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Tandarica
  07 février 2019
Orbitor de Mircea Cartarescu
Orbitor (qui veut dire aveuglant en roumain) est une trilogie qui a été traduite en français et qui comprend, dans l’ordre : Orbitor (titre original Orbitor. Aripa Stîngă), L'Oeil en feu (titre original Orbitor. Corpul), L'Aile tatouée (titre original Orbitor. Aripa dreaptă). Une somme de plus de 1500 pages dans un style très onirique certes, mais pas que.

Pour le résumé j’appelle Mircea Cartarescu lui-même. Dans FRUMOASELE STRAINE (Les belles étrangères) à la page 199, il écrit (dans ma traduction française) : « Je sortirai une fois une édition de seulement 37 pages, réduite à l’histoire initiale, sans aucune sorte d’élucubrations, en plus richement illustrée. […] Ou, mieux encore, une édition de quelques lignes, dans laquelle on montre comment une ouvrière, Maria, met au monde des jumeaux. L’un d’entre eux, Mircea, vit à Bucarest sous le communisme, tombe sous l’emprise d’un ivrogne, Herman, qui délire de manière inintelligible de temps en temps, manque de peu d’être violé par un collègue et ensuite erre par-ci par-là jusqu’à la révolution [de 1989]. L’autre, Victor est enlevé pendant l’enfance et emmené à Amsterdam où il est élevé dans la promiscuité pour finir dans la Légion étrangère. Les deux se retrouvent à Bucarest pendant la révolution roumaine et... arrive la fin du monde. Comme dit l’autre less is more. »

Pour l’avis je partage celui d’un critique à qui Cartarescu doit beaucoup et que je traduis partiellement ici. Il s’agit de Nicolae Manolescu, Istoria critică a literaturii române (p. 1347). « Orbitor est le résultat superbe [d’un] projet paranoïaque, unique dans toute notre littérature. La construction de la trilogie est plutôt symbolique que rigoureuse. Le roman est inégal et désarticulé. Le troisième volume est beaucoup en dessous des deux premiers, descendant de manière vertigineuse, jusqu’à un reportage par endroit vulgaire de notre révolution de 1989. [...]



En conclusion, une œuvre hétéroclite, mais fabuleuse dont il faut avoir lu au moins quelques pages, même au hasard.



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Tandarica
  10 décembre 2016
Confesiunile unui cafegiu de Gheorghe Florescu
Victime d'un sacré refroidissement, frustration de ne pas avancer dans des dizaines de lectures en cours, dont notamment la lumineuse petite dame de la grande maison de Jack London, je décline systématiquement toute invitation amicale à prendre un café. Une très vieille connaissance, personne que j'admire par ailleurs pour sa grande force de travail, ignorant cependant mon renoncement au café, que j'ai remplacé si judicieusement par du thé vert depuis des années, m'a élégamment transmis ce délicieux cadeau. Désespérant probablement de ne pas me voir arriver, comme prévu, à Bucarest (what else ?) elle m'a transmis le livre de confessions de Gheorghe Florescu, m'obligeant ainsi à m'asseoir pour le prendre enfin, ce café virtuel.

Je reconnais une certaine malice, dans la mesure où le Hadji Tudose m'ayant servi d'alibi à l'ajournement de ce rendez-vous apparaît furtivement dans les premières pages, puisque l'auteur a des liens très intimes avec l'église de la Trinité, personnage de la nouvelle de Barbu Delavrancea, et plus ou moins symbole d'une concorde communautaire rare en Roumanie et qu'on retrouve ici. Le vrai plaisir de cette lecture est pourtant dans ce style très simple et linéaire d'une narration des tribulations d'un expert en café dans la Roumanie des années 1944 à 2008. Ayant personnellement passé des heures entières dans des files d'attente pour quelqu'un pour un achat d'oranges ou de bananes alors que je n'avais pas dix ans, je lis aujourd'hui ce témoignage sur les coulisses du commerce, notamment des produits importés dans les années de pénurie alimentaire sous le communisme. Mais l'intérêt réside aussi dans l'humilité du ton, qui rend constamment hommage aux maîtres qui ont su transmettre leur savoir-faire, comme l'Arménien Avedis Carabelaian, négociant en café et torréfacteur artisanal, qui a cédé à l'auteur bien plus que son fonds de commerce. Au bout d'une centaine de pages, quelques apologues sur les lois incontournables du commerce (élémentaire, mon cher Watson !) expriment admirablement l'émotion de la reconnaissance due à ceux qui nous précèdent dans la passion professionnelle.

Malgré mon peu d'habitude, je prends cependant pleinement conscience du caractère historique et très politique de ces confessions. L'aspect documentaire m'apparaît dès lors précieux et en cela l'auteur peut être rassuré : une personne au moins aura lu ce que sa main gauche, victorieuse de l'indisponibilité de la droite, causée par un accident vasculaire cérébral en 1990, a déposé sur papier. Pour rédiger cette brève critique, j'ai utilisé quant à moi un logiciel de reconnaissance vocale, et plusieurs tasses de matcha à l'odeur et à la saveur d'un café qui a su "faire parler les chevaux" (cf. p. 116).
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Lison67
  23 décembre 2015
Orbitor de Mircea Cartarescu
Je m’étonne qu’on ne l’ai pas encore nobellisé. Orbitor correspond à ma deuxième rencontre avec Mircea Cărtărescu et j’en reste coite, tétanisée, abasourdie de la multitude de mondes avalés ces quinze derniers jours en quelques centaines de pages.



J’avais adoré le recueil de nouvelles Pourquoi nous aimons les femmes, et j’espérais bien ne pas être déçue par ce premier volet de la fameuse trilogie de l’auteur. Dans un tout autre registre, et dans une langue on ne peut plus élaborée, Mircea Cărtărescu entraîne son lecteur dans les méandres de son enfance, de ses souvenirs, de ceux de sa mère, dans ses rêves, dans la Bucarest bombardée sous le régime nazi. La femme, à nouveau, et malgré le foisonnement de sujets abordés, reste au centre du récit, la mère, la naissance, la jeunesse, l’avant sa naissance. Le sexe, l’horreur, la mort, la guerre, la torture sont décrites dans une langue quasi baudelairienne, les images insoutenables tiennent le lecteur en haleine par la seule beauté de l’écriture ; souvent jusqu’à perdre le lecteur impatient qui voudrait s’acharner à comprendre. Pour lire Mircea Cărtărescu, le lâcher prise s’impose. D’emblée, il faut accepter de ne pas tout comprendre, se laisser porter par le seul rythme des phrases pourrait suffire en soi. L’auteur navigue d’un siècle à l’autre, d’un pays à l’autre, pour revenir le plus souvent à Bucarest, parfois pour partir dans des univers totalement fantasques, prétextes pour dérouler les obsessions morbides et vivaces, mortelles et vivifiantes, improbable panaché d’images alliant le pire au meilleur, le sublime à l’abominable. Je ne sais comment vous décrire autrement cet incroyable et ingénieux récit, ce conglomérat d’histoires dont l’auteur seul maîtrise la logique, totalement décousu en apparence et étrangement cohérent.



Je me dois nécessairement au passage de saluer les prouesses du traducteur Alain Paruit pour avoir oser relever avec brio le défi de traduire ce monument de la littérature roumaine. Tout de même, je me dois de vous avertir, Orbitor n’est pas facile d’accès, j’ai voulu le lire précipitamment en cette fin d’année pour boucler le challenge variétés… Orbitor ne se prête pas à la lecture rapide, il impose le temps long, il nécessite de déguster, et de digérer chaque paragraphe. La richesse du vocabulaire m’a plus d’une fois laissée pantoise. Si je n’ai pas osé m’interrompre pour prendre un dictionnaire, si j’ai préféré laisser libre cours aux sonorités, j’ai dû plus d’une fois m’affranchir du sens des phrases et renoncer purement et simplement à la compréhension formelle du texte. Parfois avec lassitude, le plus souvent avec stupéfaction devant cet engrangement de maitrise littéraire.



Orbitor ne se résume pas pour autant à un exercice de style, la profondeur des propos de l’auteur est bien au rendez-vous, hallucinante de folie, de douleur, de chair et d’humanité.
Lien : https://synchroniciteetseren..
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