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ISBN : 281804782X
Éditeur : P.O.L. (22/08/2019)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
montmartin
  13 septembre 2019
« J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient. »
1940, Vicente juif polonais vit en Argentine avec sa femme et ses deux enfants. La guerre en Europe est si loin qu'on pourrait se croire en temps de paix. Sa mère et son frère sont encore en Pologne. Vicente se sent en ce temps-là bien plus argentin que juif ou polonais. À Varsovie, les Allemands ont commencé à bâtir un mur, mais partout dans le monde on ignore ce qu'est réellement la vie à l'intérieur du ghetto. Une zone d'à peine trois kilomètres carrés où vont vivre plus de quatre cent mille personnes. Les allemands vont mettre en oeuvre une véritable entreprise industrielle pour régler la question juive, onze millions de personnes à assassiner,
Dans ce roman, Santiago Amigorena nous raconte une histoire vraie, celle de son grand-père Vicente, mais ce roman est avant tout l'histoire du silence. Celui des informations qui sont confuses, incomplètes, les journaux donnent une version incertaine des atrocités qui ont lieu. Partout dans le monde on préfère ne pas parler, ne pas savoir. le silence dans lequel va se réfugier Vicente . Une lettre de sa mère va lui ouvrir les yeux, il aurait préféré ne pas savoir, il cesse de croire que la vie est plus importante que la mort. Tout ce qu'il a soupçonné tout ce qu'il n'a pu imaginer est moins horrible que la vérité.
Une réflexion sur l'identité,
« Pawel avait une mère juive et un père chrétien. Et il disait toujours que c'était bizarre, parce que si on lui demandait s'il était chrétien il disait toujours non et ça s'arrêtait là, mais si on lui demandait s'il était juif il disait toujours non, et il se sentait coupable. »
Une réflexion sur les origines,
« C'est comme si cette origine juive était une grosse valise qu'il fallait se trimballer pendant toute notre existence... comme un héritage tellement lourd, tellement immense. »
Mais surtout une réflexion sur la culpabilité. Alors que sa mère et son frère sont enfermés dans le ghetto de Varsovie, Vicente va s'enfermer dans un ghetto intérieur, ignorant ses enfants et sa femme. Un récit bouleversant, qui alterne la progression de la mise en place de l'extermination des juifs avec le drame intime vécu par Vicente étouffé par sa culpabilité, sa culpabilité de survivant.

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tynn
  19 septembre 2019
Voici ce que l'on peut qualifier de lecture éprouvante et douloureuse, mais aussi remarquablement attachante par son hommage autobiographique.
Santiago Amigorena ouvre une page très personnelle en évoquant un grand-père émigré à Buenos Aires dans les années trente, heureux de commencer une nouvelle vie en laissant derrière lui avec une certaine indifférence une famille juive polonaise.
Quand l'Europe commence à s'enflammer sous bottes allemandes, la culpabilité du survivant, la connaissance de l'horreur de la Shoah et la compréhension de la tragédie sans doute subie par sa mère et son frère vont transformer en quelques années un homme dynamique en fantôme silencieux. le jeune père et époux s'enferme peu à peu dans une mélancolie inguérissable, une forme de disparition personnelle dans le silence, la honte et l'impuissance insurmontable.
C'est un livre de la conscience, qui met en mots l'indicible, qui pousse l'introspection dans ses ultimes limites, qui évoque le désarroi des proches et ouvre réflexion sur l'identité juive, sa définition mi religieuse, mi ethnique.

Le style est implacable, descriptif avec une certaine déshumanisation au fil des pages.
Un « roman » fort et étouffant.
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jongorenard
  15 septembre 2019
"Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz". le livre de Santiago Amigorena m'a fait penser à cette citation de Billy Wilder (et reprise par David Foenkinos dans "Charlotte"). Dans "Le ghetto intérieur", Vicente Rosenberg, le grand-père maternel de l'auteur, ne s'est pas exilé aux États-Unis, mais en Argentine en 1928, pour fuir l'antisémitisme et s'éloigner de sa mère aimée, mais trop envahissante à son gout. Il ne sait pas bien comment se définir, il est juif, mais non pratiquant, il a combattu pour la Pologne, il admire l'Allemagne, ses poètes et vit en Argentine. Il mène une vie plutôt heureuse à Buenos Aires. En Europe, la guerre s'installe et, malgré la distance, elle nourrit chez lui de l'inquiétude qui se transforme en anxiété profonde quand il reçoit des nouvelles alarmantes de sa mère restée en Pologne qui assiste, de l'intérieur, à la construction du ghetto de Varsovie. Vincente plonge alors dans la mélancolie, la dépression. Là-bas, sa famille meurt de faim, bientôt déportée. Rongé par la culpabilité de ne pas être là où il faut, il s'enferme dans un silence incompréhensible pour ses proches. C'est un livre bouleversant et saisissant que ce "ghetto intérieur". Saisissant d'abord par les contrastes qu'il propose comme cette opposition entre la vie insouciante de Vicente à Buenos Aires et le drame que vit sa mère à Varsovie. Bouleversant par les questions qu'il pose. À quoi bon être vivant quand ceux qu'on aime sont en train de mourir ? Comment lutter contre les drames de l'histoire ? On serait tenté de dire à Vicente que le silence n'est pas la bonne arme pour cela, mais qui sommes-nous pour le conseiller ? En tout cas, c'est celle qu'il va utiliser, contre lui-même, pour lutter contre cette vie coupable. Sans possibilités d'agir sur le réel, Vicente traine sa mélancolie et le lecteur assiste, impuissant lui aussi, à son lent et profond enfermement dans le silence comme prisonnier de son ghetto intérieur. Et tout cela, sans emphase, l'écriture de Santiago Amigorena est limpide, amère et douce à la fois, fluide et magnétique, sincère et déchirante. Ce roman est aussi une profonde méditation sur l'exil et le sentiment de trahison qu'il peut générer, sur la mouvance de l'identité, sur ses multiples facettes qui cohabitent en chacun de nous et sur la difficulté à les unifier. Enfin, l'histoire du silence raconté dans "Le ghetto intérieur" est une clé possible à tout ce que Santiago Amigorena a écrit auparavant, une sorte de généalogie de son propre silence, thème qui traverse toute son oeuvre.
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Jaklek
  23 septembre 2019
L'auteur a traité ce sujet de l'intérieur, comme le mentionne le titre.
Wincenty, juif polonais, qui refuse d'abord de se reconnaître juif, est devenu Vicente en émigrant au Brésil, en fondant une famille avec Rosita. Et puis, lorsqu'en 1941, il reste longtemps sans nouvelles de sa mère restée à Varsovie, il commence à s'interroger :"Vicente , comme beaucoup de Juifs , commençait simplement de comprendre que l'antisémitisme a besoin de Sémites pour exister , il commençait de se rendre compte que si un antisémite se définit en l'étant , il ne peut pas tolérer qu'un Sémite ne se définisse pas lui - même parce qu'il l'est." A partir de là commence un véritable enfermement, un ghetto intérieur.L'angoisse de savoir sa mère soumise aux exactions nazies lui ôte le verbe. « Se taire . Oui , se taire . Ne plus savoir ce que parler veut dire . Ce que dire veut dire . Ce qu'un mot désigne , ce qu'un nom nomme . Oublier que les mots , parfois , forment des phrases . » le silence , comme le jeu , espérait - il , l'aiderait à apaiser ses tourments . Il aspirait à un silence si fort , si continu , si insistant , si acharné , que tout deviendrait lointain , invisible , inaudible – un silence si tenace que tout se perdrait dans un brouillard de neige".
« Plus de mots . Plus de langues . Ni allemand , ni polonais , ni yiddish . Ni espagnol ni argentin . Plus de mots . Plus de noms . Plus de noms pour rien . Ni pour la musique , ni pour le piano , ni pour la chaise , ni pour la table . Ni vitrine , ni magasin , ni rue , ni voiture , ni cheval , ni ville , ni pays , ni océan . Ni massacre . Ni douleur . Plus . de . Mots . »
Santiago Amigorena a choisi d'utiliser répétitions et accumulations pour nous amener à partager la douleur causée par la culpabilité que Vicente éprouve ; l'indicible le conduit au bord du suicide, comme rongé de l'intérieur.
J'ai pourtant déjà lu des romans, - témoignages ou fictions- retraçant cette atroce période de notre histoire, j'ai des amis polonais - qui parlent peu de ce que les leurs ont subi.Mais ils en parlent... L'aphasie causée par un bouleversement profond est un angle de vue plus qu'intéressant, très bien traité ici.
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photomum01
  20 septembre 2019
Vicente Rosenberg, juif polonais, vit à Buenos Aires avec sa femme Rosita et ses trois enfants. Installé depuis une dizaine d'années en Argentine lorsque la deuxième guerre mondiale débute, il ne connait de cette guerre que ce que sa mère restée dans le ghetto de Varsovie lui en dit dans ses rares courriers.
La culpabilité le ronge, il regrette d'avoir quitté sa famille et de ne pas avoir agi pour que sa mère, son frère et ses enfants fuient la Pologne, alors qu'il connaissait la montée de l'antisémitisme et l'existence des pogroms ainsi il va progressivement se murer dans le silence...
Un roman étouffant et fort sur une page d'histoire aux atrocités indescriptibles, qui est abordé sous un angle original.
C'est une méditation sur l'exil, sur la difficulté à vivre loin de ses racines mais aussi un roman hommage pour cet homme torturé, énigmatique, survivant (malgré lui ) de la Shoah, et qui en a gardé durant sa vie entière une culpabilité sans limite, l'ayant fait sombré dans un silence, allant jusqu' à la mélancolie.
Le style est fluide, le récit documenté ( un peu trop documentaire dans certains passages ), la tension est palpable.
Bel hommage d'un petit fils à son grand père.
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critiques presse (4)
LeFigaro   19 septembre 2019
À l’heure où les étals des librairies sont occupés, comme chaque fin d’été, par une majorité de livres impersonnels dans l’écriture, détimbrés ou sans tonalité particulière, voilà un roman avec voix et modulation, un roman chuchoté, un roman dérangeant aux pages troublantes.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   19 septembre 2019
Puissant et déchirant, "Le ghetto intérieur", son 10e livre, publié comme les neuf précédents chez P.O.L, participe de cette entreprise en racontant l'histoire de son grand-père, Vicente Rosenberg, juif polonais émigré en Argentine en 1928 avec l'espoir de tirer un trait sur l'antisémitisme gangrénant une partie de la société polonaise.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Bibliobs   04 septembre 2019
Exilé en Argentine, Vicente Rosenberg a vécu avec la culpabilité d’avoir échappé à la Shoah. Son petit-fils lui rend la voix dans ce livre aux accents de kaddish.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix   30 août 2019
Décrivant l’impuissance d’un homme, son grand-père argentin, alors que la Shoah frappe sa famille restée à Varsovie, Santiago Amigorena offre une méditation puissante sur l’exil et le poids du silence au cœur d’une famille.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
alainmartinezalainmartinez   22 septembre 2019
Paweł avait une mère juive et un père chrétien. Et il disait toujours que c’était bizarre, parce que si on lui demandait s’il était chrétien il disait toujours non et ça s’arrêtait là, mais si on lui demandait s’il était juif il disait toujours non, et il se sentait coupable.
Commenter  J’apprécie          00
montmartinmontmartin   13 septembre 2019
J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient.
Commenter  J’apprécie          80
montmartinmontmartin   12 septembre 2019
C'est comme si cette origine juive était une grosse valise qu'il fallait se trimballer pendant toute notre existence... comme un héritage tellement lourd, tellement immense.
Commenter  J’apprécie          110
montmartinmontmartin   13 septembre 2019
Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne.
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montmartinmontmartin   13 septembre 2019
Depuis qu'il avait commencé d'entrevoir ce qui se passait en Europe, Vicente s'était senti de plus en plus juif.
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