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BVIALLET
  24 novembre 2022
Ecrits politiques (1928-1949) - Sur le socialisme, les intellectuels et la démocratie de George Orwell
Après la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne se retrouve avec un outil industriel obsolète. Elle s'est laissée distancer par les Etats-Unis et se retrouve soudain avec deux à trois millions de chômeurs, souvent d'anciens militaires à qui on avait promis un avenir radieux, une fois la paix revenue ! Ces gens bénéficient d'abord d'une indemnité chômage de misère qui ne dure que pendant 26 semaines, mais que certains leur reprochent. le terme échu, il ne reste à ces malheureux que la perspective de la mendicité (d'ailleurs interdite), le vagabondage et l'asile de nuit où ils ne peuvent séjourner qu'une seule nuit sur trois mois, ce qui explique l'obligation de l'errance. le lecteur remarquera par cette description que déjà dans les années trente, le capitalisme triomphant causait des dégâts sociaux énormes en mettant en compétition les économies. Ce chômeur en fin de droit devient par la force des choses un « tramp », un vagabond, un clochard, un SDF. Il n'a ni emploi, ni famille, ni domicile, il ne possède rien que les pauvres loques qui couvre mal sa carcasse. Il se nourrit de pain et de thé, fume des mégots et ne peut même pas s'offrir une bière s'il a soif. À l'époque, aucun mondialiste à la Klaus Schwab n'aurait osé prétendre « qu'il ne possédait rien, mais qu'il était heureux » !

« Ecrits politiques » est un recueil de 44 textes écrits entre 1928 et 1949 et publiés pour les premiers sous le véritable patronyme de leur auteur, Eric Blair. le lecteur y trouvera de la correspondance, des recensions d'ouvrages divers et variés, des articles plus politiques voire plus philosophiques, des analyses de partis et même des prédictions style almanach pour l'année 1946. le tout complété par un glossaire, en fait un index avec biographie de tous les personnages évoqués, des ouvrages, journaux et partis politiques anglais et autres. Les principaux thèmes abordés sont : 1/ la guerre d'Espagne à laquelle Orwell participa dans les rangs du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste). Il y fut blessé à deux reprises et ne dut sa survie qu'à la fuite quand les communistes bolcheviques commencèrent à liquider ses compagnons de combat. Textes particulièrement intéressants du point de vue historique.

2/ la misère ouvrière, les problèmes sociaux et leurs éventuelles solutions.

3/ la défense de la liberté d'expression. Il précise bien que « 1984 » est une parodie, une satire, imaginée volontairement en Angleterre, car il visait tous les totalitarismes sans exception et surtout pas uniquement le communisme.

4/ le rejet et la condamnation sans appel du colonialisme. Là encore, il fut un témoin fort bien placé, ayant été fonctionnaire territorial en Inde avant l'indépendance.

5/ les rapports entre littérature et politique.

Même si certains textes sont datés, même si certains personnages évoqués sont pratiquement oubliés, même si l'on n'est pas toujours d'accord avec toutes les prises de position, ce genre d'ouvrage garde encore un intérêt à la fois historique, sociologique et politique, sans parler du style limpide et de la puissance de la pensée. Pour les fans du maître.
Lien : http://www.bernardviallet.fr
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ErnestLONDON
  24 novembre 2022
Plaidoyer contre l’urbanisme hors-sol et pour une architecture raisonnée de Olivier Barancy
Olivier Barancy pose un regard intransigeant sur l’architecture contemporaine, pointe les causes de ce qu’il considère comme une dérive et suggère des pistes modestes et respectueuses (de l’environnement comme des habitants) pour rendre de nouveaux les villes viables. Sage contribution à un débat toujours esquivé, à des questionnements trop souvent escamotés par des « démiurges » qui ne produisent plus des lieux à vivre mais à regarder.
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hervethro
  21 novembre 2022
1984 de George Orwell
On a tous lu (ou pensé avoir lu) ce roman écrit en 1948 (paru en 1950) dont l’action se déroule en 1984.

Trente cinq ans plus tard, le jeu consiste à vérifier si Orwell avait eu du «nez ».

Je résume en deux phrases cet univers utopique décrit dans le livre : une classe dominante (les membres du parti), elle-même divisée en deux niveaux et la masse du peuple (les prolétaires). Partout des écrans à double sens : ils servent autant de télévision que sont des yeux pour épier le moindre geste, la moindre parole.

On peut noter déjà une différence entre les membres du parti, qui effectuent des tâches intellectuelles (même si elles sont parfois ennuyeuses), soumis à cette orthodoxie : le parti, symbolisé par le visage immense de Big Brother, a toujours raison, et la masse des prolétaires, survivants dans la misère la plus totale mais non soumis à cette impitoyable surveillance. La liberté de ceux qui n’ont rien et représentent aucune menace.

En 2019, le monde se divise en deux parties : au Nord, des pays riches ne fabriquant plus rien, conceptualisant et dirigeant le reste du monde où l’on s’échine à produire les objets à moindre coût ou extraire la matière première de sols bientôt saturés. Nos sociétés gouvernantes sont truffées de gadgets censés nous simplifier la vie, mais pouvant tout aussi bien nous en rendre plus dépendants : téléphone mobile, Gps, carte bleue… Autant de manières de mieux nous cerner. Dans un unique but : consommer toujours plus.

Ca, Orwell ne l’avait pas prévu. Il fonde son 1984 sur le modèle soviétique, étatique et non pas sur un libéralisme qui a remporté la guerre froide.

La deuxième partie du roman s’apparente aux plus sanglantes années du régime soviétique. On pense nécessairement à Koestler (le zéro et l’infini – à relire aboslument) lors du procès/interrogatoire de Winston.

Le travail du héros est de modifier continuellement les archives , l’Histoire : le parti doit toujours avoir raison.

La multiplicité des sources media à notre disposition (chaines de télé, internet) participe au même mouvement. Si la censure a disparu, c’est pour noyer la vraie information dans un océan de nouvelles sensationnelles : on s’y noie. Certains mettent en doute l’intégrité et la véracité de certains faits (Wikipedia par exemple).

Dans 1984, il est extrêmement mal vu de ne pas participer à des manifestations collectives. Etre seul est soupçonnable.

On retrouve cet état dans nos sociétés où chacun emploie une énergie phénoménale à se divertir, en rester en « contact ». Mais, au final, l’atomisation a fait son chemin. Nous avons des centaines d’amis virtuels sur Facebook mais difficile de trouver quelqu’un pour partager un simple apéro.

Une société totalitaire cherchera toujours à contrôler l’individu, qu’il ne pense pas par lui-même. Le parti dicte sa loi.

La publicité, le merchandising, les actions commerciales de nos pays consommateurs ne fonctionne pas sur le même principe ? Chacun doit rentrer dans les cases prévues à cet effet, avoir le bon profil, faire partie d’un secteur commercial précis.

Au-delà de ce double constat, Orwell pose la question de la place de l’individu dans une société. Un équilibre à trouver entre l’égoïsme et le communautarisme, parvenir à s’épanouir tout en apportant aux autres.

1984 est un traité philosophique sur le pouvoir.

Le maitre-mot du roman est la double pensée. Etre capable de penser tout et son contraire. « Plus vaste est la compréhension, plus profonde est l’illusion ». Certains dirigeants ont élevé très haut cette notion schizophrénique.

Dans notre monde, en est-il autrement ? N’avons-nous pas des pensées, des idées contradictoires ? Ne serait-ce que pour supporter un travail qui ne nous convient pas mais permet de payer notre train de vie. « Perdre sa vie à la gagner » disent les écologistes. Pour ne pas devenir fou, nous manions à longueur de journée la « doublepensée ».

Dans 1984, Winston rencontre Julia. L’amour comme arme contre le barbarisme. Ce n’est pas nouveau. Personne ne pourra nous enlever les sensations d’une séance de sexe. Aucune torture ne parviendra à pénétrer notre cerveau, notre cœur. L’amour, si .

Mais tout n’est-il pas joué d’avance chez Orwell ? Et chez nous ? Pas si sûr.

Enfin, les passionnés et étudiants en linguistique devraient retenir 1984 comme livre de chevet. Le Novlangue, censé remplacer l’anglais, est la seule langue qui se réduit au fil des nouvelles éditions de dictionnaire. Qui mieux qu’une langue peut influencer la pensée ? Nous pensons par des mots avant même qu’ils ne soient prononcés. Plus une langue est riche, plus la pensée est féconde et profonde. Plus un monde comporte de langues différentes, plus la diversité des peuples est respectée.

A l’heure du langage SMS, on est en droit de se demander si nous ne sommes pas déjà… en 1984 !

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