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Par patouche, le 15/05/2012
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
Dans quels labyrinthes vont s'égarer les sentiments des hommes et des femmes, en vertu de quelle loi se convertissent-ils alternativement en anges et en exécuteurs, en bourreaux et en victimes les uns des autres, régulièrement, sans apprentissage ni repos, sans que leur serve de rien l'expérience de la douleur ni que les décourage jamais complètement la répétition de l'échec.
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Par patouche, le 15/05/2012
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
Je lui ai mis une chanson de Kurt Weil que chante Lotte Lenya :
Pauvre coeur imbécile,
qui fuit celui qui t'adore,
qui pleure celui qui t'ignore.
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Par patouche, le 14/05/2012
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
-"Ce n'était pas du courage que j'avais, toutes ces années passées, quand je pensais avoir dompté la peur et que cela ne m'importait guère d'être tué, c'est que je ne connaissais pas la différence entre être vivant et être mort."
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Par patouche, le 11/05/2012
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
Elle perçut la banalité écrasante que même elle n'avait pas toujours été capable de remarquer avec autant de précision, les affreuses images de clowns ou de bouquets de fleurs, peintes bien des années auparavant par ses élèves de ce qu'on appelait aujourd'hui " expression plastique" et jamais décrochés, la photographie sous verre et décolorée du couple royal qui était déjà là quand elle était arrivée, les calendriers publicitaires d'une papeterie, les rayonnages garnis de vieux livres de textes et de liasses de compositions ou de dossiers, la machine à écrire qui n'avait pas encore été reléguée par l'apparition récente d'un ordinateur tout comme la photocopieuse n'avait pas réussi à supplanter totalement le papier carbone.
Des cendriers de plastique jaune avec les marques Ricard ou Cinzano, d'anciennes affiches de semaine sainte: chaque chose comme une offense personnelle , une preuve de traîtrise de l'écoulement de temps, comme les douleurs de dos, les lignes des rides aux coins des yeux, la graisse sous la peau des hanches et des cuisses, une dégradation et au fond une défaillance de la volonté, une reddition à la fatalité de l'ennui et du vieillissement.
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Par patouche, le 11/05/2012
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
L'école, déjà évacué par les enfants mais pourtant encore occupée d'une certaine façon par des vestiges d'agitation, de cris, de pas, de cavalcades dans les escaliers, par un reste d'odeurs enfantines et adolescentes répandues dans l'air. Un air qui, quand elle le respirait, lui semblait usé ou fatigué, aussi usé que le mobilier ou les livres ou les installations sanitaires, aussi fatigué que tous, les instituteurs, si épuisés à la fin de la journée en comparaison de l'incontrôlable énergie physique des élèves.
Tous les après-midi à cette heure là, quand elle se disposait à quitter l'école en longeant les couloirs plongés dans la pénombre, en descendant les escaliers déserts, elle remarquait en elle-même une fatigue montante qui était pas exactement physique pas non plus complètement mentale un mélange d'épuisement ancien et de découragement intime qui durait d'habitude jusqu'à qu'elle rentre chez elle.
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Par myker, le 19/05/2012
Un hiver à Lisbonne de
Antonio Muñoz Molina
On oublie plus rapidement une ville qu'un visage : le vide et les remords remplacent vite les souvenirs, et elle ne demeure intacte que si la conscience n'a pu l'altérer.
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Par myker, le 19/05/2012
Un hiver à Lisbonne de
Antonio Muñoz Molina
Je crois qu'il y a des villes où l'on revient toujours et d'autres où tout se termine : Saint-Sébastien fait partie des premières, même si on a le sentiment de se trouver au bout du monde quand on regarde l'embouchure du fleuve, depuis le dernier pont, par une nuit d'hiver, lorsque la mer recule et que les vagues, crinières ourlées d'écume argentée, s'échappent de l'obscurité.
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Par myker, le 19/05/2012
Un hiver à Lisbonne de
Antonio Muñoz Molina
Mais un musicien sait que le passé n'existe pas, déclara-t-il soudain, comme pour réfuter une pensée que je n'avais pas énoncée. Ceux qui peignent ou écrivent le conservent, sous forme de mots ou de tableaux ; en revanche un musicien demeure dans le vide. A l'instant précis où il s'arrête de jouer, la musique cesse d'exister. Elle est le présent absolu.
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Par patouche, le 09/05/2012
Pleine lune de
Antonio Muñoz Molina
Elle faisait ses devoirs comme chaque soir sur la table de la salle à manger dont elle avait soigneusement retiré la décoration de fleurs artificielles pour dégager l'espace qu'il fallait pour ses cahiers à double lignage, ses livres qu'elle avait elle même couverts de plastique adhésif, la trousse à fermeture éclair ou elle rangeait les crayons, le taille-crayon, la gomme, chaque chose à sa place et toutes singulièrement attrayantes pour elle, si douces à toucher, à regarder, à sentir.
Elle aimait beaucoup l'odeur des crayons et celle des cahiers, la volupté modeste de l'odeur de la gomme, du bois, de l'encre acide des crayons feutre, elle s'absorbait à écrire avec un crayon bien taillé, sans dépasser la double ligne bleue du cahier, ou à colorier un dessin qu'elle venait de finir, tout entière occupée, avec une délicate gravité d'enfant.
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Par VanessaV, le 11/03/2008
Séfarade de
Antonio Muñoz Molina
Il est certain que beaucoup d’entre nous aimeraient vivre dans le passé immuable de nos souvenirs, qui semble se répéter identique à lui-même dans le goût de certains aliments et dans certaines dates marquées de rouge sur les calendriers, mais sans nous en rendre compte nous avons laissé grandir en nous un éloignement que ne guérissent pas les voyages si rapides, et que ne soulagent ni les rares appels téléphoniques que nous passons ni les lettres que nous avons cessé d’écrire depuis des années.