AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 281804782X
Éditeur : P.O.L. (22/08/2019)

Note moyenne : 4/5 (sur 63 notes)
Résumé :
Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répon... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  04 octobre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #27 °°°
Non,ce n'est pas un énième livre sur la Shoah. Oui il est encore possible, après Levi, Wiesel, Kertesz ou Semprun d'écrire un grand roman sur ce thème en trouvant un angle romanesque original. En l'occurence, une histoire simple et terrible.
Vicente, juif polonais arrivé en Argentine en 1928, marié, trois enfants, marchand de meubles à Buenos Aires, reçoit à partir de 1940 des lettres alarmantes et désespérées de sa mère restée en Pologne, enfermée dans le ghetto de Varsovie, des lettres qui disent la promiscuité, faim, la terreur, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. de 1940 à 1945, tout son quotidien, toute son âme vont être ébranlés par les funestes nouvelles qui lui font comprendre petit à petit l'horreur de ce qu'il se passe en Europe, lui qui avait migré pour s'affranchir de sa mère, pour grandir, pour vivre sa vie, à une heure où personne, surtout pas la presse, n'a pris la mesure de la Shoah en temps réel.
L'onde de choc se diffracte, d'abord une mélancolie puis une culpabilité, une impuissance qui le dévorent et le rongent au point que c'est un ghetto intérieur qui s'ancre dans sa tête et l'isole des siens, il se réfugie dans le mutisme, le silence comme refuge, si le silence comme acte ultime de son désespoir : « le monde extérieur avait de nouveau cessé d'exister. Ses pensées s'étaient de nouveau perdues dans la grande plaine enneigée. Il ne sentait plus rien. Seules quelques gouttes d'acide tombaient régulièrement dans son ventre, creusant un sillon lancinant pour lui rappeler son malheur. »
Santiago Amigorena sait se faire pédagogue pour entremêler ce drame intime à des dates précises correspondant aux grandes décisions administratives nazies. de cette confrontation, naît une réflexion lancinante sur l'exil et l'identité : si loin de ses origines, de sa mère, à l'abri, que signifie être juif maintenant qu'il est confiné dans cette identité ?
« A partir de ce triste mois de mars 1941, Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu'il s'était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu'il avait voulu être allemand. Il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. « Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui – aujourd'hui où je ne suis plus que ça. » Comme tous les Juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif. »
L'écriture de Santiago Amigorena a trouvé le parfait équilibre entre pudeur et émotion, elle module des passages d'une grande sobriété, presque chuchotés ; d'autres sont plus exaltés, s'épanouissant dans d'amples phrases multipliant les répétitions, entêtantes, sonores, faites pour être lues, criées ou chantées dans une mélopée spiralaire.
Le dernier quart du roman est absolument bouleversant jusqu'à un formidable épilogue où le « je » de l'auteur raconte comment il a reçu de son grand-père, Vicente donc, ce douloureux silence en héritage.
Lu dans le cadre du jury Grand Prix des Lectrices Elle 2020 ( n°11 )
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          956
montmartin
  13 septembre 2019
« J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient. »
1940, Vicente juif polonais vit en Argentine avec sa femme et ses deux enfants. La guerre en Europe est si loin qu'on pourrait se croire en temps de paix. Sa mère et son frère sont encore en Pologne. Vicente se sent en ce temps-là bien plus argentin que juif ou polonais. À Varsovie, les Allemands ont commencé à bâtir un mur, mais partout dans le monde on ignore ce qu'est réellement la vie à l'intérieur du ghetto. Une zone d'à peine trois kilomètres carrés où vont vivre plus de quatre cent mille personnes. Les allemands vont mettre en oeuvre une véritable entreprise industrielle pour régler la question juive, onze millions de personnes à assassiner,
Dans ce roman, Santiago Amigorena nous raconte une histoire vraie, celle de son grand-père Vicente, mais ce roman est avant tout l'histoire du silence. Celui des informations qui sont confuses, incomplètes, les journaux donnent une version incertaine des atrocités qui ont lieu. Partout dans le monde on préfère ne pas parler, ne pas savoir. le silence dans lequel va se réfugier Vicente . Une lettre de sa mère va lui ouvrir les yeux, il aurait préféré ne pas savoir, il cesse de croire que la vie est plus importante que la mort. Tout ce qu'il a soupçonné tout ce qu'il n'a pu imaginer est moins horrible que la vérité.
Une réflexion sur l'identité,
« Pawel avait une mère juive et un père chrétien. Et il disait toujours que c'était bizarre, parce que si on lui demandait s'il était chrétien il disait toujours non et ça s'arrêtait là, mais si on lui demandait s'il était juif il disait toujours non, et il se sentait coupable. »
Une réflexion sur les origines,
« C'est comme si cette origine juive était une grosse valise qu'il fallait se trimballer pendant toute notre existence... comme un héritage tellement lourd, tellement immense. »
Mais surtout une réflexion sur la culpabilité. Alors que sa mère et son frère sont enfermés dans le ghetto de Varsovie, Vicente va s'enfermer dans un ghetto intérieur, ignorant ses enfants et sa femme. Un récit bouleversant, qui alterne la progression de la mise en place de l'extermination des juifs avec le drame intime vécu par Vicente étouffé par sa culpabilité, sa culpabilité de survivant.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          363
Ogrimoire
  14 octobre 2019
Ce livre est un vrai coup de coeur ! Je l'ai dévoré. Il parle d'un sujet extrêmement dur, il aborde la Shoah d'une façon assez différente de ce que l'on peut lire dans de nombreux romans.
Ici, la question tourne autour de la définition d'un individu, dans ce roman l'auteur tente de répondre à la question « qu'est-ce qu'être juif ? Doit-on se sentir juif ? » En effet, de nombreuses personnes sont juives car leur mère l'était mais comme ils ne pratiquent pas la religion, ils ne se sentent pas juifs. Sauf que lorsque les Nazis accèdent au pouvoir, il n'y a plus de demi-mesure : un juif est un juif, qu'il pratique ou qu'il ne pratique pas, que ses origines soient lointaines ou non…
L'auteur montre également que ces événement ont également fait des victimes collatérales, à l'image de Vicente qui souffre d'être l'un des survivants. Lui qui a si longtemps insisté pour que sa mère vienne en Argentine mais qui, devant ses refus, n'a pas insisté plus que ça, lorsqu'il comprend que sa mère est morte on a l'impression que lui aussi meurt à petit feu et qu'il ne veut plus vivre.
L'écriture est fluide et simple tout en étant très profonde et en secouant le lecteur. L'auteur effectue à travers ce roman un travail de mémoire puisqu'il nous parle de son grand-père Vicente et qu'il amène à se questionner sur l'identité, la culpabilité, le silence. le roman est assez court mais il amène à une profonde réflexion de la part du lecteur.
Bref, je vous le conseille, une vraie pépite !
Lien : https://ogrimoire.com/2019/1..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          362
tynn
  19 septembre 2019
Voici ce que l'on peut qualifier de lecture éprouvante et douloureuse, mais aussi remarquablement attachante par son hommage autobiographique.
Santiago Amigorena ouvre une page très personnelle en évoquant un grand-père émigré à Buenos Aires dans les années trente, heureux de commencer une nouvelle vie en laissant derrière lui avec une certaine indifférence une famille juive polonaise.
Quand l'Europe commence à s'enflammer sous bottes allemandes, la culpabilité du survivant, la connaissance de l'horreur de la Shoah et la compréhension de la tragédie sans doute subie par sa mère et son frère vont transformer en quelques années un homme dynamique en fantôme silencieux. le jeune père et époux s'enferme peu à peu dans une mélancolie inguérissable, une forme de disparition personnelle dans le silence, la honte et l'impuissance insurmontable.
C'est un livre de la conscience, qui met en mots l'indicible, qui pousse l'introspection dans ses ultimes limites, qui évoque le désarroi des proches et ouvre réflexion sur l'identité juive, sa définition mi religieuse, mi ethnique.

Le style est implacable, descriptif avec une certaine déshumanisation au fil des pages.
Un « roman » fort et étouffant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          320
musemania
  07 octobre 2019
Chroniquer un livre relatif à la Shoah n'est certes pas un travail aisé. Je le fais car ce livre est le livre retenu par mes collègues lectrices du jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2020 pour le mois d'octobre dans la catégorie « littérature ».
Vicente a émigré en Argentine en 1928 où il s'est marié, a trouvé un emploi et y a fondé une famille. Polonais d'origine, il y avait notamment fait partie de l'armée. Sa mère ainsi que son frère et sa famille sont restés quant à eux là bas. Mais quelques années plus tard, le monde change et les nazis montent au pouvoir en Allemagne, défigurant le visage de l'Europe. Alors que les nouvelles n'arrivent qu'au compte-goutte en Amérique du Sud, Vicente ne peut que s'inquiéter pour sa famille restée au pays.
J'ai apprécié les apports historiques que l'auteur a inséré dans son histoire. Il nous apprend l'évolution de la mise en place du régime nazi au fil des mois, en parallèle à la vie menée par Vicente à Buenos Aires.
J'avoue, qu'à certains moments par contre, j'ai eu des difficultés à supporter le comportement apathique du personnage de Vicente. Alors qu'il tombe dans ce qu'on pourrait qualifier de profonde dépression suite au sort incertain réservé à sa famille en Pologne et au vu des lettres de sa mère, il se complait dans une espèce de léthargie complète par rapport à son travail, à sa femme et enfants, à ses amis. Finalement, il ne fait quasi rien pour que sa mère et son frère fuient l'Europe et s'installent comme lui en Argentine….
Effectivement, il leur a bien suggéré dans l'une ou l'autre lettre de fuir la Pologne, mais son rôle actif s'est arrêté là. Bien entendu, vu les moyens limités de communication de l'époque, cela n'aurait pas été aussi facile qu'à l'heure actuelle. Mais, je l'ai parfois trouvé « lâche » quant à la façon de traiter son épouse, Rosita, et leurs enfants qui n'étaient pas coupables de ce qui se passait en Pologne.
L'écriture de l'auteur, Santiago H. Amigorena est très sensible et en fait un livre émouvant mais à certains égards, très sombre. le fait d'écrire sur sa famille comme il l'a fait n'a certainement pas dû être facile, puisqu'il fallait faire un saut dans le temps, à une époque si difficile, vu le sort réservé à sa famille maternelle. Malgré quelques redondances et un silence plus que très pesant, j'ai malgré tout apprécié ce livre touchant.
Ce livre a déjà remporté comme prix littéraire, le Prix des Libraires de Nancy – le Point et est en lice pour le prix Goncourt.
Lien : https://www.musemaniasbooks...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          282

critiques presse (7)
LeMonde   07 octobre 2019
Dans son nouveau livre, l’écrivain raconte son grand-père, juif polonais émigré en Argentine avant-guerre et révèle l’origine du silence qui habite son œuvre.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Culturebox   27 septembre 2019
Avec "Le Ghetto intérieur", le romancier Santiago H. Amigorena rejoint Primo Levi, Jorge Semprun ou Imre Kertész en apportant sa pierre à l'édifice littéraire qui œuvre pour la mémoire de toutes les victimes de la Shoah, et au-delà, de l'humanité. Un grand livre.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Actualitte   26 septembre 2019
Le roman de Santiago H. Amigorena est remarquable en ce qu'il explore avec pudeur une autre forme de violence engendrée par la guerre et la Shoah - celle exercée sur les survivants - et qu'il redonne la parole à un homme qui en avait été privé, victime lointaine mais ô combien réelle.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro   19 septembre 2019
À l’heure où les étals des librairies sont occupés, comme chaque fin d’été, par une majorité de livres impersonnels dans l’écriture, détimbrés ou sans tonalité particulière, voilà un roman avec voix et modulation, un roman chuchoté, un roman dérangeant aux pages troublantes.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   19 septembre 2019
Puissant et déchirant, "Le ghetto intérieur", son 10e livre, publié comme les neuf précédents chez P.O.L, participe de cette entreprise en racontant l'histoire de son grand-père, Vicente Rosenberg, juif polonais émigré en Argentine en 1928 avec l'espoir de tirer un trait sur l'antisémitisme gangrénant une partie de la société polonaise.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Bibliobs   04 septembre 2019
Exilé en Argentine, Vicente Rosenberg a vécu avec la culpabilité d’avoir échappé à la Shoah. Son petit-fils lui rend la voix dans ce livre aux accents de kaddish.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix   30 août 2019
Décrivant l’impuissance d’un homme, son grand-père argentin, alors que la Shoah frappe sa famille restée à Varsovie, Santiago Amigorena offre une méditation puissante sur l’exil et le poids du silence au cœur d’une famille.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
PapyrusdunilPapyrusdunil   22 octobre 2019
Le mur que les Allemands venaient d'ériger pour isoler les juifs à Varsovie avaient délimité une zone d'à peine plus de trois kilomètres carrés où allaient vivre plus de quatre cent mille personnes. Quatre cent mille personnes dans quelques pâtés de maisons. Quarante pour cent de la population de la ville dans quatre pour cent de sa superficie. Cent vingt-huit mille habitants au kilomètre carré. C'est à dire une densité six fois plus importante que celle de Paris intra-muros aujourd'hui. Une densité trois fois plus importante que celle de Dacca, la ville la plus dense du monde.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
PapyrusdunilPapyrusdunil   22 octobre 2019
-C'est comme si c'était ça la différence. C'est comme si être chrétien, c'était appartenir à une meute où tout le monde se moque de ce qu'on ressent, alors qu'être juif, c'est accepter une origine mais pas pour être avec d'autres, juste pour être seul, et malheureux.
c'est comme si cette origine juive était une grosse valise qu'il allait falloir se trimbaler pendant toute notre existence. Une grosse valise pleine de vieux manuscrits écrits d'une écriture illisible... d'une écriture illisible d'une langue qu'on ne parle même pas.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PapyrusdunilPapyrusdunil   22 octobre 2019
Onze millions de personnes. Onze millions de personnes à assassiner.
Peut-on penser l'impensable?
Peut-on comprendre l'incompréhensible?
Peut-on imaginer ce que personne n'a jamais vu, ce que personne n'a encore jamais cru que l'homme serait capable de faire?
Commenter  J’apprécie          10
PapyrusdunilPapyrusdunil   22 octobre 2019
Au sortir de la Première Guerre mondiale, la Pologne était à peine un pays. Il y avait cinq monnaies différentes, neuf systèmes juridiques, et les multiples disputes frontalières avaient toutes dégénéré en petites guerres: la guerre polono-ukrainienne, la guerre polono-lithuanienne, la guerre polono-tchécoslovaque.
Comme l'avait prévu Churchill, à peine la guerre des géants s'était achevée, celles des pygmées avaient commencé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PapyrusdunilPapyrusdunil   22 octobre 2019
Les mots se précipitaient les une contre les autres, et si parfois ils composaient des phrases qu'il arrivait à comprendre, des pensées qu'il arrivait à suivre, le plus souvent ils se battaient et tombaient défaits sur le trottoir, formant de petites taches sombres comme des cafards qui se mêlaient aux déjections claires ou verdâtres des pigeons.
Commenter  J’apprécie          00
Videos de Santiago H. Amigorena (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Santiago H. Amigorena
Santiago Amigorena - Le ghetto intérieur
autres livres classés : ghettoVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (2 - littérature francophone )

Françoise Sagan : "Le miroir ***"

brisé
fendu
égaré
perdu

20 questions
2142 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , littérature française , littérature francophoneCréer un quiz sur ce livre
.. ..