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boudicca
  20 juin 2019
La déesse des marguerites et des boutons d'or de Martin Millard
Au Ve siècle avant J.-C., la Grèce est secouée par un conflit opposant deux des cités les plus puissantes de la péninsule : Athènes et Sparte. Ce conflit, c’est la guerre du Péloponnèse qui durera pendant près de trente ans, entrecoupés de quelques périodes d’accalmie. Ainsi, en 421 avant J.-C., les deux cités totalement exsangues entament des pourparlers en vue de conclure une trêve qui sera connue sous le nom de « paix de Nicias » (elle ne durera toutefois que huit ans). Cette même année, le poète comique Aristophane présente une nouvelle pièce pour le concours des Dionysies intitulée « La Paix » dans laquelle il milite farouchement pour la cessation des combats. Cela ne ravit évidemment pas les partisans de la guerre qui ne cessent de mettre des bâtons dans les roues de l’artiste. C’est bien simple, entre le manque de moyens et les défaillances des acteurs et des accessoires, la pièce s’annonce comme un véritable désastre. Impossible dans ces conditions d’espérer remporter le premier prix ! Les adversaires d’Aristophane ne s’arrêtent d’ailleurs pas là et décident d’employer les grands moyens pour faire échouer le traité en préparation. Pour ce faire, ils vont faire appel aux dieux eux-mêmes, et plus particulièrement à une semi-déesse, Laet. Sa spécialité ? Semer la discorde, et faire systématiquement prendre la mauvaise décision aux personnes qui l’entourent. Désireuse elle aussi d’éviter de nouveaux bains de sang, la déesse Athéna décide alors d’envoyer à son tour ses propres émissaires pour tenter de contrer l’influence néfaste de Laet : une amazone sauvée de la mort au moment de la guerre de Troie, et surtout la jeune Métris, une jolie nymphe aux pouvoirs malheureusement surestimés puisque son seul talent se limite à faire pousser des marguerites et des boutons d’or. Autant dire que la conférence de paix, tout comme la pièce d’Aristophane, s’annoncent très mal.



Le roman de Martin Millar ne manque pas de charme, son premier atout résidant surtout dans la qualité de sa reconstitution historique. En très peu de pages, l’auteur parvient en effet à brosser un portrait assez complet de ce que pouvait être la vie dans l’Athènes du Ve siècle avant notre ère. De nombreux aspects du quotidien sont ainsi abordés, qu’il s’agisse de la vie politique (institutions, hommes du moment, débats…), religieuse (panthéon, prières, autels, types d’offrandes…) ou encore culturelle (banquets, divertissements…). Le théâtre occupe évidemment une place centrale dans le récit puisque le principal héros est le poète comique Aristophane dont plusieurs pièces nous sont parvenues. Là aussi, l’auteur s’est de toute évidence livré à des recherches méticuleuses afin de nous livrer une représentation la plus fidèle possible de ce à quoi les Athéniens pouvaient assister. Et il y a d’ailleurs de quoi être un peu surpris, car loin de la dignité et du sérieux qui nous viennent à l’esprit dès lors qu’on évoque des œuvres grecques, les comédies de l’époque reposent en fait sur des mécanismes assez « grossiers » (mention spéciale aux pénis géants, accessoires incontournables de toute bonne comédie !). Outre leur caractère volontiers licencieux, les œuvres d’Aristophane se caractérisent aussi par la caricature parfois cruelle que l’auteur propose de certains des hommes politiques les plus en vogue au sein de la cité. Périclès en aura fait les frais, de même que Cléon (qui l’attaquera d’ailleurs en justice) ou encore Hyperbolos (ici mis en scène de manière peu flatteuse). Si Martin Millar reste fidèle au travail du poète sur le fond, il prend aussi soin de la forme, dépeignant de manière succincte mais complète les différents éléments autour desquels pouvaient s’articuler une pièce de ce type (le rôle du chœur, les chorégraphie, les accessoires, le jury…).



Cette influence du théâtre, et plus spécialement des comédies d’Aristophane, on la ressent aussi dans la manière dont est articulé le récit qui reprend à son compte certaines de ses caractéristiques. L’auteur choisit ainsi de nous raconter cette histoire de compétition guerre VS paix non pas de manière sérieuse mais humoristique, presque burlesque. Cela se traduit notamment par une certaine simplicité des dialogues qui se distinguent souvent par leur candeur, ce qui peut dans un premier temps perturber le lecteur. On s’y fait toutefois d’autant plus rapidement que le roman est très court (à peine 300 pages) et que l’auteur nous déroule son récit sans guère de temps mort. L’auteur se plaît aussi à multiplier les formules ou expressions anachroniques qui créent un contre-pied amusant avec le contexte (un peu à la manière d’un Kaamelott mais en beaucoup moins incisif). L’aspect comique est donc très présent et, si on ne rit pas à gorge déployé, on ne peut s’empêcher d’être amusé par l’enchaînement rocambolesque des événements et par les réactions catastrophées des personnages. Ces derniers participent donc beaucoup de l’amusement du lecteur et, quant bien même l’auteur ne prend guère le temps de les développer (ce qui se tient étant donné la brièveté et la légèreté de l’œuvre), il est difficile de ne pas sentir naître une pointe d’affection. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs des personnages directement tirés de nos livres d’histoire, qu’il s’agisse de Socrate, d’Alcibiade, d’Hyperbolos ou encore d’Aristophane lui-même. L’occasion pour l’auteur de narrer quelques anecdotes croustillantes concernant ces personnalités, ou d’aborder des aspects plus atypiques de la culture de l’époque (le rôle des hétaïres, par exemple). Outre les personnages humains, l’auteur met aussi en scène un certain nombre de divinités et de créatures tirées de la mythologie grecque qui, elles aussi, sont présentées de manière bien moins formelle et solennelle que ce à quoi on pouvait s’attendre.



Martin Millar signe avec « La déesse des marguerites et des boutons d’or » un roman rafraîchissant qui séduit surtout par son côté décalé, que ce soit au niveau de l’écriture (qui mêle réalités antiques et expressions contemporaines) ou de l’intrigue elle-même (un sujet grave (la guerre et ses ravages) traité avec humour et légèreté). Une lecture qui n’a rien d’extraordinaire mais qui offre un sympathique petit interlude !
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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alyasthistle
  16 juin 2019
Êtres au travail de Sophie Prunier-Poulmaire
A cause du travail justement, difficile de prendre le temps de savourer cet ouvrage comme je le souhaitais. Comme tous les beaux livres ( même si le format est un peu trop petit ), il ne s'agit pas selon moi de le lire d'une traite mais de s'y plonger, s'y replonger de méditer sur une photo pendant un long moment, sur celle qui émeut ou qui interroge plus particulièrement en fonction de ce qu'elle fait résonner (raisonner ?) en nous. Cette critique n'est donc qu' une ébauche appelée à évoluer avec le temps. Si je trouve certaines photos magnifiques et interessantes dans ce qu'elles disent ou suggèrent, je partage la déception d'Odile17 quant aux légendes, les pseudo-experts enchaînent les platitudes avec un lien parfois très ténu avec la photo légendée. A mon sens des données brutes ( lieu de la photo, nombres de personnes exerçant la profession visée à cet endroit du globe etc.....) auraient mieux servis le propos. Toutefois, je remercie vivement Babelio et les éditions Intervalles pour la réception de ce livre dans le cadre de l'une des super Masse critique. Et j'en profite pour saluer encore une fois l'application mobile Babelio qui me permet d'accéder plus rapidement à tous mes contenus et donc de garder le lien avec la plate-forme même en cas de rush pro et perso...

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Odile17
  03 juin 2019
Êtres au travail de Sophie Prunier-Poulmaire
Je dois l'avouer d'emblée : ce livre m'a causé une certaine déception. Pas à cause des photos, que je trouve intéressantes, instructives, parfois belles mais finalement souvent juste réalistes et banales, immortalisant une scène de travail. La diversité des métiers représentés m'a contentée. En revanche, je suis beaucoup plus réservée, déçue même, concernant les textes. J'espérais lire des témoignages, le ressenti, la réflexion des travailleurs photographiés, au lieu de quoi la parole est donnée, encore et toujours, aux "experts" qui commentent, philosophent autour de la photo, du métier, des travailleurs. Cette mise à distance, le fait d'ôter la parole au travailleur qui devait, je le croyais, être mis à l'honneur, m'a franchement dérangée et, je trouve, fait perdre de son intérêt à ce livre... A la limite, que l'on donne la parole aux "spécialistes", pourquoi pas, mais dans un second temps, après avoir eu le regard, les propos des travailleurs présents sur la photo. Mon malaise est renforcé par le fait que, sous chaque photo, ce soit le nom de l'expert qui soit en gras, assorti de ses titres. Pour connaître les personnes prises en photo, il faut aller à la fin du livre où la légende de chaque photo est reléguée, perdue au milieu de la présentation des différents sponsors / partenaires de l'exposition... Franchement, ça m'a dérangée et, plus que ça, choquée. Comment peut-on penser mettre à l'honneur des travailleurs et finalement, s'en servir de faire-valoir de façon aussi criante ? Mais peut-être n'est-ce là que l'expression de ma sensibilité révoltée et d'autres lecteurs auront-ils une tout autre vision de ce projet ? Je vais aller regarder ce qu'en disent d'autres lecteurs car pour l'heure, je suis en colère. Je suis toutefois reconnaissante d'avoir reçu ce livre grâce à l'Opération Masse Critique et remercie donc Babelio et les éditions Intervalles.
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