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Note moyenne 4.43 /5 (sur 7 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1939
Biographie :

Roberte Hamayon est une anthropologue française, Directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études (EPHE), dans la section Sciences religieuses (Religions de l'Asie septentrionale), et ancienne directrice du Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Ses recherches portent entre autres, sur le modèle chamanique, substrat religieux traditionnel des peuples autochtones de Sibérie et de Mongolie. Après un premier séjour en Mongolie en 1967 puis dans la République de Bouriatie en Sibérie orientale en 19671, elle participe à la création du Centre d'études mongoles et sibériennes en 1969, puis en prend rapidement la direction jusqu'en 2007.

1990 "La chasse à l'âme : esquisse d'une théorie du chamanisme sibérien"
2007 "Le chamanisme : ou l'art de gagner sa chance grâce à des partenaires imaginaires"
2012 "Jouer. Une enquête anthropologique"
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Le lien souple de l'âme à sa lignée

Selon cette conception, l'âme individuelle ne peut, à l'issue de son recyclage posthume, passer d'une espèce à l'autre pour en “animer” un membre : ce serait contredire la notion même d'espèce et contrevenir à l'établissement de relations stables entre espèces. Cependant, lors de cette phase de recyclage où elle est libre d'attache corporelle, l'âme est censée pouvoir emprunter d'autres corps que ceux de son espèce pour y loger ou pour se déplacer. Ainsi les Mongols imaginent les âmes des morts voyageant accrochées aux poils ou aux plumes d'animaux sauvages. Il n'y a pas pour autant “transformation” ou “métamorphose”.

La force vitale logée dans la chair nourrit l'âme du vivant

Être en vie implique de se nourrir. La chair du gibier qui nourrit le corps des humains est le support concret de la « force vitale » qui nourrit leur âme. Il y a interdépendance entre chair et force vitale comme entre corps et âme durant le temps de la vie. Les peuples samoyèdes de Sibérie occidentale nomment le renne sauvage « ce dont on vit ». En français, “viande” vient du verbe latin vivere, « vivre ». La notion de force vitale est souvent confondue, mais à tort, avec celle d'âme individuelle, parce que de nombreuses langues emploient le terme “d'âme” dans les deux cas (ainsi le français parle aussi bien « d' âme sœur » que de « force d'âme » ou de « manque d'âme »). À la différence de l'âme, la force vitale n'est pas une entité fixe et autonome ; elle peut varier en qualité et en quantité chez un même individu selon les circonstances.

p. 75/76
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Les relations verticales

Cela explique pourquoi le christianisme orthodoxe et le bouddhisme ont pénétré chez les peuples pasteurs de Sibérie, alors qu'ils n'ont pu le faire chez leurs voisins chasseurs. Partout, la présence d'un mode de vie reposant sur la transmission de biens matériels au fil des générations et par conséquent l'importance des âmes de morts dont on hérite constitue un terrain favorable à l'intégration d'entités spirituelles supérieures à celles issues de défunts humains.

Intégration parmi les ancêtres ou au-dessus d'eux

Les ancêtres sont par définition considérés comme des instances spirituelles situées au-dessus de leurs descendants vivants. Ils concrétisent une vision hiérarchique qui permet de concevoir d'autres instances spirituelles situées au-dessus des ancêtres. Et si les ancêtres d'un clan, fondus dans une collectivité anonyme, ont autorité sur leurs descendants membres vivants de ce clan, les instances spirituelles posées comme supérieures à eux auront autorité sur un ensemble de clans, voire sur toute la société.

Intégration d'individus délaissés, tels les saints

Quant aux âmes de morts qui n'ont pu recevoir le statut d'ancêtre, elles se voient adresser individuellement un culte qui vise à leur donner une place et un rôle dans le monde des instances spirituelles, comme certains saints, sanctifiés en raison de leur vie tragique ou de leur mort précoce. Elles sont donc, à la différence des ancêtres, identifiées par un nom qui leur est personnel, comme le sont les saints. Elles sont censées être transformées par le culte qu'elles reçoivent en protectrices des humains qui le leur rendent, comme certains saints.

p. 140
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Une conception animiste du monde naturel

L'évidence de la chaîne alimentaire est le fondement empirique de la démarche qui conduit les humains à établir des relations avec les espèces gibier pour pouvoir vivre de chasse.

Ce qui rend possible d'établir de telles relations est la conception animiste inhérente au chamanisme. Selon cette conception, le corps animal est “animé” par une composante spirituelle individuelle ou “âme” semblable à celle qui anime le corps humain. Les âmes animales sont pensées homologues des âmes humaines en nature et en fonction, et spécifiques de chaque espèce. La notion d'être animé couvre à la fois celle « d'avoir une âme » et celle « d'être en vie ». Mais l'âme est conçue à la fois comme nécessaire à la vie du corps et survivant à sa mort.

L'âme logée dans les os est recyclée après la mort Chez les animaux comme chez les humains, l'âme individuelle est censée résider dans les os et survivre à la mort du corps pour revenir, plus tard, vivre une nouvelle vie sur terre. Aussi en prend-on grand soin à la mort : on dépose les corps humains et les crânes animaux sur des « tombes aériennes » pour ne pas enfermer les âmes. À son retour sur terre après une sorte de recyclage posthume, chaque âme revient “animer” un nouveau corps de la même lignée humaine ou de la même espèce animale ; ainsi les ossements qui sont le réceptacle de l'âme pendant son recyclage posthume représentent-ils la continuité de son espèce d'appartenance.

p. 74/75
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
La vie de chasse dans la taïga sibérienne

Au fil des sources s'installe l'idée que la vie de chasse dans la taïga « uniformise » la culture des peuples qui y vivent, marqués par une faible démographie, une organisation sociale égalitaire et l'absence de pouvoir central. C'est seulement dans ce type de société que le chamanisme constitue un système religieux à part entière, opérant au niveau global de la communauté tout en imprégnant la vie quotidienne de ses membres.

Représentative de la vie de chasse en général, la vie dans la taïga se caractérise en outre par l'immensité de l'espace, très peu peuplé, et par la nature du gibier comestible. Le « gibier par excellence » est constitué des grands cervidés (élan et renne) et des gallinacés (tétras).

Une activité à la fois technique et religieuse

Vivre directement des ressources offertes par l'environnement naturel revient à prélever dans un “donné”, ce que l'on ne saurait faire sans prendre des précautions dans l'instant ni sans se préoccuper de la réapparition de ce donné naturel dans l'avenir. C'est pourquoi la chasse ne peut être une activité purement technique ; elle est aussi, de façon nécessaire et indissociable, une activité religieuse. Celle-ci doit rendre légitime le fait de prélever dans le donné naturel tout en en garantissant la perpétuation ; c'est la raison d'être du chamanisme en tant que système religieux « central » dans une société vivant majoritairement de chasse.

p. 72
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Cyril_lect   29 mai 2017
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
"Chamane" est le nom que les peuples toungouses de Sibérie orientale donnent à leur principal rituel. Le même type de personnage se rencontre, sous d'autres noms, chez les peuples voisins.

p. 15
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Un échange de nourriture avec les espèces gibier

Entrer dans une relation d'échange avec les espèces gibier constitue la fonction chamanique essentielle. Les peuples sibériens résument la conception de cet échange ainsi : de même que les humains se nourrissent de gibier, de même les esprits des espèces sauvages se nourrissent de la force vitale portée par la chair et le sang des humains. Ainsi, l'échange est proclamé symétrique et réciproque. La consommation mutuelle préserve l'intégrité de chaque espèce tout en garantissant un temps de vie à chacun de ses membres.

L'objet des grands rituels chamaniques est d'instaurer cet échange et d'en gérer le déroulement en sorte d'allonger au maximum le temps de vie des humains.

Une simple prise de viande

Tout dans la conduite du chasseur vise à souligner qu'il ne prend du gibier que la chair. Il ne dit jamais qu'il “tue” sa proie et dispose ses restes osseux en forêt avec le plus grand soin pour que son âme s'échappe de son corps, se recycle et revienne ensuite dans un nouvel animal de son espèce. Il se défend de supprimer un animal et revendique d'agir pour préserver l'espèce. Ainsi l'échange est-il loin d'être perçu comme illustrant l'adage « la vie des uns se paie de la mort des autres » ; bien au contraire, il est conçu comme assurant le renouvellement de la vie de part et d'autre grâce à la consommation mutuelle.

p. 77
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Le chamane, agent de la bénédiction ancestrale

L'intervention du chamane est courte mais essentielle. Elle consiste à introduire dans le ventre de l'animal qu'un couteau vient de fendre un végétal purificateur, en invitant par son chant l'âme de l'animal à se laisser emmener jusqu'aux ancêtres dédicataires. L'objectif visé est de faire pénétrer dans la viande de chaque animal la “bénédiction” des ancêtres du lignage qui l'a offert. La part de viande imprégnée de la bénédiction ancestrale que reçoit chaque famille membre lui garantit la solidarité des morts et des vivants du lignage auquel elle appartient.

Aussi, ne pas participer à ce rituel serait s'exclure de sa parenté et se priver de son soutien. Des récits racontent que des familles écartées du rituel envoient leurs chamanes dérober des morceaux de viande sacrificielle bouillie dans le chaudron du foyer lignager pour ne pas être privées de la protection ancestrale que cette viande concrétise.

La viande domestique est, comme la viande sauvage, un support de bien symbolique aléatoire, mais la “bénédiction” ou “grâce” des ancêtres est associée à la soumission de l'éleveur alors que la “chance” l'était aux qualités personnelles du chasseur.

p. 117
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Les prières aux ancêtres protecteurs

Louanges et complaintes

Tout éleveur doit dès l'enfance mémoriser sa généalogie pour être à même de la réciter devant les aînés et la rappeler en cas de conflit territorial. Les noms des ancêtres y sont souvent accompagnés de l'évocation de leurs hauts faits. Les invocations que les aînés adressent à leurs ancêtres lors des rituels collectifs commencent par la mention de leur nom et de leur territoire pastoral et se poursuivent par des demandes explicites de protection.

Celles-ci sont remarquables par leur formulation négative, qui contraste avec la formulation positive des souhaits de chance formulés par les chasseurs.

« Protégez nos chevaux des voleurs et des loups !

Au loup qui traîne sa longue queue, émoussez les dents acérées !

Au voleur qui traîne sa longue perche à lasso, raccourcissez le lasso ! »

« Devant nous soyez vigiles, derrière nous soyez ombres,

Ne nous laissez pas mordre par les chiens, empêchez les méchants de nous nuire. » « Dites ce que nous n'avons point dit, pensez ce que nous n'avons point pensé, Comprenez ce que nous n'avons point compris. »

Serguei P. Baldaev, Trois fragments d'invocations bouriates.

p. 114 /15
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Remarques sur la fatalité de la mort humaine

Mourir sans descendance priverait l'âme d'un humain de la possibilité de revenir animer un nouveau membre de sa lignée : frustrée, son âme serait alors imaginée avide de vengeance.

Avec la mort, la force vitale disparaît. Les rituels funéraires maintiennent l'âme dans les os. Les commémorations successives expriment les précautions prises pour canaliser la sortie de l'âme, son recyclage et son retour. Leur nombre, leur nature et leur calendrier varient selon le type de mort et le type de société.

Le parcours de recyclage posthume de l'âme

En principe, ces commémorations suffisent à engager l'âme du défunt qui a des descendants vivants dans le parcours de recyclage posthume qui la fera revenir pour animer un nouveau membre de sa lignée. Aucune intervention chamanique n'est nécessaire.

La marque du retour parmi les vivants

Chez les peuples mongols, une grande attention est portée à la tache bleue dite « tache mongolique » qui est visible à la naissance dans le bas du dos du nouveau-né et disparaît après quelques mois. Certains parents disent y découvrir l'identité-de l'ascendant dont l'âme est “revenue” dans le nouveau-né.

p. 107
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Ledraveur   29 décembre 2021
Le chamanisme : Fondements et pratiques d'une forme religieuse d'hier et aujourd'hui de Roberte Hamayon
Aux frontières de la taïga avec la toundra au nord et la steppe au sud, l'élevage occupe une place croissante. La dépendance des humains à l'égard du bien aléatoire qu'est le gibier décroît, et avec elle l'obligation de se donner eux-mêmes aux esprits en contrepartie du gibier qu'ils les ont laissés prendre. C'est l'essor du sacrifice. En échange de l'héritage en troupeaux et pâturages reçus des ascendants, l'éleveur sacrifie à leurs âmes des animaux domestiques.

La vision du monde égalitaire qui menait le chasseur à s'allier avec les esprits des espèces gibier pour instaurer un échange réciproque cède peu à peu du terrain à une vision du monde hiérarchique qui subordonne l'éleveur à ses ascendants (comme le bétail à l'éleveur). Pour obtenir leur protection, l'éleveur leur adresse des invocations. C'est l'essor de la prière.

Et c'est aussi, plus largement, l'essor des relations entre les vivants et les morts. Il en est ainsi ailleurs dans le monde : l'adoption de l'agriculture, comme celle de l'élevage, va de pair avec des changements similaires dans la vision du monde, l'organisation de la société et la pratique rituelle.

p. 111
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