-
Par brigetoun, le 14/11/2009
Les Essais de
Michel de Montaigne
Si quelquefois on m’a poussé au maniement d’affaires étrangères j’ai promis de les prendre en main, non pas au poumon ou au foie ; de m’en charger, non de les incorporer ; de m’en soigner, oui, de m’en passionner nullement ; j’y regarde mais je ne les couve point
-
Par Orphea, le 13/11/2011
Les Essais de
Michel de Montaigne
Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiez, ce ne sont qu'accointances et familiaritez nouees par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos ames s'entretiennent. En l'amitié dequoy je parle, elles se meslent et confondent l'une en l'autre, d'un meslange si universel, qu'elles effacent, et ne retrouvent plus la cousture qui les a joinctes. Si on me presse de dire pourquoy je l'aymoys, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en respondant : Par ce que c'estoit luy, par ce que c'estoit moy.
Il y a au delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulierement, je ne sçay quelle force inexplicable et fatale, mediatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous estre veus.
> lire la suite
-
Par Christian, le 10/10/2007
Les Essais de
Michel de Montaigne
« Pour un fort leger profit, nous arrachons tous les jours leurs propres enfans d'entre les bras des meres, et leur faisons prendre les nostres en charge : nous leur faisons abandonner les leurs à quelque chetive nourrisse, à qui nous ne voulons pas commettre les nostres, ou à quelque chevre ; leur deffendant non seulement de les allaiter, quelque danger qu'ils en puissent encourir : mais encore d'en avoir aucun soin, pour s'employer du tout au service des nostres.
Et voit-on en la plus part d'entre elles, s'engendrer bien tost par accoustumance une affection bastarde, plus vehemente que la naturelle, et plus grande sollicitude de la conservation des enfans empruntez, que des leurs propres.
Et ce que j'ay parlé des chevres, c'est d'autant qu'il est ordinaire autour de chez moy, de voir les femmes de village, lors qu'elles ne peuvent nourrir les enfans de leurs mammelles, appeller des chevres à leurs secours. Et j'ay à cette heure deux lacquais, qui ne tetterent jamais que huict jours laict de femmes.
Ces chevres sont incontinent duites à venir allaicter ces petits enfans, recognoissent leur voix quand ils crient, et y accourent : si on leur en presente un autre que leur nourrisson, elles le refusent, et l'enfant en fait de mesme d'une autre chevre.
J'en vis un l'autre jour, à qui on osta la sienne, par ce que son pere ne l'avoit qu'empruntée d'un sien voisin, il ne peut jamais s'adonner à l'autre qu'on luy presenta, et mourut sans doute, de faim. Les bestes alterent et abbastardissent aussi aisément que nous, l'affection naturelle. »
> lire la suite
-
Par Orphea, le 13/11/2011
Les Essais de
Michel de Montaigne
Je ne peinds pas l'estre, je peinds le passage : non un passage d'aage en autre, ou comme dict le peuple, de sept ans en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l'heure. Je pourray tantost changer, non de fortune seulement, mais aussi je propose une vie basse, et sans lustre : C'est tout un. On attache aussi bien toute la philosophie morale, à une vie populaire et privee, qu'à une vie de plus riche estoffe : Chaque homme porte la forme entiere, de l'humaine condition.
-
Par brigetoun, le 14/11/2009
Les Essais de
Michel de Montaigne
Les hommes se donnent à louage. Leurs facultés ne sont pas pour eux, elles sont pour ceux à qui ils s’asservissent ; leurs locataires sont chez eux, ce ne sont pas eux. Cette humeur commune ne me plait pas : il faut ménager la liberté de leur âme et ne l’hypothéquer qu’aux occasions justes, lesquelles sont en bien petit nombre si nous jugeons sainement
-
Par brigetoun, le 14/11/2009
Les Essais de
Michel de Montaigne
(lette au roi)
Et en premier lieu, jacois que par les ordonnances anciennes et modernes de Vostre Majesté conformes à la raison, toutes impositions doibvent estre faites esgalement sur toutes personnes, le fort portant le foible, et qu'il soit tres raizonnable que ceuls qui ont les moiens plus grands, se ressentent de la charge plus que ceulx qui ne vivent qu'avec hazard et de la sueur de leur corps, toutefois il seroit advenu, puis quelques années et mesme en la présente, que les impositions qui auroient esté faictes par vostre auctorité..... les plus riches et oppullentes familles de la dicte ville en auroient été exemptes pour le privilège prétendu..... De façon que désormais quand il conviendra impozer quelque dace ou imposition, il fauldra qu'elle soit portée par le moindre et le plus pouvre nombre des habitants des villes, ce qui est du tout impossible
> lire la suite
-
Par brigetoun, le 14/11/2009
Les Essais de
Michel de Montaigne
Dernièrement que je me retiray chez moy, délibéré autant que je pourroy, ne me mesler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me embloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oysiveté, s'entretenir soy mesmes, et s'arrester et rasseoir en soy : ce que j'esperois qu'il peut meshuy faire plus aisément, devenu avec le temps plus poisant, et plus meur. Mais je trouve, variam semper dont otia mentem (l'oisiveté toujours éparpille l'esprit), que au rebours, faisant le cheval échappé, il se donne cent fois plus d'affaires à soy mesmes, qu'il n'en prenoit pour autruy ; et m'enfante tant de chimeres et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre et sans propos, que pour en contempler à mon aise l'ineptie et l'estrangeté, j'ay commencé de les mettre en rolle, esperant avec le temps en faire honte à luy mesmes
> lire la suite
-
Par Christian, le 10/10/2007
Les Essais de
Michel de Montaigne
« Il n'est desir plus naturel que le desir de cognoissance. Nous essayons tous les moyens qui nous y peuvent mener. Quand la raison nous faut, nous y employons l'experience. »
-
Par brigetoun, le 14/11/2009
Les Essais de
Michel de Montaigne
Nostre extreme volupté a quelque air de gemissement et de plainte. Diriez vous pas qu'elle se meurt d'angoisse ? Voire quand nous en forgeons l'image en son excellence, nous la fardons d'epithetes et qualitez maladives et douloureuses : langueur, mollesse, foiblesse, deffaillance, morbidezza ; grand tesmoignage de leur consanguinité et consusbantialité
-
Par Aela, le 16/02/2011
Les Essais de
Michel de Montaigne
De l'institution des enfants:
Ceux qui, comme porte notre usage, entreprennent d'une même leçon et pareille mesure de conduite régenter plusieurs esprits de si diverses mesures et formes, ce n'est pas merveille si, en tout un peuple d'enfants, ils en rencontrent à peine deux ou trois qui rapportent quelque juste fruit de leur discipline.