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Critique de Oliv


Oliv
10 février 2023
Premier rencard avec le fameux Charles Bukowski, et il est peu probable que cette expérience débouche sur une relation suivie entre nous. Je connaissais le bonhomme de réputation et partais avec un a priori positif. Ayant envie d'une lecture trash, qui dérange et bouscule, je pensais avoir frappé à la bonne porte. Et cela a plutôt bien démarré : j'ai ressenti une immédiate sympathie pour cet écrivain sans succès qui avoue n'avoir couché avec personne depuis des années, qui regarde les femmes croisées dans la rue "sans désir, avec une impression de futilité" et pour qui l'idée d'entretenir une relation avec l'une d'entre elles dépasse l'imagination... Malheureusement, j'ai assez vite déchanté.

Alors que notre poète commence enfin à bénéficier de la reconnaissance du public, le récit de sa vie tourne à un catalogue répétitif et lassant de ses beuveries et de ses rencontres féminines, lesquelles sont toutes vues sous l'angle quasi exclusif de la sexualité. Ces femmes, jeunes, jolies et peu farouches, s'avèrent plus ou moins interchangeables, puisque limitées à leurs orifices et à la satisfaction que ceux-ci apportent à l'auteur. Lire des choses crues et provoc' ne me dérange pas, au contraire (sinon je ne me serais jamais aventuré chez Bukowski) mais je regrette qu'il ne montre aucun recul, aucune ébauche de réflexion sur ce qu'il expérimente. Sans lui demander de faire un travail de sociologue, qu'un quinquagénaire obèse, moche et crasseux jusqu'à présent snobé par les femmes se transforme du jour au lendemain en irrésistible séducteur, aurait pu donner l'occasion d'interroger les notions d'hypergamie féminine, de preuve sociale... ce qui pour le coup aurait été en plein dans le politiquement incorrect, bien plus que relater des séances de cunnilingus à peu près aussi émoustillantes et subversives qu'un édito de Maïa Mazaurette. Au début du roman, sa compagne Lydia reproche au narrateur d'écrire sur les femmes tout en n'y comprenant absolument rien ; 400 pages plus tard, après avoir invité des dizaines d'entre elles dans son lit, il aura au moins appris où trouver le clitoris. Pour la psychologie, en revanche, on repassera.

Les quelques bons mots distillés çà et là par l'auteur ("La pire chose qui puisse arriver à un écrivain, c'est de connaître un autre écrivain, et, pire encore, de connaître d'autres écrivains. Comme des mouches sur un bout de barbaque.") n'auront pas suffi à me passionner pour un tel roman, et surtout à me convaincre qu'il n'était pas totalement vain. Par conséquent, j'ai lu sa seconde moitié en diagonale, histoire de confirmer qu'elle n'apporterait rien de nouveau par rapport à la première : boire et baiser, encore et encore, sans rime ni raison. Dans un esprit assez proche, j'ai largement préféré le "Karoo" de Steve Tesich, avec son personnage principal d'écrivain alcoolique bien plus profond et attachant que celui de Bukowski, et plus stimulant d'un simple point de vue littéraire... en bref, un roman qui aurait mérité que j'en rédige une critique à la place de ce "Women" très vide, sur lequel il y a au bout du compte peu à dire.
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