impression de répétition. Au contraire, l'adjonction d'un soldat surentraîné mais avec moins d'expérience met en évidence que Castle sait que le prix à payer est élevé et qu'il l'a déjà payé plusieurs fois. La relation entre Fury et Castle apporte également un éclairage différent sur ce que Castle juge digne de respect et de confiance.
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Queen & country, tome 2 : Opération crystall ..
  21 novembre 2020
Queen & country, tome 2 : Opération crystall ball de Leandro Fernandez
Près de quatre ans après un premier tome de "Queen & Country" paru au sein de la collection Semic NOIR, c’est maintenant l’éditeur Akileos qui poursuit la publication de cette excellente série signée Greg Rucka ("Gotham central"). Et le moins que l’on puisse dire est qu’Akileos y va de bon train avec non moins de cinq tomes prévus d’ici septembre 2008.



Malgré le changement d’éditeur et un premier tome pas toujours évident à trouver, cette série présente l’avantage de livrer des histoires indépendantes. Après un premier tome qui permettait de suivre deux enquêtes, l’une au Kosovo et l’autre en Afghanistan, cette nouvelle mission du S.I.S. vise à démanteler un réseau terroriste qui a pour cible le Royaume-Uni et emmène le lecteur et nos agents secrets à Sarajevo, Bagdad, Rome et Osaka.



Le fait d’intégrer des événements réels comme les attentats de 11 septembre ou la Coupe du Monde en Corée du Sud ajoute encore de l’authenticité au récit, rendant encore plus difficile de tirer la ligne entre réalité et fiction. A l’instar de son autre série, "Gotham central", Greg Rucka livre une enquête prenante au sein d’un décor réaliste et se concentre principalement sur le développement psychologique de ses personnages. A mille lieux de James Bond, le lecteur est immergé dans le quotidien des sections spéciales britanniques.



Le graphisme noir et blanc sans fioritures de Leandro Fernandez est entièrement au service de l’histoire et sied parfaitement à cette collection "regard noir & blanc" de chez Akileos.



Excellente série d’espionnage !
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The Punisher, tome 9 : L'homme de pierre
  21 novembre 2020
The Punisher, tome 9 : L'homme de pierre de Leandro Fernandez
Ce neuvième tome de "Punisher (Max)" regroupe les épisodes #37 à #42 (Man of Stone) de la série régulière du Punisher, parus entre novembre 2006 et février 2007.



Après les réseaux de prostitution et les businessmen impitoyables, Garth Ennis délaissé à nouveau le milieu mafieux/criminel habituel de son héros. Frank Castle se retrouve cette fois en Afghanistan au beau milieu d'un conflit opposant talibans et forces spéciales britanniques. Un environnement que cet ancien militaire ayant combattu au Vietnam affectionne particulièrement.



Cette histoire peut être considérée comme la suite du tome quatre (Mère Russie), qui mettait en scène un Punisher s’infiltrant dans des silos nucléaires soviétiques afin d’y délivrer la fille d’un savant russe. On se souvient de la guerre des nerfs que s’étaient livrés le général Zakharov, alias l’homme de pierre, et le Punisher et de l’humiliation infligée par Frank à cet ex-militaire russe ayant jadis combattu en Afghanistan. Cette histoire relatant la vengeance du général Zakharov permet également de retrouver ce fourbe de Rawlins, ainsi que l'agent O'Brien. Cette histoire montrant un homme luttant seul contre des soldats russes n’est pas sans rappeler le troisième film consacré à Rambo. Le récit n’est donc pas très original et le face à face entre le Punisher et l’homme de pierre n’est pas aussi intense que lors du quatrième tome.



Si l’agent O’Brien fait également un peu d’ombre au Punisher lors de cet épisode, elle fait également ressortir ce semblant d’humanité que Frank enfuit le plus loin possible afin d’être le moins vulnérable possible. Cette aventure qui contient quelques longueurs délaisse également les scènes à caractère sexuel qui étaient explicitement au rendez-vous des deux tomes précédents. Ici, l’auteur se concentre sur les actions militaires et sur la vengeance du général Zakharov. Au dessin, Leandro Fernandez délaisse les ruelles sombres de New York pour les déserts et rochers afghans, mais demeure très efficace.
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La discipline, tome 1
  01 juin 2018
La discipline, tome 1 de Leandro Fernandez
Il y a de bonnes idées dans cet album ; peut-être le scénariste était-il trop à l'étroit dans ce format de cent vingt-quatre pages.




Lien : https://www.bdgest.com/chron..
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La discipline, tome 1
  14 mai 2018
La discipline, tome 1 de Leandro Fernandez
De plus, les dessins sont encore une fois magnifiques, ils lorgnent vers du Risso en plus réaliste. C'est très beau !


Lien : http://www.sceneario.com/bd_..
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The Punisher - Deluxe, tome 4
  10 juillet 2016
The Punisher - Deluxe, tome 4 de Leandro Fernandez
Ce tome comprend les épisodes 37 à 48 de la série Punisher MAX écrite par Garth Ennis, soit 2 histoires qui se suivent.

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L'homme de pierre, 5 étoiles (épisodes 37 à 42

Le Punisher est prisonnier d'un criminel qui se rêve déjà en baron de la drogue. Après avoir rétabli une plus juste mesure, Castle décide de vérifier ce que cet ex-futur caïd a laissé échapper : les russes auraient promis une récompense pour son exécution. La piste l'emmène en Afghanistan. Le général Nikolai Alexandrovich Zakharov séjourne lui-même dans ce pays et il a très envie de voir Frank Castle pour clarifier le massacre de ses troupes dans une base abritant un silo à missile (dans Mère Russie). Il souhaite le capturer pour détenir la preuve de l'implication des États-Unis dans les événements de ladite base. Il dispose d'une source d'informations : William Rawlins, traître à la CIA qui a survécu à une rencontre avec le Punisher. Enfin, Kathryn O'Brien (l'ex-femme de Rawlins) est également sur place pour assouvir sa vengeance sur les hommes qui l'ont violentée.



C'est avec ce tome que le lecteur prend conscience que Garth Ennis a utilisé la même structure pour cette série du Punisher que pour celle du Preacher. Il a conçu son histoire sur une soixantaine d'épisodes (avec un découpage préformaté pour la réédition en tomes, par tranche de 6 numéros), et les différentes pièces du puzzle commencent à s'assembler. À bien des égards, ce tome illustre le thème développé dans Kitchen Irish : la violence engendre la violence dans un cercle vicieux sans fin. Frank Castle met un point d'honneur à apporter une fin définitive aux criminels qu'il rencontre. Il apprend ici le nom du responsable du massacre du silo et il s'est fixé comme devoir que les criminels ne continuent pas leurs massacres.



Comme à son habitude, Ennis raconte d'abord et avant tout une histoire pleine de péripéties, d'affrontements, de sadisme et de moments politiquement incorrects. Dans les péripéties, le lecteur a droit à un séjour dans les régions les plus inhospitalières de l'Afghanistan, et ça n'a rien de touristique. Il y a aussi des usages répétés d'armes lourdes avec destruction et tueries à la clef. Dans le sadisme, le lecteur retrouve la cruauté dont font preuve les ennemis entre eux, avec un pragmatisme à toute épreuve (les uns comme les autres insistent sur le fait qu'il s'agit simplement des règles du jeu). Dans le politiquement incorrect, Ennis n'y va pas avec le dos de la cuillère. En Afghanistan, il y a des talibans et ces extrémistes sont décrits comme de terribles hypocrites (avec une mention spéciale pour le violeur qui traite sa victime d'impure). Ce n'est pas la première fois qu'Ennis dépeint des fanatiques religieux de la pire manière qui soit, et les intégristes musulmans sont traités à la même enseigne que les autres. Ennis expose sa vision idiosyncrasique de la guerre dans ce pays : il faut occuper les soldats du monde entier dans des conflits (après tout c'est leur métier) et l'Afghanistan est sacrifié par la communauté internationale en connaissance de cause pour que les soldats puissent prendre l'exercice. Le récit atteint là les limites des capacités d'Ennis. Son analyse politique reste dans la caricature, loin de toute connaissance réelle de géopolitique. Ce qui est plus inattendu, c'est qu'Ennis expose une corde sensible de Frank Castle. Ennis renouvelle l'exploit de mettre à nu les rares traces d'humanité qui subsistent en Castle. À la fois Castle reste ce monument de stoïcisme entièrement dévoué à sa guerre contre les criminels ; à la fois Ennis montre les traces de sentiments qui subsistent et les mécanismes psychologiques qui lui permettent de les contrecarrer. Le moment où Castle réaffirme la distance qui existe entre lui et O'Brien est magnifique de sécheresse et de justesse.



Les illustrations sont réalisées par Leandro Fernandez qui avait déjà dessiné les tomes 2 et 5. Dans les aspects négatifs de ces illustrations, il y a le manque chronique de décors, avec charge au metteur en couleurs de combler les arrières plans. Les expressions des visages ne font pas non plus dans la nuance. Il y a également une scène peu crédible dans sa représentation : Zakharov immobile sous une grêle de balles. Pour le reste, il réalise un travail qui sert bien le scénario d'Ennis, même si les dessins manquent un peu de caractère pour devenir percutants. Quand les balles s'enfoncent dans la chair, le sang gicle avec les tissus et ça n'a rien de séduisant ou de complaisant. Quand Rawlins se fait torturer par un russe qui le tient par les couilles, le sadisme illustre l'efficacité du soldat, sans pour autant tomber dans le voyeurisme ou la séduction. Le face à face entre le Punisher et les hélicoptères de Zakharov dans les montagnes arides est magnifique grâce une mise en page simple et efficace. Les punitions létales administrées par le Punisher sont aussi horrifiques que satisfaisantes.



Ce tome marque un nouveau plateau dans la série car Garth Ennis commence à faire converger divers fils narratifs et il fait émerger les complexités psychologiques de Castle qui semblait jusqu'ici monolithique. Frank Castle devient enfin le personnage principal de la série, dépassant le rôle de catalyseur qui lui était jusqu'ici dévolu.

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Le faiseur de veuves, 3 étoiles (épisodes 43 à 48)

Le Punisher vient de mettre fin aux jours d'un criminel de plus et son monologue intérieur indique qu'il s'interroge sur la facilité avec laquelle il a commis les actes de barbarie qu'il avait jugé nécessaire dans les tomes précédents. La scène passe alors à 5 femmes (Annabella Gorrini, Barbara Barrucci, Lorraine Zucca, Shauna Toomey et Bonnie de Angelo) installées dans un spacieux salon richement meublé d'un pavillon de banlieue. Elles évoquent leurs points communs : elles ont toutes été mariées à des criminels de la pègre et le Punisher a tué chacun de leur mari. Elles ont décidé de s'organiser pour lui tendre un piège et l'abattre, sans commettre les mêmes erreurs que la pègre et en mettant à profit le point faible qu'elles ont décelé. Pendant cette même soirée, une femme splendide (Jenny Cesare) drague dans un bar, se fait lever sans aucune difficulté par un mec pour une nuit torride. Elle est liée d'une manière inconnue aux 5 autres.



À chaque nouvelle histoire, Ennis introduit un nouveau point de vue sur le personnage Frank Castle et il le fait évoluer par petites touches parfois imperceptibles. Dans "Widowmaker", il choisit un point de vue qu'il n'avait pas encore utilisé : celui des veuves "éplorées" des victimes du Punisher. Dès la première scène où elles apparaissent, Ennis assène qu'il ne fera pas d'angélisme. Ces femmes ont baigné dans le milieu du crime organisé, elles ont profité de l'agent facile et elles sont dessalées chacune à leur manière. Elles présentent les mêmes tares que leurs défunts maris (à commencer par un langage ordurier appuyé) telles que le racisme et la bêtise, et le recours à la loi du plus fort. Le lecteur retrouve dans ce tome plusieurs éléments récurrents de la série : le Punisher abat froidement des criminels (abus sexuels d'enfants, crime organisé), des touches d'humour bien noir (servies par cette bande de 5 veuves), et des réflexions sur ce qui fait l'unicité de Frank Castle. Ce dernier point s'effectue comme d'habitude par comparaison avec 2 autres personnages qui sont tentés de suivre le même chemin que lui dont l'inspecteur Budiansky de la police newyorkaise. Mais dans les ingrédients habituels, le méchant principal fait défaut. Ici il n'y a pas criminel endurci qui en donne pour son argent au Punisher, il y a plusieurs petits criminels qui ne font pas le poids devant lui. Ennis prend également le parti de blesser Castle de telle sorte qu'il passe la majeure partie de l'histoire allongé sur un lit de fortune à attendre que ça se passe. Ce n'est pas le premier tome dans lequel Castle semble un invité dans sa propre série, mais ici il n'y a pas (à mon goût) de thème assez fort pour compenser. Dès le départ il est évident que ces braves dames ne feront pas le poids, que Budiansky va s'interroger sur la possibilité de se servir de la justice expéditive du Punisher, etc.



Les illustrations se composent des dessins de Lan Medina et de l'encrage de Bill Reinhold. Ils ont opté pour style assez réaliste et assez léché, moins brut, avec moins d'aspérité que sur les tomes précédents. Je reconnais que j'ai eu du mal à accepter cette vision un peu propre sur elle des personnages et des décors. À mes yeux, ce parti pris sans risque gomme les horreurs décrites en les lissant. Dans la scène où une femme se fait défoncer le visage à coup de batte de baseball, Medina et Reinhold n'arrivent pas à dépasser le stade de la simple description clinique pour faire passer l'horreur de cette violence. Ils se rapprochent plus de la violence aseptisée des comics de superhéros, malgré les giclées de sang. De même les expressions me semblent manquer de nuance. Je pinaille peut être parce que d'un autre coté ils s'attardent sur les décors pour leur donner de la substance. Le salon d'Annabella Gorrini est décoré avec soin, le mobilier choisi pour s'accorder ensemble et la pièce est agencée comme un endroit vraiment habité et pas comme une page de magazine de meubles. Quand Jenny Cesare apparaît pour la première fois dans un bar, elle resplendit, avec un petit coté froid qui correspond exactement au personnage. Mais dès que les scènes requièrent le haut niveau de violence inhérent à cette série, elles semblent fades et artificielles. Le corps mutilé de l'une des femmes (élément important du scénario) semble factice, sans réelle texture, l'expression de son visage dans la glace semble décalquée sur une moue de modèle de magazine.



J'ai donc trouvé ce tome en dessous des précédents dans la mesure où il revient sur des thèmes déjà abordés sans les approfondir, où il manque un vrai méchant à la mesure du Punisher et où les illustrations n'arrivent pas à faire passer l'horreur du monde dans lequel évolue le héros. Par ailleurs l'examen de la tentation de Frank Castle de recourir à la torture semble artificiel. Dans Born, Ennis a exposé au lecteur que le Punisher sortirait vivant de toutes les confrontations comme tout héros récurrent qui doit être présent au prochain numéro. À aucun moment, il ne m'a été possible de concilier cet état de fait avec l'éventualité que Castle puisse basculer du coté obscur. Il est conseillé de faire un détour par Barracuda MAX, avant de passer à la suite du massacre dans La longue nuit noire (épisodes 50 à 54).
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