-
Par VanessaV, le 11/03/2008
Séfarade de
Antonio Muñoz Molina
Il est certain que beaucoup d’entre nous aimeraient vivre dans le passé immuable de nos souvenirs, qui semble se répéter identique à lui-même dans le goût de certains aliments et dans certaines dates marquées de rouge sur les calendriers, mais sans nous en rendre compte nous avons laissé grandir en nous un éloignement que ne guérissent pas les voyages si rapides, et que ne soulagent ni les rares appels téléphoniques que nous passons ni les lettres que nous avons cessé d’écrire depuis des années.
-
Par Myrinna, le 31/03/2010
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
"Comment peut-il y avoir des gens aussi acharnés ? Comment peut-on torturer des gens qui sont déjà anéantis ?"
-
Par liliba, le 11/09/2009
Le vent de la lune de
Antonio Muñoz Molina
"Tu attends avec impatience et avec crainte une explosion qui aura quelque chose d'un cataclysme quand le compte à rebours arrivera au zéro et pourtant rien ne se produit. Tu attends couché sur le dos, raide, les genoux pliés à angle droit, le regard fixé devant toi, vers le haut, en direction du ciel, si tu pouvais le voir, à l'intérieur de la transparence courbe du casque qui t'a plongé dans un silence aussi définitif que celui du fond de la mer quand on a terminé de l'ajuster à la collerette rigide de la combinaison extérieure. Soudain la bouche de ceux qui étaient les plus proches bougeait sans produire de son et c'était comme se trouver déjà très loin sans que le voyage eût encore commencé. Les mains sur les cuisses, les pieds joints, à l'intérieur des grosses bottes blanches avec leurs rebords jaunes et leurs semelles très épaisses, maintenues pour le décollage par des attaches en titane, les yeux très ouverts.
Tu n'entends rien, pas même la rumeur du sang à l'intérieur des oreilles, ni les battements de ton cœur, que des capteurs fixés à ta poitrine enregistrent et transmettent, profonds, réguliers, avec une sonorité de tambour, mais beaucoup moins précis dans leur cadence que la pulsation des chronomètres. Le nombre de ses battements par minute sera enregistré, comme celui du cœur de tes compagnons, chacun d'eux aussi immobile et tendu que toi, chacun des trois cœurs battant à l'intérieur d'une poitrine sur un rythme différent, comme trois tambours non synchronisés. Tu fermeras les yeux, attendant. Les paupières sont presque la seule partie de ton corps que tu puisses bouger à ta guise et cela te rappelle ta nature physique précaire, ta nudité cachée à l'intérieur de trois combinaisons superposées, faites de nylon, de plastique, de coton, traitées avec des substances ignifuges. Chaque combinaison, en elle-même, est déjà un véhicule spatial. Il y a quelques années, pendant plus d'une heure, tu as flotté dans le vide à une distance de deux cents kilomètres
> lire la suite
-
Par soelmaju, le 16/01/2009
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
L'inspecteur cherchait le regard de quelqu'un qui avait vu une chose trop monstrueuse pour être amortie ou estompée par l'oubli, des yeux dans lesquels devait subsister quelque trait ou quelque conséquence du crime, des pupilles dans lesquelles la culpabilité pourrait être découverte sans hésitation, rien qu'à les scruter, comme les médecins reconnaissent les signes d'une maladie rien qu'en approchant des yeux une lampe minuscule.
-
Le vent de la lune de
Antonio Muñoz Molina
Dans la première lumière, dans l’air frais et parfumé du matin de juillet, mon père déjeune debout de lard et de pain, et regarde autour de lui la terre qui lui appartient, celle qu’il a soignée, labourée, débarrassée de la mauvaise herbe, ensemencée chaque fois au juste moment, amendée avec le meilleur fumier et bêchée en suivant une géométrie immémoriale de canaux, de levées, de sillons, la nivelant pour que l’eau de l’irrigation y progresse à la bonne vitesse, de manière qu’elle ne déborde pas, mais qu’elle ne s’immobilise pas non plus en stagnant. (...)
A l’aide d’un roseau et de la pelote de ficelle d’un cordeau, dès qu’il l’a bêchée, mon père sait tracer sur cette terre si légère que le pied s’y enfonce, les lignes droites, les angles, les parallèles des sillons, comme l’aurait fait il y a cinq cents ans un paysan morisque, ou il y a quatre mille ans un arpenteur égyptien.
> lire la suite
-
Par torevan, le 11/08/2011
Séfarade de
Antonio Muñoz Molina
Je crois qu'il n'est pas vrai, comme on le dit, qu'en voyageant on pourrait devenir un autre: ce qui se passe, c'est qu'on se trouve allégé de soi-même, de ses obligations et de son passé, tout comme on réduit tout ce qu'on possède aux quelques choses nécessaires à son bagage. La partie la plus pesante de notre identité s'appuie sur ce que les autres savent ou pensent de nous. Ils nous regardent et nous savons qu'ils savent, et en silence ils nous obligent à être ce qu'ils attendent que nous soyons, à agir conformément à certaines habitudes que nos actions antérieures ont établies, ou aux soupçons que nous n'avons pas conscience d'avoir éveillés. Ils nous regardent et nous ne savons pas qui ils peuvent bien voir en nous, ni ce qu'ils inventent ou décident que nous sommes.
> lire la suite
-
Par torevan, le 11/08/2011
Séfarade de
Antonio Muñoz Molina
Seuls nous qui sommes partis savons comment était notre ville et réalisons à quel point elle a changé: ce sont ceux qui sont restés qui ne se la rappellent pas, ceux qui, de la voir au jour le jour l'ont perdue et laissée se défigurer, même s'ils pensent que ce sont eux qui sont restés fidèles et que nous, dans une certaine mesure, sommes les déserteurs.