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Critique de le_Bison


le_Bison
  24 juin 2016
Le vent m'emporte aussi loin que le bout du monde. Les voiles font profil bas, la houle affiche sa fière, les vagues chevauchent le pont. le pied marin, l'âme patagonne, la mer me jette sur cette terre hostile. Dans toute sa splendeur, sa démesure. Des galets froids sur la grève, comme une ultime escale, la fin d'une errance, j'ose le silence. le ciel, le même mais pourtant si différent, la lumière qui s'y jette, la poussière qui s'y mêle. Comme une impression de déjà vu, la sensation d'y avoir vécu.

1880, Emily, jeune écossaise de 16 ans, s'embarque vers l'inconnu et débarque dans une lointaine contrée qui en ce temps-là s'écrivait Ouchouaya, pour servir non pas le Seigneur tout-puissant mais un pasteur venu évangéliser cette région du bout du monde perdue au-delà des caps et de la raison. Evangéliser pour les uns, coloniser pour les autres. Pour les blancs, le but est le même, parquer les indiens encore vivants, ceux qui n'ont pas encore été décimés par les armes ou les maladies.

Isabelle Autissier a laissé en cale son voilier pour prendre la plume du cormoran et conter les légendes et l'amour de Patagonie. Je sens son profond respect pour cette Terre de Feu. Elle a de nombreuses fois franchi ce cap ; probablement les escales de la vie l'ont emmené dans ces eaux froides et majestueuses. Elle écrit sur ces paysages ancestraux, une terre de toute beauté, le ciel qui éblouit la mer qui chante, sur ces indiens, yamanas, alakalufs, onas, que la civilisation occidentale a si rapidement mis à leurs pieds ou dans une fausse commune pour s'approprier des terre à parquer leurs moutons blancs, sur ces guanacos qui se font de plus en plus rares ou ces baleines qui brillent par leur absence subite. Isabelle connait ces terres, autant que Florent Pagny, et je vois sa plume comme un bel hommage à l'écrivain local Francisco Coloane. Ses passages naturalistes me font penser au grand « Tierra del Fuego », ses escales maritimes avec « le Petit Mousse », ses légendes indiennes à « El Guanaco ».

Emily, jeune femme forte, trouvera là-bas la paix qu'elle cherchait. Et l'amour aussi. Avec un sauvage, en plus. Ces indiens, sauvageons un jour, sauvageons toujours, comme dirait le pasteur. Mais avec l'amour, elle découvrira ce peuple, ces croyances, le drame. D'ailleurs les croyances ne sont pas faites pour être comprises, mais juste pour être acceptées, chaque peuple ayant son lot de mystère et d'étrangeté. Elle deviendra, une des leurs, éprise de dons, habitée par la magie, celle du ciel, celle de la terre, celle du feu qui transformera le coeur et l'âme d'une écossaise en patagonne jamais indienne, mais plus vraiment européenne.

Le drame prévisible, avec la colonisation blanche rien n'est imprévisible même l'invraisemblable, alors je ne suis pas surpris, juste chagriné parce que forcément, l'Histoire s'est déroulée ainsi. Des drames, l'homme blanc en est familier, surtout loin de ces terres, surtout en période d'évangélisation, excuse presque bidon pour assouvir simplement leur puissance et suprématie obtenue au bout d'une arme à feu. La route s'arrête devant l'océan dans l'aube tiède du levant… Je commence à comprendre…
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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