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EAN : 978B0018J6C04
Éditeur : (30/11/-1)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Cet adolescent que nous avions vu, dans La Forge, faire le dur apprentissage de la vie, est maintenant militaire. Il accomplit «son temps» au Maroc, en qualité de sergent du Génie, au moment de la guerre contre Abd-el-Krim. Comme il est à peu près le seul à connaître la topographie, c'est lui qu'on charge de diriger la construction d'une route. La vie dans le bled, l'existence misérable des troupes, les combats contre les Arabes dissidents, l'exploitation des indigè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Dandine
  14 décembre 2019
La Ruta. La Route.
Le deuxieme volet de la Forge d'un Rebelle.
Barea continue de raconter sa vie et celle du peuple qui l'entoure, pendant les annees 20 et les toutes premieres 30 du siecle dernier.
En fait le livre se decoupe en deux parties assez distinctes: son experience militaire au Maroc de 1920 a 1923/24, puis sa vie professionnelle et affective jusqu'au debut des annees 30, ou il temoigne aussi de l'agitation populaire.
Au Maroc, comme il est relativement instruit, il est incorpore dans le genie ou il dresse des plans pour la construction de routes (en fait de larges pistes) censees favoriser le passage des armees. En 1921, lors de la grande defaite espagnole (du grand massacre) d'Annual, il est loin du champ d'operations et ne fera que constater apres coup l'etendue du desastre. Il en sera bouleverse et en gardera toute sa vie des reminiscences perturbantes: il vomira a chaque occasion de pression, de danger.
Il sera ensuite affilie a l'intendance, a Tetouan et Ceuta.
Barea decrit assez succintement les horreurs de la guerre. C'est loin de la cruelle et atroce relation qu'en avait fait Ramon Sender dans Iman (L'aimant, dans la traduction francaise). Par contre, il dresse un requisitoire ahurissant sur la corruption qui gangrene tous les echelons de l'armee, depuis les commandants qui detournent des chargements de vetements et de victuailles, affamant ainsi les conscrits, jusqu'aux simples soldats qui, par frustration ou abetissement, vendent leurs munitions aux rifains, ceux-la memes qui leur tireront dessus le lendemain.
Pour Barea, l'occupation du Maroc n'a fait qu'empoisonner, pervertir, la societe espagnole. Il ecrit: "Durant les premiers vingt-cinq ans de ce siecle le Maroc ne fut qu'un champ de bataille, un bordel et une taverne immenses". Et quant a la "mission civilisatrice" envers les marocains, il fera dire a un de ses camarades: "Les civiliser, nous? Nous, ceux de Castille, d'Andalousie, des montagnes de Gerone, qui ne savons ni lire ni ecrire? Betises. Qui nous civilise, nous? Nos villages n'ont pas d'ecole, nos maisons sont en torchis, nous dormons dans nos vetements, a cote des mules, pour nous tenir au chaud. [...] Nous crevons de faim et de misere, le maitre nous vole, et si nous nous plaignons la garde civile nous broie de coups...". Et Barea de compatir avec ces conscrits, ces "borregos", ces moutons menes a l'abattoir, qui acceptent leur condition avec "un fatalisme racial face a l'irremediable. Qu'il soit ce que Dieu veut, disent-ils. Et ceci n'est pas de la resignation chretienne, mais un blaspheme subconscient".
Pour Barea l'occupation du Maroc ne profite qu'au roi, un roi detraque, a des generaux ambitieux et a une poignee de grands industriels. Et deux peuples, l'espagnol et le marocain, sont sacrifies.
De la deuxieme partie du livre, qui m'a moins interesse, je retiens surtout les conversations que rapporte l'auteur. Avec des bourgeois dont il gere les affaires (il finit par diriger une agence de brevets) et surtout avec des ouvriers et des militants syndicalistes dont il se sent proche. Des conversations qui expriment le clivage qui murit, le fosse qui s'amplifie entre les differentes classes sociales. Ceux qui n'avaient jamais ose parler se mettant tout d'un coup a crier, la reaction sera recourir a la force, sinon plus violemment du moins plus crument qu'auparavant.
La posture de Barea est singuliere. Il s'est embourgeoise exterieurement, mais jamais mentalement. Meme en tant que directeur d'entreprise, il tient a garder sa carte de l'UGT, le syndicat ouvrier. Peut-etre parce qu'il ne peut oublier les difficultes qu'a connues sa mere, la lavandiere du Manzanares. C'est d'ailleurs a elle (aussi) qu'il a dedie son livre: "A dos mujeres: la senora Leonor (mi madre) e Ilsa (mi mujer)". A deux femmes: madame Leonor (ma mere) et Ilsa (ma femme). Madame. Senora. Un titre que surement personne ne lui avait donne en vie. Il le lui donne, apres sa mort, comme un ultime hommage, comme un ultime merci. Il restera toujours dans son camp a elle. Plus que son propre camp ce sera le camp des siens. Il ne pourra les trahir.
La Route est un temoignage remarquable. Important. Et malgre une ecriture un peu crue, pas trop soignee par endroits, un grand livre. Oui. Assurement un grand livre.

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