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Critique de gavarneur


gavarneur
  10 février 2018
Pardonnez-moi : cette page représente plus que jamais un ressenti personnel et non celui d'un lecteur moyen, même me ressemblant. En effet, j'ai vécu presque trois ans à Séoul et partage ainsi avec Gina Kim des impressions et réflexions qui seront étrangères à la plupart des francophones.
Le livre reproduit le commentaire (j'imagine une voix off) que fait Gina Kim dans sa vidéo : Séoul, visages d'une ville.* le texte est ici publié en trois langues (dans la vidéo, Gina Kim utilise surtout l'anglais, sa langue d'usage professionnel, mais le début et la fin sont commentés en coréen). Il y a de nombreuses pages d'images (de faible résolution, paraissant être des copies d'écran de la vidéo), le texte traduit en français tiendrait sur moins de vingt-cinq pages, ce qui est court pour un film de 93 minutes ; lire ce petit volume ne donne donc qu'une idée très partielle du film : défi ?
Pari réussi, car le texte est autosuffisant. La cinéaste revient en Corée, pays quitté depuis cinq ans, pour une visite à son père. Caméra en main, elle redécouvre son père et sa ville, et nous fait partager ses impressions et réflexions. Ses pensées font des aller-retours entre le présent visible et ses souvenirs sur sa famille, différents quartiers de Séoul, la dure colonisation japonaise... le texte alterne entre la sensation (retrouver, grâce aux odeurs, ** sous des façades nouvelles la ville autrefois aimée) et la réflexion philosophique sur le temps, le développement, la perception, la révolution et la mort. Bref, différents visages.***
J'ai surtout aimé les chapitres sur la reconstruction permanente de la ville, le béton envahissant et la restauration des monuments anciens en bois ; ces parties approfondissent des sujets qui m'intéressaient déjà.**** Peut-être un autre lecteur sera-t-il surtout sensible aux innombrables lampions de la fête de Bouddha, aux feuilles d'or des ginkgos en automne, aux pétales des cerisiers au printemps.
J'ai choisi ce livre surtout à cause de son sujet, n'ayant pas conscience de la nature du texte proposé. Je remercie Babelio et l'Atelier des cahiers de me l'avoir offert pour l'opération masse critique. Son contenu, y compris les étranges images, à la fois belles et imparfaites, devrait intéresser surtout les amateurs de Corée et d'urbanisme. Ils y trouveront comme moi aussi bien des idées que du ressenti, et auront probablement comme moi un fort désir de voir la vidéo. La pensée de la vidéaste a une portée plus universelle, mais je ne suis pas capable de la jauger.

*La préface de Dominique Bluher indique qu'une telle publication a déjà été faite pour des « maîtres de l'essai cinématographique » comme Chris Marker.
**Très proustien !
***Étonnant : pendant mon premier court séjour à Séoul en 1995, l'effondrement d'un centre commercial a provoqué un drame ; ces images passaient en boucle sur toutes les chaînes de télévision, et Gina Kim raconte qu'elle était là, filmant en amatrice la panique et les secours.
****Ce mouvement continue aujourd'hui avec une perspective plus écologique, sujet absent du livre, comme est aussi absente, très curieusement, son origine : la destruction massive pendant la guerre de Corée.
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