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Dernières critiques
Walex
  21 février 2021
Tous nos corps : Histoires ultra-courtes de Guéorgui Gospodinov
Bon, pour être direct, le livre a été présenté (dixit l'éditeur) comme « un recueil d'une centaine de micro-fictions environnementales », et en ce sens, c'est une bien grosse déception, et même une très belle farce ! Quelques textes ont bien l'apparence de fictions (surtout sur la seconde moitié), quand à l'aspect « environnemental », voilà un terme abusif et bien trompeur…

Cela dit, si l'on prend ce livre comme une série de micro-réflexions, écrits autour des observations de l'auteur lors de ses pérégrinations ces deux dernières décennies, et qui n'ont pas pour prétention de radicalement nous changer notre perception du monde, c'est plutôt correct, voire parfois même plutôt bon.





Ma sélection de courts textes :

- Tous nos corps

- Jusqu'à la porte

- Lait

- Dîner

- L'ange des livres non lus

Et quelques micro-réflexions : Nouvelles inquiétudes, Terre natale, Août, Dernières illuminations





Livre découvert à l'occasion d'une opération Masse critique.
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Slava
  18 février 2021
La déesse des marguerites et des boutons d'or de Martin Millard
Entre Athènes et Sparte, rien ne va plus dans la Grèce du Veme siècle avant Jésus-Christ, ces deux cités se vouent une guerre redoutable qui épuise leurs économies et impactent le quotidien de leurs habitants. Les Atheniens surtout ressentent plus de dureté à ce conflit dont notamment l'un des plus illustres, le dramaturge Aristophane qui s'apprête à présenter sa dernière comédie intitulée la Paix aux prochaines Dionysies, un festival de théâtre et espère gagner le concours en première place, lui qui n'a toujours décroché que les seconds prix. Or ce qu'il ignore est qu'il n'est pas le seul à se préoccuper de son réussite éventuel, même les dieux s'en mêlent : la déesse Athèna a flanqué sa favorite Bremusa une Amazone et Métris une nymphe pour qu'elles aident Aristophane à gagner et ainsi sauver la paix qui est gravement menacé par un mauvais esprit en l'occurrence Laet petite-fille de l'ingérable Eris...

Voilà le synopsis bien original de ce roman de Martin Scott qui mêle mythologie grecque, conflit politique, scène théâtrale et humour moderne... et avant tout un récit sur l'importance et la difficulté d'amener la paix dans un monde conflictuel. Car au cours de notre récit, on s'aperçoit qu'en fait ils sont bien rares tous ceux qui réclament la paix : plus nombreux sont les profiteurs et autres belligérants qui préfèrent poursuivre la guerre quitte à détruire la vie et la raison de leurs concitoyens plutôt que de perdre leur amour-propre et leur fierté... des manoeuvres qu'on retrouve de nos jours et dont on voit qu'ils n'ont pas vieilli. Laet est une déesse bien sournoise et vilaine mais ce sont bien les humains qui l'invoquent qui sont bien pires qu'elle.

Martin Scott nous fait entrer dans l'univers athénien antique, dans son quotidien surprenant où les banquets se célèbrent avec force de fleurs qu'on couronne les têtes et jettent partout sur le sol où encore les ports qui bruissent mais c'est surtout celui du théâtre grec dont le spectacle comme les coulisses sont loin d'être tout repos : notamment l'intêret crucial et qui nous paraissent bien incongrues aujourd'hui mais fort populaire en ce temps-là des faux phallus géants qui doivent fonctionner sur commande (comme le démontre une scène bien marrante sur le sujet). La comédie est bien trivial mais attire du monde, hommes comme femmes et aborde les questions actuels comme la pièce de notre Aristophane, La Paix dont les amateurs ne pourront qu'apprécier la voir montés en scène dans le contexte.

Nous suivons une galerie de personnages hauts en couleurs. Bien sûr Aristophane dont on est goguenard de ses déboires mais dont on admire sa persévrance, son protégé le lyriste Luxos que personne aime malgré ses talents mais aussi les individus divins, avec Bremusa l'Amazone sauvage qui ne comprend rien au monde civilisé et qui se retrouve à gérer comme alliée une nymphe frivole et légère Metris : même les méchants suscitent notre intêret avec Laet cette digne descendante de sa garce de grand-mère et qui voit l'avenir plus clairement que les dieux et son sbire Idoménée ronchon et rancunier. Au moins l'auteur fait l'effort de présenter des personnages moins connus du mythe grec avec notamment Bremusa et Idoménée qui viennent tous deux de la Guerre de Troie.

Le style est distrayant, très sympathique mais ne casse pas trois pattes à un canard. Tant pis car il s'accompagne souvent d'extraits de poètes grecs qui sont bien beaux et nous immiscent davantage dans l'atmosphère antique et d'un monde où les dieux se soucient des mortels mais qu'on devine déjà la fin de leur emprise. C'est un roman où l'histoire et le fantastique se mêlent avec finesse et hilarité pour notre grand plaisir, et parfait pour faire connaître à un plus jeune où un novice le génie d'Aristophane.
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pleasantf
  15 février 2021
Tous nos corps : Histoires ultra-courtes de Guéorgui Gospodinov
Ce recueil réunit une centaine de textes trop courts pour prétendre être qualifiés de nouvelles. Gospodinov démontre, si besoin était, que le très court métrage ne manque pas d’attrait. A partir de fragments, de notes et de textes courts écrits sur plusieurs années, l’écrivain bulgare tisse une toile qui peut paraître hétéroclite mais qui une fois le livre refermé, offre une certaine cohérence d’ensemble. Celle-ci se forme par les liens qui souvent unissent deux textes successifs, par une tonalité poétique qui parfois rappelle Borgès, comme dans le texte sur la collection des histoires impossibles, ou encore par la restitution d’instantanés de la vie, jugés dignes de donner lieu à une trace écrite même s’ils sont très brefs.



Gospodinov nous parle beaucoup de la littérature, des écrivains, de la puissance du récit et de l’imagination, alimentée par l’observation du monde. Il nous parle de la mémoire, du temps qui passe, de la mort, de la mélancolie dans sa spécificité bulgare, sans jamais tomber dans la nostalgie car le passé communiste et bureaucratique du pays n’y incite pas. Le progrès et l’évolution technologique (bien grand mot car il s’agit de téléphone, de spams ou de GPS) sont sources de curiosité et de réflexions. A la manière d’un La Bruyere, Gospodinov dresse avec un certain humour un tableau de caractères humains comme le vaniteux ou l’orgueilleux.



Les notes de Gospodinov sont de petits bijoux.

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