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Critiques de Martin Morazzo (10)
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Ice Cream Man, tome 2 : Strange Neapolitan
  12 mars 2019
Ice Cream Man, tome 2 : Strange Neapolitan de Martin Morazzo
Ce tome fait suite à Ice Cream Man Volume 1: Rainbow Sprinkles (épisodes 1 à 4) qu'il vaut mieux avoir lu avant, car il y a un fil conducteur sous-jacent. Il comprend les épisodes 5 à 8, initialement parus en 2018, écrits par W. Maxwell Prince, dessinés et encrés par Martín Morazzo, avec une mise en couleurs réalisée par Chris O'Halloran. Il contient également les couvertures originales de Morazzo et les couvertures variantes réalisées par Frazer Irving, Christian Ward, Fábio Moon, Vanesa R. Del Rey.



Épisode 5 - Un homme en costume cravate se tient en haut d'un gratte-ciel dans une ville américaine, sur le rebord du toit. Il se jette dans le vide. Il a 100 étages à descendre en chute libre, avant de s'écraser sur le trottoir. Il se souvient de ce que se dit l'homme au sourire avant de se transformer en buse. À l'intérieur du bâtiment, dans la salle de réunion du quatre-vingt-neuvième étage, Vicky (ou est-ce Vanessa, ou peut-être Valerie) enjoint à sa cheffe de descendre avec elle. L'autre refuse, et une buse lui arrache l'œil droit de son orbite. Veronica sort en courant et commence à descendre les étages par l'escalier. Épisode 6 - Dans une banlieue pavillonnaire, un homme se promène à pied. Il arrive devant la camionnette du marchand de glace et en demande une à 3 boules : chocolat, vanille, fraise. Il repart en léchant sa glace. Il arrive devant un croisement où 3 choix s'offre à lui. Dans le premier, il tourne à gauche, dans le second il continue tout droit, dans le troisième il tourne à droite. Le lecteur suit ce qui arrive dans chacune de ces 3 possibilités.



Épisode 7 - Lucy (9 ans) est en train de faire de la balançoire dans le jardin, en mangeant un cornet de glace. Ses parents l'observent depuis le salon. Sa mère s'inquiète pour elle car sa meilleure amie Kayla vient de décéder d'un cancer. Le père s'énerve en disant qu'il faut que sa fille arrête de se conduire comme si le fantôme de Kayla étant tout le temps à ses côtés. Le lendemain, Lucy participe à sa séance de psychothérapie, et répond aux questions de la psy, lui indiquant qu'effectivement Kayla se tient à ses côtés et lui répond. Épisode 8 - Dans une petite ville de banlieue, Jenny conduit l'ambulance, avec Mike son coéquipier sur le siège passager. Dans la rue où ils circulent, une maison est en train de brûler, une voiture a percuté un arbre sur une pelouse, un groupe d'individus se promènent avec des torches, un autre est en train de traîner un cadavre ensanglanté par les cheveux. Un peu plus loin, un homme est en passe d'être dévoré par des vers de terre longs de plusieurs dizaines de centimètres. Dans l'ambulance, Mike est en train de s'envoyer plusieurs cachetons d'un médicament pour la leucémie pour voir s'ils ont un effet psychotrope. Brenda lui raconte comment elle et sa sœur avaient recueilli une petite souris à la patte brisée, quand elles étaient jeunes.



Le premier tome avait laissé un goût étrange, entre horreur et histoire qui ne démarre pas. Ce deuxième tome vient clarifier la structure de la série : une anthologie d'histoires en 1 épisode, avec un très discret fil rouge : les apparitions d'Ice Cream Man, et celles encore plus sporadiques de Caleb, l'homme au stetson. Le premier épisode du présent tome prend le lecteur au dépourvu, avec cet homme qui se suicide en sautant du centième étage, et cette femme qui rencontre une horreur après l'autre en descendant les étages. L'épisode suivant baigne également dans l'horreur, avec les 3 chemins de vie concomitant de ce jeune homme. Ça ne va pas en s'arrangeant avec la petite fille hantée par sa copine morte, et avec les 2 ambulanciers irresponsables. Cette série est bien une anthologie d'horreur, avec des éléments graphiques comme une énucléation graphique, un individu se vidant de son sang avec un couteau fiché dans la cuisse, un individu dépecé vivant, ou encore un type qui se plante une fourchette dans la main.



Dès le premier épisode, le lecteur est également frappé par la structure des récits : une alternance entre un suicidé et une femme qui descend les escaliers, 3 récits en parallèle, et même la folle cavalcade des 2 ambulanciers. Seul l'épisode 7 suit un déroulement plus classique. Dans ces formes, le lecteur est bien sûr impressionné par l'épisode 6 dans lequel il suit 3 chemins de vie en parallèle sur chaque page d'un même individu, en fonction du trottoir qu'il a emprunté pour manger sa glace. La mise en parallèle provoque un effet ludique irrépressible chez le lecteur qui se met à comparer les 3 destins, à établir des rapprochements de nature plutôt sinistre. Le premier épisode produit aussi un effet ludique, le lecteur se livrant également au jeu de comparer les 2 descentes, même si les préoccupations du suicidé et de Veronica sont de nature très différente. Du coup, il adopte la même approche de lecture pour l'épisode 7 en s'interrogeant sur la réalité du fantôme, sur ce qu'il va advenir de cette petite fille, sur l'équilibre psychique de son père. Dans le dernier épisode, il apprécie la suite de situations macabres et ne fait pas forcément attention au mystère installé dans les premières pages.



Martin Morazzo continue de dessiner de la même manière, dans une approche réaliste et détaillée, en utilisant un trait de contour très fin, mais pas cassant. Avec la première page, le lecteur se dit que l'artiste utilise peut-être un logiciel de modélisation pour la vue du dessus des immeubles, puis pour la façade de verre au fur et à mesure de la chute de l'homme, tellement les traits sont droits et propres sur eux. Il en va de même pour la netteté de la cage d'escalier en vue de dessus dans une perspective vertigineuse. Mais cette impression disparaît dans les épisodes suivants, les décors étant moins géométriques. Il subsiste parfois une impression d'éléments factices, trop propres sur eux. D'un autre côté, le niveau élevé de détails et la méticulosité des dessins donnent corps à des environnements substantiels : les façades des pavillons de la banlieue dortoir, l'ameublement du bureau de la psychologue de Lucy, l'aménagement du diner où Jenny et Mike vont manger un burger. Du coup, Morazzo donne à voir une réalité concrète, des endroits où le lecteur peut se projeter même s'il peut les trouver manquant de texture de matériau, de marque du temps qui passe.



Comme dans le premier tome, il faut un petit temps d'adaptation au lecteur pour les visages des personnages. En effet Morazzo aime bien leur faire entrouvrir la bouche pour montrer leurs dents. Les expressions des visages peuvent également sembler parfois un peu décalée par rapport à l'émotion qu'elles expriment. Il faut un peu de temps pour comprendre que la majorité des personnages semblent habités par une sourde inquiétude mêlée d'une douleur sous-jacente, avec un brin de nostalgie. Une fois repéré cet état d'esprit généralisé, le lecteur peut passer outre et constater que les expressions de visage sont en fait variées et nuancées, tout en étant marquées par cette inquiétude. Bien sûr, l'épisode 6 constitue une preuve éclatante du talent de narrateur visuel de l'artiste, car il est dépourvu de mot et il se lit sans aucune difficulté, avec un impact émotionnel bien réel. À la fin du présent tome, le lecteur peut lire le script du scénariste pour une demi-douzaine de pages de l'épisode 6, et voir comment le dessinateur y a apporté sa vision et son savoir-faire pour y insuffler de la vie et de l'émotion. Tout au long de ces 4 épisodes, il sait faire apparaître à la surface la vie intérieure des personnages, en ce qu'elle a d'unique et d'intense. Le lecteur ressent leur implication émotionnelle et se retrouve incapable de prendre ses distances. Il se trouve donc impliqué dans leur situation. Il ne peut pas non plus se protéger contre les situations horrifiques qui surviennent, du fait de leur caractère inattendu.



Avec ces quatre épisodes, W. Maxwell Prince sait faire remonter à la surface l'absurdité de la vie, l'angoisse de la différence et de l'anormalité. Le suicide et la course pour sortir du bâtiment mettent en évidence l'absence de sens de la vie et sa valeur relative. Les 3 chemins de vie indiquent que cet individu ne pouvait pas échapper à la souffrance. Le scénariste confronte ses personnages à des horreurs absurdes et dramatiques survenant sans raison, s'acharnant parfois sur un individu. Pour autant, ces épisodes ne flanquent pas le cafard, car il sait faire preuve d'humour noir avec un second degré, et il ne fait finalement que montrer que le comportement des individus n'a pas grande incidence sur ce qui leur arrive. Malgré l'horreur bien réelle du vide existentiel, le lecteur se retrouve étrangement rasséréné de voir qu'il n'est pas le seul à y être confronté, que d'autres que lui s'y heurtent sans que leurs tentatives d'effort n'y changent rien. Il finit par se produire un effet libérateur de voir que le suicide n'a pas produit d'effet significatif (sauf sur le suicidé bien sûr), que quel que soit le choix, le chemin de vie reste de même nature, que les efforts des parents n'influent pas sur le sort de l'enfant, ou que le comportement à risque des ambulanciers ne prête pas à conséquence (enfin, pour ce dernier épisode, si). Le scénariste a l'air de suggérer au lecteur d'accepter le caractère arbitraire des événements et de ne pas s'en sentir responsable.



À la fin du premier tome, le lecteur s'était dit qu'il voulait en avoir le cœur net et qu'il reviendrait pour le suivant. Son jugement sur cette anthologie de récit évolue. Il apprécie plus les dessins précis et détaillés de Martin Morazzo et les expressions bizarres de ses personnages. Il se confronte à l'horreur des situations imaginées par W. Maxwell Prince, se réjouissant que ce soit les personnages qui y sont soumis et pas lui, et éprouvant un effet cathartique inattendu à voir de telles situations absurdes.
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Great Pacific, tome 1 : Trashed !
  02 septembre 2015
Great Pacific, tome 1 : Trashed ! de Martin Morazzo
Il s'agit du début d'une série indépendante. Ce tome comprend les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2012/2013. Le scénario est de Joe Harris, les dessins et l'encrage de Martin Morazzo, et la mise en couleurs de Tiza Studio.



Il y a 2 semaines, Chas Worthington III chassait le lion à la sagaie en compagnie de guerriers Massaï dans la brousse africaine. Juste après il rejoint son campement de base où l'attend Alex, son secrétaire particulier (et son ami d'enfance). Worthington va fêter son anniversaire le lendemain, il est à la tête d'une des plus compagnies pétrolières de la planète, héritée de son père. Sur le chemin du retour, il s'arrête dans l'Oklahoma pour saluer son oncle et lui expliquer ce qu'il projette. Worthington a décidé de s'approprier le continent flottant constitué de déchets (vortex de déchets du Pacifique Nord) qui s'étend à peu près sur la taille de l'état du Texas, et de le faire reconnaître comme état souverain. Il lui faut encore réussir à disposer des fonds correspondants. Pour coloniser ce continent d'un genre particulier, il a fait développer un outil technologique baptisé "Hydrocarbon remediation operation" en abrégé "HERO"). 2 semaines plus tard, Chas Worthington est tout seul abandonné et un peu amoché sur un monceau de déchets en plein Pacifique Nord, face à une mouette à 2 têtes.



Joe Harris a composé un récit très malin qui s'adresse aux grands adolescents mais aussi aux adultes. Il incorpore des éléments qui l'inscrivent dans la littérature pour jeunesse : l'âge du héros, sa capacité à manipuler le directoire de l'entreprise pétrolière, le gadget technologique de science-fiction, 2 éléments surnaturels intervenant en cours de récit. Si le lecteur adulte peut passer outre ces éléments ciblant un public déterminé, il découvre un récit bien construit imaginatif, évoquant par certains cotés l'esprit d'aventure qui existe dans les romans de Jules Verne. Harris associe cette entreprise peu commune de découverte d'un nouveau continent, avec la mise en application d'un plan qui réserve bien des surprises.



Harris a donc choisi un lieu principal pour son histoire qui sort de l'ordinaire, une sorte de nouveau continent moderne (le vortex de déchets) composé de 7 millions de tonnes de déchets. Le point de départ est étonnant et les 2 créateurs parviennent sans difficulté à rendre plausible l'installation de la base de vie. Morazzo se décarcasse pour dessiner avec minutie l'agrégat de déchets de petite taille formant un no man's land plus ou moins stable. S'il n'est pas possible de reconnaître la nature exacte de chaque déchet, le lecteur dispose d'assez d'éléments pour se projeter dans cet environnement artificiel, preuve de l'inconséquence de l'être humain.



Le lecteur évolue donc dans cette grande zone d'ordures du Pacifique, sans pouvoir échapper à sa réalité. Néanmoins le propos d'Harris n'est pas alarmiste, encore moins de faire culpabiliser le lecteur. Il emmène le lecteur dans une partie stratégique aux tours et détours inattendus, pleine de suspense. Chas Worthington se révèle un fin stratège ayant les moyens de ses ambitions peu communes, avec une vision frappée au coin du bon sens. En particulier il sait que ses projets n'aboutiront que s'il est capable de dégager un profit au sens capitaliste du terme. Ici le héros n'envisage pas l'écologie comme une utopie parée de jolies petites fleurs, mais bien comme un paramètre à intégrer dans les réalités économiques. Par certains cotés, cette aventure peu faire penser à la série "Largo Winch" pour sa partie d'intrigue dans le monde politique et entrepreneurial. Cet aspect reste compréhensible par tout le monde dans la mesure où Harris s'intéresse avant tout aux mouvements tactiques des uns et des autres, l'aspect aventure et découverte restant prépondérant.



L'approche graphique du dessinateur argentin Morazzo évoque également plus une bande dessinée franco-belge qu'un comics. Il n'y a pas de héros bodybuildé ou habillé en collant moulant et le personnage féminin principal Zoe dispose d'une taille de poitrine normale. Outre de représenter des individus normaux, la force de Morazzo est de réussir à faire croire à chacun des environnements, à commencer par ce continent de déchets plastiques. Morazzo privilégie une approche réaliste, légèrement simplifiée, sans volonté d'avoir un rendu photographique, et sans exagération de type comique (pour les expressions des visages) ou dramatique (pour les séquences d'action). Son degré de minutie évite aux dessins d'être fades, et permet une immersion de bon niveau dans cette histoire peu banale.



Dans cette première partie, Harris et Morazzo racontent une histoire originale assez dense qui évoque les récits d'aventure d'antan dans un contexte moderne, en dosant avec soin les éléments de science-fiction pour ne pas exiger un niveau trop important de suspension consentie d'incrédulité de la part du lecteur. À la lecture, l'intention de cibler un public assez précis peut atténuer légèrement le plaisir de lecture des plus grands.



Pour plus d'information sur la grande zone d'ordures du Pacifique



http://fr.wikipedia.org/wiki/Vortex_de_d%C3%A9chets_du_Pacifique_nord



http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/09/le-7e-continent-de-plastique-ces-tourbillons-de-dechets-dans-les-oceans_1696072_3244.html
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Great Pacific, tome 1 : Trashed !
  05 septembre 2014
Great Pacific, tome 1 : Trashed ! de Martin Morazzo
Ce premier album se lit très bien, on passe un bon moment, mais on n'est pas épaté par les trouvailles scénaristiques ! Graphiquement, c'est très honnête là aussi.
Lien : http://www.sceneario.com/bd_..
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Great Pacific, Tome 2 : Fondation
  23 novembre 2015
Great Pacific, Tome 2 : Fondation de Martin Morazzo
Great Pacific » est décidément une chouette série, ce que confirment ces nouveaux épisodes. Vivement la suite et fin !
Lien : http://bdzoom.com/93578/comi..
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Great Pacific, tome 3 : Chasse au gros
  09 septembre 2016
Great Pacific, tome 3 : Chasse au gros de Martin Morazzo
Ce tome fait suite à Nation building (épisodes 7 à 12). Il contient les épisodes 13 à 18, initialement parus en 2014, écrits par Joe Harris, dessinés et encrés par Martin Morazzo, avec une mise en couleurs du Studio Tiza. Ce tome correspond à une fin de saison (sans réel besoin de suite) à cette histoire dont il faut avoir commencé la lecture par le premier tome Trashed! (épisodes 1 à 6).



Épisode 13 – Les services de sécurité de New Texas ont récupéré un individu (appelé Arthur Managan Clarke) qui prétend être l'émissaire d'une civilisation extraterrestre. Chas Worthington se souvient des leçons de pêche que lui donnait son père. Épisode 14 – Worthington et Zoe découvrent que certains habitants de New Texas sont devenus dépendant à une drogue de synthèse appelée Skag.



Épisodes 15 à 18 – Baston Duvalier a débarqué à New Texas. Il souhaite récupérer sa femme, les bombes atomiques qu'il convoitait, et pourquoi pas s'instaurer comme nouveau chef de ce jeune état, par la force bien sûr.



Dans les 2 premiers épisodes, Joe Harris joue avec habilité sur le cumul des fonctions du jeune Chas Worthington. D'un côté, il utilise le fait que ce jeune homme est responsable de tout pour le placer au centre de chaque événement. Dès que ce prisonnier aux déclarations étranges est en sécurité, c'est Worthington lui-même qui se charge de l'interroger. Dès que Mistress Ibogene (la dealeuse) de Skag est arrêtée, c'est encore lui qui va conduire l'interrogatoire. Harris n'oublie pas de montrer le prix qu'il doit payer du fait qu'il endosse toutes ces responsabilités. De l'autre côté, il montre les compétences bien réelles du personnage.



Le scénariste ne se contente pas d'une enquête bien menée ; il montre aussi quels sont les enjeux pour cette micro-nation d'avoir des citoyens utilisant des produits psychotropes. Lorsque Chas Worthington se tient devant son conseil d'adjoints, il tient un discours très clair qui met en avant ses motivations : le capitalisme et la préservation de la force de travail avant tout, la question de santé publique n'est même pas évoquée. C'est d'une franchise désarmante, mais en cohérence avec la nature de ce despote éclairé. Il illustre son propos à l'aide d'un exemple historique : la consommation de stupéfiants en Chine avant l'arrivée de Mao Zedong au pouvoir.



À partir de l'épisode 15, l'histoire change de centre d'intérêt. À nouveau, Chas Worthington doit faire face à une tentative de coup d'état, cette fois-ci aussi simple qu'efficace. Le lecteur sent bien que Joe Harris précipite un peu les choses et prend grand soin de gérer toutes ses intrigues secondaires pour les mener à un terme satisfaisant (tout en laissant une possibilité de suite). Cette narration un peu rapide inclut malgré tout plusieurs séquences et réflexions qui viennent étoffer une longue course-poursuite.



Le lecteur découvre ainsi la première rencontre entre Chas et Alex, ce qui éclaire la nature de leurs relations actuelles. Harris prend le temps de montrer en quoi Baston Duvalier est un adversaire redoutable. La relation entre Chas et Zoe évolue de manière significative. Little Chief prend une décision quant à l'avenir de son peuple. Même le calmar géant refait une apparition pour clarifier son rôle.



Martin Morazzo continue de donner une existence visuelle à cette étrange micro-nation établie sur un tas de déchets flottants, d'une superficie de plusieurs kilomètres carrés. Le lecteur retrouve cette visualisation bien conçue qui permet de voir ces déchets agrégés grâce à la technologie HERO, ainsi que les parties non consolidées, susceptibles de se disloquer sous les pieds des personnages, ou de s'écrouler en avalanche.



Dans cet environnement ainsi rendu crédible, Morazzo dessine des individus aux morphologies normales, avec des vêtements utilitaires ou simples, avec des outils plausibles. Les éléments d'anticipation s'insèrent avec naturel dans ces visuels, permettant au lecteur d'accepter ce qui sort de l'ordinaire, sans soumettre sa suspension consentie d'incrédulité à de trop fortes contraintes.



Il utilise régulièrement des cases de la largeur de la page, dans lesquelles il prend soin d'utiliser toute la largeur pour y porter des informations visuelles. Il n'y a pas simplement une tête de dessinée au milieu de la case, sur un fond uniforme, il y a un arrière-plan qui participe à donner de la profondeur et une notion d'espace.



Grâce aux dessins de Martin Morazzo, le concept de cette micro-nation acquiert de la consistance visuelle, avec une forme de plausibilité satisfaisante dans le cadre d'un récit d'anticipation. Il réussit à faire coexister dans le même environnement des individus normaux (avec des plis un peu prononcés sous le nez), un sol très particulier, des constructions solides sans être monumentales, des indigènes contraints de vivre dans cette île gigantesque et une faune particulière.



À l'issue de ce tome, le lecteur regrette que ce soit déjà la fin de cette histoire, ou du moins de ce chapitre. Il est satisfait de connaître le devenir de New Texas. Martin Morazzo a réussi le pari risqué de faire croire à la possibilité d'une communauté logeant sur un tas de détritus flottant. Joe Harris s'est montré un scénariste ambitieux qui a proposé un concept original dont il a exploré de nombreuses facettes, à commencer par les stratégies délicates d'un despote éclairé pour pérenniser un nouvel état bâti de toutes pièces. Il a développé un personnage central ambitieux et ambigu, mauvais perdant et fin stratège.
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Great Pacific, Tome 2 : Fondation
  09 septembre 2016
Great Pacific, Tome 2 : Fondation de Martin Morazzo
Ce tome fait suite à Trashed! (épisodes 1 à 6) qu'il faut avoir lu avant. Il comprend les épisodes 7 à 12, initialement parus en 2013, écrits par Joe Harris, dessinés et encrés par Martín Morazzo.



Ce tome débute 18 mois après la fin du premier, alors que l'état du Nouveau Texas a accueilli ses premiers immigrants et que la base de vie initiale a mué en un village comptant 704 habitants. Chas Worthington est toujours le président de cette micro-nation, assisté par son ami Alex. Il a réussi à convaincre Zoe de travailler pour lui, en particulier d'enquêter sur les actes de sabotage dont New Texas continue d'être la cible. Il dirige la première réunion de cabinet de ministres pour mettre au point la stratégie qui lui permettra de faire reconnaître New Texas comme une nation souveraine. Il est victime d'un attentat en pleine réunion : une balle de fusil l'atteint en pleine poitrine.



En s'immergeant dans ce récit, le lecteur constate que seul le format de parution (22 pages mensuelles, se terminant à chaque fois sur un suspense donnant envie de revenir le mois suivant) permet de savoir qu'il s'agit d'un comics. Pour le reste, l'histoire, les thèmes abordés, les dessins et la mise en couleurs évoquent plutôt une bande dessinée traditionnelle. Martín Morazzo (artiste argentin) dessine en utilisant un trait d'une épaisseur quasi uniforme pour délimiter le contour des silhouettes et des éléments de décors. Les informations relatives à l'intensité lumineuse, la texture et les variations de profondeur des surfaces sont apportées par la mise en couleurs qui les complète de manière discrète et naturaliste.



Martín Morazzo dessine ses personnages de manière réaliste, sans rechercher le photoréalisme, sans surcharger ses dessins en traits non signifiants ou en détails surnuméraires. Il sait rendre crédible cette petite ville bâtie sur un territoire de déchets flottants, imaginant des bâtiments à 1ou 2 étages, de taille réduite pour prendre en compte le caractère déformable du terrain sur lequel ils sont construits. Faire croire à ce terrain mouvant constitué de déchets semblait au départ une gageure. Morazzo prend bien soin de montrer que les centaines de débris de nature diverse et variée qui forment le "sol" de ce continent, ainsi que l'épaisseur relative de ce terrain. Il ne se limite jamais à un vague sol informe sans texture.



Morazzo effectue un travail de costumier correct, donnant des tenues différentes à chaque personnage, adaptées à ses fonctions, sa stature sociale, son activité (quelques robes de soirée lors de la réception précédant la réunion des Nations Unies). Il sait rendre avec conviction l'ambiance marine de New Texas, que ce soit par les horizons dégagés, le vol d'oiseaux maritimes, ou encore une faune marine réaliste. Sous ses crayons, chaque endroit acquiert un caractère spécifique, même une chambre d'hôtel. Il sait aussi s'astreindre à reproduire l'apparence des lieux connus, comme lors de la visite du bâtiment des Nations Unies, et de sa célèbre salle de conférence en amphithéâtre.



Les personnages ont une morphologie réaliste et des postures vraisemblables. Morazzo effectue un effort particulier pour que le lecteur puisse deviner les états d'âme de Chas Worthington à son langage corporel. Ainsi le poids de ses décisions et de leurs conséquences pèse vraiment sur ce jeune homme. Il représente la violence sans voyeurisme, mais en transcrivant bien son horreur et la douleur qui va avec (en particulier lors des interrogatoires à base de torture, réalisés par les soldats de Chukwu, le président de la Rhodésie de l'Ouest).



Joe Harris peut ainsi se reposer sur les images pour porter une grande partie de la narration qui développe une situation toujours aussi intrigante. Harris joue avec les attentes du lecteur en plaçant cette deuxième partie 18 mois après la création du Nouveau Texas. Ça y est : ce nouveau pays est installé et tout roule. Au fil des séquences, le lecteur prend conscience qu'il n'en est rien. Harris n'a pas abandonné son ambition en route. Chas Worthington est à la tête d'un tout jeune état qui n'a aucune existence légale. Il lui faut entreprendre les démarches nécessaires pour être reconnu autrement que comme une entreprise de recyclage des déchets, et là c'est une autre affaire. Chas Worthington est le personnage principal de ce récit, ce qui en fait d'office le héros... sauf que pas tout à fait. Certes il est victime d'un assassinat, et il se produit plusieurs actes de sabotage sur New Texas (perpétrés par l'association activiste Green X). D'un autre côté, Joe Harris joue là aussi sur les attentes du lecteur en faisant en sorte que son récit prenne un peu de recul sur les conséquences des actions de Worthington. Il y a un de ses conseillers qui lui fait un exposé sur la micro-nation de la République de Minerva qui a existé quelques mois en 1972 (véridique) qui introduit un doute sur le caractère réaliste et réalisable de vouloir créer un nouvel état aussi petit. Il y a les conséquences des détournements de fonds réalisés par Worthington qui lui reviennent de plein fouet. Il y a sa manière peu intelligente de gérer l'effet de l'augmentation des responsabilités qui pèsent sur ses épaules. Il y a encore sa vision de la politique étrangère et les alliés qu'il se choisit (la république fictive de Rhodésie de l'Ouest, les diamants de sang de la Sierra Leone) dont on finit par ne plus savoir si le remède n'est pas pire que le mal, et de loin.



Joe Harris concocte une politique fiction refusant la dichotomie simpliste Bien / Mal, montrant qu'un projet de création d'une nation a des répercussions à l'échelle mondiale, et que le jeune Worthington a plongé directement dans le grand bain, à ses risques et périls (sa future micro-nation n'a pas les moyens matériels et humains pour lutter à armes égales contre de grands pays). Toutes ses convictions sont remises en cause, voire battues en brèche (créer une industrie de recyclage et pérenniser le vortex de déchets du Pacifique Nord n'est-il pas contre-productif par rapport à la réduction des déchets ?). Ce récit ne devient pas pour autant un cours de politique fiction, car Harris n'oublie pas l'action et les intrigues (le sous-marin de Lars et Lucy), un peu de science-fiction ("Hydrocarbon remediation operation" en abrégé "HERO"), et une pincée discrète de surnaturel (Little Chief, Yalafath).



Avec ce deuxième tome, Joe Harris et Martín Morazzo confirment qu'ils ont créé une série originale avec un personnage principal complexe aux objectifs moralement ambigus (ou au moins discutables), dans un environnement très original, avec plusieurs composantes intrigantes.
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Great Pacific, tome 1 : Trashed !
  13 mars 2017
Great Pacific, tome 1 : Trashed ! de Martin Morazzo
Une série écolo sympa et différente
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Great Pacific, tome 3 : Chasse au gros
  05 juillet 2016
Great Pacific, tome 3 : Chasse au gros de Martin Morazzo
Il y a des tonnes de bonnes idées, mais ça manque de tripes globalement ! Comme un sentiment de pas assez !
Lien : http://www.sceneario.com/bd_..
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Great Pacific, Tome 2 : Fondation
  18 novembre 2015
Great Pacific, Tome 2 : Fondation de Martin Morazzo
Ce deuxième volume installe un cadre plus solide et on attend la suite avec impatience !
Lien : http://www.sceneario.com/bd_..
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Great pacific : Tome 1
  19 août 2015
Great pacific : Tome 1 de Martin Morazzo
C'est efficace, avec une narration bien ficelée ! Une série qui demande à être suivie pour se donner le temps de bien se développer !
Lien : http://www.sceneario.com/bd_..
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