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ISBN : 1542565979
Éditeur : Sun Comics (20/01/2017)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
In a connected world of disconnected people, she thought she had it all at her fingertips. But a mysterious Spotted Stone opened a dimensional doorway, transporting her to a strange land and a new life unfettered by technology. Will she find fulfillment before the Stone returns? Rick Veitch’s haunting story, told in a wordless visual narrative, is a feast for the eyes and soul.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Presence
  07 mars 2018
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il est initialement paru en 2017, écrit, dessiné et encré par Rick Veitch. Il s'agit d'une histoire en noir & blanc, de 71 pages. Chaque page comprend un unique dessin, ce qui explique que l'auteur ait qualifié sa narration de Panel Vision, sur la quatrième de couverture. En outre, ce récit est entièrement dépourvu de texte. Cet auteur a réalisé un deuxième ouvrage de même nature, en format paysage : Super Catchy, également en Panel Vision.
Dans un grand centre urbain, une femme voit le soleil se lever depuis la fenêtre de sa chambre. Elle est encore allongée et elle consulte Internet dans son lit, sur son ordinateur portable posé sur la couverture. Elle prend ensuite son petit déjeuner, à base de toast, de yaourt et de café. La télévision est allumée derrière elle, avec un homme politique se lançant dans une diatribe. En mordant dans son toast, elle consulte ses courriels ou son fil sur les réseaux sociaux sur son téléphone portable, alors que sa tablette, également posée sur la table, lui permet de consulter un autre site. Elle sort ensuite dans la rue, avec son sac en bandoulière, en regardant l'écran de son téléphone, comme toutes les piétons autour d'elle. Sur le mur, il y a une affiche vantant les mérites d'un soda, et une autre relative à l'armée. Elle effectue sa journée travail, dans son emploi de téléopératrice, les yeux rivés sur son écran d'ordinateur dans un open-space. Pendant sa pause méridienne ou en fin de journée, elle va prendre un verre dans un bar où elle se fait gentiment draguer par un individu qui tient son téléphone à la main de manière à pouvoir en voir l'écran, alors qu'elle-même conserve les yeux rivés sur l'écran de son propre téléphone.
Avant de partir, elle passe aux toilettes où elle se soulage, tout en continuant de consulter l'écran de son téléphone portable. Elle ressort dans la rue, en continuant de consulter son téléphone, alors que les autres passants en font de même, soit sur leur téléphone, soit sur l'écran d'une console portable. Différentes affiches vantent une vie à l'apparence épanouie, une colonne porte une affiche avec le buste d'un justicier masqué qui ressemble à Batman. Alors qu'elle marche les écouteurs dans les oreilles et les yeux sur son écran de téléphone, une sorte de boule à pois lui tombe sur la tête. Elle en lâche son téléphone qui tombe à terre et dont l'écran se casse. Elle se relève en l'ayant ramassé, ainsi que la boule.
Depuis ses débuts, Rick Veitch a conduit sa carrière en créateur indépendant, souvent à l'écart des grands éditeurs, réalisant des histoires contestataires, subversives, teintées d'une spiritualité alternative. Il a travaillé à plusieurs reprises avec Alan Moore, notamment sur la série Saga of the Swanp Thing dont il a repris l'écriture après son départ. Dans les années 1990, il s'est autoédité au travers de King Hell Press, sondant les recoins peu reluisants du mythe du superhéros, au travers d'oeuvres comme Brat Pack,The Maximortal ou encore The One. Dans les années 2000, il a continué à écrire et dessiner quelques histoires, y compris pour Vertigo, et à publier des recueils de dessins inspirés de ses rêves, une sorte d'écriture automatique en comics. En découvrant ce nouvel ouvrage de Rick Veitch, le lecteur sait par avance qu'il se lance dans une lecture atypique. Elle s'avère fort courte. En prenant le temps de savourer l'unique dessin présent sur chaque page, il faut environ 5 minutes pour lire et assimiler l'histoire qui tient donc en 71 cases, soit l'équivalent d'un comics de 15 pages muettes.
Est-ce que le lecteur se sent floué pour autant ? Non, étrangement pas du tout. Il a bénéficié d'une lecture dense, aussi reposante que dépaysante, aussi inattendue que banale, aussi inventive que rassérénante. Pour commencer, Rick Veitch réalise des dessins propres sur eux, en particulier en ce qui concerne les personnages. Il a abandonné (au moins provisoirement) son habitude de mettre en avant les fonctions les plus charnelles du corps. Ici, il n'y a pas de personne se mettant à suer en surabondance, ou de chair un peu molle ou flasque. La femme mise en scène est assez jeune, vraisemblablement vers 25 ans, en tout cas moins de 30 ans. L'auteur ne la sexualise pas particulièrement, ne la dénude pas. Lorsqu'elle est assise sur les toilettes, il s'agit uniquement de montrer que même là, elle est toujours rivée à son téléphone portable, dans un dessin dénué de toute concupiscence et de toute vulgarité. L'artiste utilise majoritairement un trait d'une unique épaisseur pendant tout le récit, pour détourer les formes. À quelques reprises, il ajoute un peu de texture, par le biais de traits plus fins, mais assez rarement.
Rick Veitch s'en tient donc à une approche descriptive, avec un bon niveau de détails. le lecteur découvre des personnages avec des physionomies et des morphologies différenciées qui restent dans la normalité. Il prendre le temps de regarder la variété des coiffures et des tenues vestimentaires. La femme porte des baskets dont il peut voir le laçage et les motifs de décoration, un jean dont il voit les coutures, les clous près des poches, et les passants pour la ceinture, une sorte de sweater avec un col en V molletonné autour du cou. du fait de cette narration très particulière pour une bande dessinée, à raison d'une case par page, le lecteur est enclin à prêter plus d'attention aux éléments visuels, et à prendre conscience des informations qu'ils apportent. En voyant la protagoniste évoluer dans des endroits familiers, il en apprend sur les particularités de son environnement, de son époque, par les décors, les tenues vestimentaires, les us et coutumes. Il regarde un monde très porche du sien dans les années 2010, peut-être avec une légère anticipation. Il prête plus d'attention aux détails pour découvrir plus de sens. du fait de la nature de la narration, il présume que chaque élément graphique est important et doit faire sens. Il suppute que l'auteur n'a rien laissé au hasard. Cela transforme son expérience de lecture, parce qu'il constate rapidement qu'effectivement l'auteur a taché que chaque élément soit signifiant.
Le lecteur remarque très vite que tous les personnages, et même un enfant dans une poussette, ont les yeux fixés sur un écran, de téléphone portable, de console, de tablette, etc. Cela l'amène à également à prêter une attention particulière aux publicités apparaissant sur les murs ou sur les écrans. Il y voit une valorisation de l'apparence, mais aussi de l'armée au travers d'un soldat. Il remarque également des éléments inattendus, qui semblent en décalage, comme la tête de Batman (c'est bien lui, même s'il n'est pas nommé) qui apparaît dans 2 pages différentes. Il en déduit que Rick Veitch signifie ainsi que les comics de Batman, et plus généralement de superhéros, participent de la même industrie de divertissement, tout juste bonne à occuper l'esprit des spectateurs de vaines futilités, un flux issu d'un média industriel comme tous les autres. Son mode de lecture ainsi adapté au format Panel Vision, le lecteur cherche du sens dans chaque élément et pas seulement en tant que support d'une histoire. Quand l'auteur place une poubelle au premier plan dans une rue, il comprend qu'il effectue une remarque sur la nature jetable de la consommation, y compris de flux de divertissements, et même du flux des individus.
De page en page, le lecteur envisage chaque case comme contenant elle-même une portion d'histoire qui ne se limite pas à une image dans une suite, mais à une étape couvrant plusieurs moments, ou plusieurs idées. Ainsi quand la femme s'assoit sur des marches au pied d'une sculpture Balloon Dog de Jeff Koons, il l'associe au caractère consommable développée précédemment, et il y a voit une critique de l'auteur sur cette forme d'art contemporain. Dans ce contexte, l'irruption de la pierre tachetée devient un symbole, introduit une rupture, occasionne un moment disruptif. Par contraste avec l'adaptation du mode de lecture nécessité pour apprécier la forme de cette bande dessinée, le symbole de la pierre tachetée est d'une évidence aveuglante, et ses effets aussi. le propos de Rick Veitch est très clair et pas forcément très original. Pour autant, il est aussi d'une actualité et d'une pertinence pénétrantes. S'il est simple, il n'en est pas moins profond. le lecteur peut même élargir son objet à d'autres occupations de divertissement que celles proposées par le téléphone portable. Sans recourir à un seul mot, Rick Veitch évoque la transformation des outils informatiques en un média, en un robinet à divertissement, en flux continu de contenus aliénants et abrutissants.
L'appréciation du lecteur de ce petit ouvrage vite lu dépend fortement de ce qu'il en attend. S'il est venu pour une histoire consistante, une intrigue dense et des séquences de cases astucieusement imbriquées sur une même page, il va crier au vol et que plus jamais on ne l'y reprendra. S'il a déjà une expérience préalable des ouvrages de Rick Veitch, il lui accorde une plus grande confiance. L'histoire se lit alors toujours aussi vite, mais elle reste dans son esprit, et il prend petit à petit conscience du tour de force réalisé par l'auteur en subvertissant les conventions de la bande dessinée pour raconter un conte philosophique dépourvu de mots, mais pas de profondeur.
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