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Luc Pire


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viou1108_aka_voyagesaufildespages
  21 septembre 2021
Juste un passage au JT de Marius Gilbert
Mais qu'est-ce qui m'a poussée à vouloir lire ce livre ? Qu'est-ce qui a pu me donner envie de me souvenir de ces jours de mars 2020, des débuts d'une pandémie et de sa collection de mesures sanitaires dont on ne voit toujours pas le bout 18 mois plus tard ? de me rappeler l'anxiété, l'isolement, la sensation d'inexistence, le manque de vrais regards, l'ambiance de fin du monde dans une ville quasi-morte, ma trouille chaque fois que le numéro de la maison de repos de ma mère s'affiche sur mon téléphone ?



Ce qui m'a poussée, donc : le nom et la personnalité de l'auteur, et mon envie de comprendre un peu plus, un peu mieux, le pourquoi du comment, le sens peut-être, de ce que le Covid-19 nous a infligé.



Marius Gilbert est l'épidémiologiste belge francophone qui a été le plus médiatisé pendant la crise du corona. Invité régulièrement aux JT, en radio ou dans les journaux, pour décoder tant l'épidémie que la gestion de celle-ci par le politique*, il a toujours fait preuve de beaucoup de pédagogie, de respect envers ses interlocuteurs, de modestie et d'autocritique quand il s'agit de reconnaître une erreur d'appréciation ou le fait que la science n'a pas réponse à tout, avec un ton toujours mesuré et constructif, évitant d'alimenter les polémiques.



Pour toutes ces raisons, il est fort apprécié du grand public (moi y compris), parce que ce qu'il dit et explique sonne "vrai" et apaise même quand les nouvelles sont mauvaises. Ce qui n'est pas exactement le cas du langage politique, cacophonique, inconstant, décalé de la réalité de beaucoup de citoyens.



Dans son livre, Marius Gilbert revient sur son vécu de la pandémie, depuis ce fameux JT du 12 mars 2020 où le confinement général allait être annoncé (on ignorait alors que ce n'était que le premier), jusqu'à l'été 2021. de la plongée dans les incertitudes d'une maladie encore peu connue, jusqu'à l'arrivée des vaccins (mais qui ne sont qu'une partie, certes indispensable, de la solution), en passant par l'hypermédiatisation, les difficultés des scientifiques à se faire entendre/comprendre du politique, les multiples intérêts en jeu, la communication bancale vers la population, la pression énorme, la responsabilité générée par sa nouvelle notoriété, ses propres doutes et angoisses, il dresse en toute transparence une sorte de bilan rétrospectif de son expérience de la crise. Mais ce livre n'est pas qu'un journal de bord, il (ré-)explique, en termes clairs, la dynamique d'une épidémie et ses notions de base, la nature de la démarche scientifique, déconstruit quelques fausses bonnes idées (telles que "les hôpitaux sont saturés ? Il suffit d'ajouter des lits" ; "il suffit de protéger/isoler les plus fragiles", "pourquoi ne fait-on pas comme en Suède ?",...), montre la complexité de la comparaison des chiffres d'un pays à l'autre. Critique, il pointe du doigt la défaillance de la précédente Ministre de la Santé, la mauvaise communication des autorités, incapables de se mettre à la portée de (certaines franges de) la population déboussolée et à bout de nerfs, et le débat scientifique qui aurait gagné à se dérouler dans une sorte de conférence permanente plutôt que par médias et réseaux sociaux interposés.



Et puisqu'il faudrait que la solidarité, dont nous avons su faire preuve au début de la pandémie pour protéger les plus vulnérables d'entre nous, l'emporte sur l'individualisme ambiant, la perte de cohésion sociale et les clivages anti ou pro-vax, anti ou pro-pass sanitaire; parce qu'il y aura inévitablement d'autres crises globales, sanitaires, écologiques ou migratoires, et qu'on ne pourra les surmonter que collectivement, Marius Gilbert propose quelques pistes : accroître la participation citoyenne aux processus de décision, diversifier les expertises et les mettre en débat (ne pas se limiter aux sciences biomédicales mais faire appel aux sciences humaines), "réenchanter la science" pour la mettre à la portée de tous et participer ainsi à une meilleure compréhension du monde.



De belles paroles, de grandes idées mais complexes à mettre en oeuvre ? Certes. Peut-être. Personnellement je ne suis pas une grande optimiste. Mais qui suis-je, et qui sait ?



En attendant, je peux vous dire que ce livre est limpide, nuancé, intelligent, que les raisonnements sont exposés avec rigueur et solidement étayés (et ça, en tant que juriste, j'adore ;-)), et donc convaincants. Et le principal peut-être : en plus de nourrir le cerveau et la réflexion, les propos de Marius Gilbert sont empreints de sincérité, d'humilité, d'humanité. Par les temps qui courent, ça force le respect, et c'est toujours ça de gagné sur l'âpreté du monde.



*en connaissance de cause, puisque pendant les 6 premiers mois de la crise, il a fait partie du groupe d'experts conseillant les autorités belges
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HypathieBlog
  17 septembre 2021
Et toujours ce fichu voile ! de Nadia Geerts
Dans cet ouvrage, la philosophe belge revient sur les évolutions de la loi concernant le voile islamique "signe convictionnel" d'une religion. " Le voile islamique est le b-a ba de la prédiction islamique", un "prescrit", l'obsession de l'Islam politique qui veut rendre l'Islam visible, dans les espaces publics, à l'école, dans l'enseignement supérieur, au parlement, dans le sport, qui prescrit même le voilement des fillettes, hypersexualisation que Nadia Geerts compare aux concours de mini miss interdits dans la plupart des pays européens, car l'enfance doit être préservée de la sexualisation ; elle compare les deux systèmes belge (monarchie constitutionnelle dont les rois sont catholiques mais "neutres") et français (république laïque avec une loi séparant clairement les églises et l'état qui ne reconnaît aucun culte, le renvoyant au privé, à l'intime, en rappelant au passage que la loi de 1905 française combattait moins la religion que le pouvoir clérical tout-puissant à l'époque) en montrant une préférence pour le système républicain garant des libertés tout en interdisant dans ses enceintes républicaines tout signe religieux ostentatoire. L'école est un espace symbolique séparé de celui de la famille, de la mosquée ou de l'église, de la plage ou de la rue ; en entrant dans l'enceinte scolaire, l'enfant passe de l'autorité des parents à celle du corps enseignant, l'autorité parentale s'est toujours arrêtée à la porte de l'école, affirme Nadia Geerts.

L'autrice sépare clairement les deux sphères et réfute fermement les arguments des religieux : oui, le voile est un message explicitement sexuel, non on n'a pas à laisser les petites filles "faire comme maman", argument utilisé par les idiots utiles de l'Islam politique : les mêmes laisseraient-ils une fillette aller à l'école juchée sur des talons aiguilles, maquillée et apprêtée avec du rouge à lèvres ? Les tenants du voile sont renvoyés à la bigoterie communautariste obsédée par la biologie, au fanatisme de la différence, promouvant de plus une image des hommes incapables de contrôler leurs "pulsions" sexuelles forcément bestiales !

La comparaison avec le fichu de nos grands-mères des années 60 ne tient pas, pas plus que le voile des religieuses qui sont du clergé et ne prétendent pas exercer les métiers de policière, avocate, magistrate, banquière ou footballeuse ; elles exerçaient majoritairement les métiers d'enseignantes ou soignantes parce que ce sont elles qui les ont inventés à destination des plus pauvres, et s'il en reste quelques-unes pour les exercer encore, c'est dans un contexte séculier, en présentant les diplômes requis et en se conformant à leur dress code professionnel actuel.

Car toutes les professions ont un dress code : on ne va pas travailler à la banque en maillot de bain, mais le moniteur de natation oui, avec en plus un bonnet de bain, la commerciale est en tailleur ou costume cravate comme le banquier, et l'avocat porte une robe noire comme toutes les professions magistrales, assortie d'un jabot blanc, tête nue, ou portant perruque chez les anglo-saxons, et ce n'est pas négociable comme l'a précisé une jurisprudence face à une avocate revendiquant de porter le voile dans le prétoire. Il n'y a donc aucune raison pour qu'il n'y ait pas un dress code à l'école aussi.

L'autrice rappelle que le voile porté en Occident rate le but pour lequel il est prescrit : effacer les femmes de l'espace public lorsqu'elles sont contraintes de sortir pour des déplacement courts et purement utilitaires dans les théocraties musulmanes ; ici au contraire, il attire immanquablement le regard et les signale aux passants comme le nez au milieu de la figure. Pour Nadia Geerts, le libre choix mis en avant par les libéraux pour justifier le port du voile (mon corps, mon choix, mon voile, en détournant d'ailleurs le slogan des féministes matérialistes universalistes et de leurs combats collectifs) est un détournement opportuniste libéral, et l'expression "féministe musulmane" une supercherie, un oxymore.

Ferme sur les principes démocratiques qui permettent de vivre ensemble sans opposer à l'autre nos croyances, Nadia Geerts rappelle opportunément que tout choix engage celle ou celui qui le fait et qu'il oblige forcément à certains renoncements. Revendiquer de ne pas enlever son voile et vouloir dans le même temps, dans des pays sécularisés, recevoir le même traitement en matière d'embauche et d'emploi, d'engagement dans des associations défendant les droits des femmes par exemple, pour ne citer que cela, relève de l'inconséquence et de l'irresponsabilité. Pour faire bonne mesure, et pour respecter l'égalité des sexes, l'autrice refuse, pour les mêmes raisons et dans les mêmes circonstances, le port de la barbe islamiste arguant qu'en général elle est portée avec un qamis et que l'ensemble permet qu'on ne confonde pas cette barbe avec celle des hipsters parfaitement reconnaissables eux aussi par une vêture générale qui n'a rien à voir avec une quelconque tenue islamiste.

Nadia Geerts plaide pour une interculturalité plutôt que pour la multiculturalité sans cesse revendiquée par les différentialistes / relativistes culturels.

Une ouvrage indispensable pour bien recadrer les débats actuels sur les signes communautaires. Nadia Geerts revendique fort l'universalisme et le droit à l'indifférence dans et pour une société apaisée.

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M_a_r_c
  14 septembre 2021
La femme de Gilles de Madeleine Bourdouxhe
Ecrit en 1937, La Femme De Gilles est d’abord un portrait avant d’être un roman. Le portrait d’une femme amoureuse. Elisa. Qui s’efface totalement devant l’être aimé, son mari. Qui ne lui demande rien. Qui ne lui reproche rien. Parce que tant qu’elle ne lui demande rien, tant qu’elle ne lui reproche rien, elle laisse intact cet amour auquel elle tient plus que tout.



Même quand Gilles la délaisse pour une autre, même quand cette autre est sa propre sœur, Elisa ne dit rien. Elle attend. Que Gilles se lasse de Victorine. Que leur amour renaisse. Et que la vie redevienne comme avant. Prête à tout endurer. Prête à trop endurer. Jusqu’à devenir la confidente de l’infidélité de Gilles. Parce qu’Elisa vit d’espoir, l’espoir de le ramener ainsi à elle.



Les cœurs purs verront dans le portrait d’Elisa un amour sacrificiel, confinant au sublime. Ceux qui, comme moi, ont laissé aux chiottes leur pureté et toutes les fadaises qui l’accompagnent seront plus réservés et verront probablement cet amour d’un œil différent.



Les plus pragmatiques concluront qu’Elisa est tout simplement idiote et que son raisonnement ne peut que la conduire à revivre encore et encore pareille histoire. Si on te frappe sur la joue droite…



Ceux qui replaceront le récit dans son contexte socio-historique verront en Elisa non seulement une modeste épouse d’ouvrier du début du XXe siècle, aux facultés probablement limitées, mais aussi une femme totalement inféodée à son mari, auquel elle donne tout pouvoir sur elle, sur leur couple, sur leur famille. En ce sens, La Femme De Gilles peut éventuellement se lire comme un roman féministe, dénonçant la condition de la femme à une époque pas si lointaine de la nôtre.



Peut-être encore certains considéreront-ils Elisa, considérant ce qu’elle accepte, comme plus perverse qu’idiote. Et plus manipulatrice que soumise, elle qui, quitte à s’abaisser, préfère savoir, tout en feignant de comprendre, d’accepter, pour n’avoir même pas à pardonner. Et surtout pour garder sur son mari le plus d’emprise possible. Jusqu’à devenir complice ou presque de ses frasques. Infidélité d’un côté. Manipulation de l’autre ?



Je force – un peu – le trait en évoquant ces différentes interprétations. Qui m’ont cependant traversé l’esprit durant ma lecture.



J’ai trouvé La Femme De Gilles, dans ses premières pages, plein d’une beauté fragile que j’aurai voulu voir s’épanouir. Malheureusement, l’intensité du récit a décru à mesure qu’Elisa s’empêtrait dans une abnégation sans borne ni issue.



Une lecture en demi-teinte, pour un roman (très) bien écrit mais ne tenant pas toutes ses promesses.


Lien : https://livrelecteur.wordpre..
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