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Critique de jongorenard


jongorenard
  15 septembre 2019
"Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz". le livre de Santiago Amigorena m'a fait penser à cette citation de Billy Wilder (et reprise par David Foenkinos dans "Charlotte"). Dans "Le ghetto intérieur", Vicente Rosenberg, le grand-père maternel de l'auteur, ne s'est pas exilé aux États-Unis, mais en Argentine en 1928, pour fuir l'antisémitisme et s'éloigner de sa mère aimée, mais trop envahissante à son gout. Il ne sait pas bien comment se définir, il est juif, mais non pratiquant, il a combattu pour la Pologne, il admire l'Allemagne, ses poètes et vit en Argentine. Il mène une vie plutôt heureuse à Buenos Aires. En Europe, la guerre s'installe et, malgré la distance, elle nourrit chez lui de l'inquiétude qui se transforme en anxiété profonde quand il reçoit des nouvelles alarmantes de sa mère restée en Pologne qui assiste, de l'intérieur, à la construction du ghetto de Varsovie. Vincente plonge alors dans la mélancolie, la dépression. Là-bas, sa famille meurt de faim, bientôt déportée. Rongé par la culpabilité de ne pas être là où il faut, il s'enferme dans un silence incompréhensible pour ses proches. C'est un livre bouleversant et saisissant que ce "ghetto intérieur". Saisissant d'abord par les contrastes qu'il propose comme cette opposition entre la vie insouciante de Vicente à Buenos Aires et le drame que vit sa mère à Varsovie. Bouleversant par les questions qu'il pose. À quoi bon être vivant quand ceux qu'on aime sont en train de mourir ? Comment lutter contre les drames de l'histoire ? On serait tenté de dire à Vicente que le silence n'est pas la bonne arme pour cela, mais qui sommes-nous pour le conseiller ? En tout cas, c'est celle qu'il va utiliser, contre lui-même, pour lutter contre cette vie coupable. Sans possibilités d'agir sur le réel, Vicente traine sa mélancolie et le lecteur assiste, impuissant lui aussi, à son lent et profond enfermement dans le silence comme prisonnier de son ghetto intérieur. Et tout cela, sans emphase, l'écriture de Santiago Amigorena est limpide, amère et douce à la fois, fluide et magnétique, sincère et déchirante. Ce roman est aussi une profonde méditation sur l'exil et le sentiment de trahison qu'il peut générer, sur la mouvance de l'identité, sur ses multiples facettes qui cohabitent en chacun de nous et sur la difficulté à les unifier. Enfin, l'histoire du silence raconté dans "Le ghetto intérieur" est une clé possible à tout ce que Santiago Amigorena a écrit auparavant, une sorte de généalogie de son propre silence, thème qui traverse toute son oeuvre.
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