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Par litolff, le 16/11/2010
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Parce que nous sommes espagnols et que les Espagnols ne peuvent jamais être entièrement heureux, une variété domestiquée et ivre de désespoir se penchait sur les commissures des lèvres, l’humidité des yeux, les arêtes du visage de ces hommes secs, consumés, épuisés par l’exercice constant de leur dureté, qui levaient un verre pour recommencer, l’un après l’autre, "morte la bête, mort le venin".
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Par caro64, le 04/05/2011
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Pour vivre ici (en Espagne), il y a des choses qu’il ne vaut mieux pas savoir, voire ne pas comprendre, tout laisser en l’état : les branches du pommier perpétuellement nues, les fruits par terre, disposés avec soin, astuce avantageuse et mesquine qui plaît au scénographe habitué à travailler sans témoins, car ceux qui ne sont pas encore des cadavres sont déjà morts de peur. (…) Par amour ou par calcul, pour protéger une fillette en particulier ou ses propres arrières, il vaut mieux ne pas savoir, ou mieux encore, que personne ne sache, et tant d’années se résument à ça, trois générations entières, presque un siècle de douleur, d’orgueil.
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Par malaikat, le 30/12/2008
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Je sais que je pensai alors que ce n'était peut-être pas si grave. Le cynisme maquillé de ma mère, ses sourires impitoyables et précis, l'écorce de pierre de son âme, une entaile endurcie, sèche, là où aurait dû se trouver son coeur, me piquaient les yeux et me gonflaient les gencives comme un goût amer et acide, que mes sens confondaient avec le goût imaginaire du sang. Et pourtant, mon histoire n'était qu'une histoire, parmi tant d'autres semblables, grandes ou petites, des histoires tristes, laides, sales. De ces histoires qui ont toujours l'air de mensonges, mais qui ne disent que la vérité.
Juste une histoire espagnole.
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Par caro64, le 04/05/2011
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Petit espagnol qui vient au monde, d’où que tu sois, ne compte jamais que Dieu te préserve. Préserve-toi tout seul des questions, de leurs réponses, et de leurs raisons, ou une des deux Espagnes te glacera le cœur.
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Par caro64, le 04/05/2011
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Le temps a fait son œuvre, me direz-vous et vous avez raison, mais nous portons tous encore la poussière de la dictature sur les chaussures, vous aussi, même si vous ne le savez pas.
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Par nadejda, le 16/07/2011
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Ils s’étreignirent sans rien ajouter, et celui qui survécut se rappela toujours cette étreinte, la conserva parmi les instants les plus précieux de sa vie, l’évoqua avec la cupidité de l’avare qui compte son argent sans se lasser et le revécut souvent, dans les périodes les plus dures et dans les meilleures, entre l’éblouissement de l’amour et l’attente de la mort, entre la rapidité de l’infortune et la lenteur de la prospérité, entre l’odeur de peur que dégageaient les wagons des trains, celle des nuits à la belle étoile et l’oubli inconscient de l’odeur de la peur, et après, avec les émotions et les désirs, avec les dimanches et les jours ouvrables, avec la chaleur du corps de sa femme les nuits d’hiver où il fallait s’emmitoufler et les rires de leurs enfants qui grandissaient sans le fardeau épuisant de la mémoire, Ignacio Fernandez Munoz conserva toujours le souvenir de cette étreinte comme un trésor sans prix, le sauf-conduit qui lui permit de rester vivant, d’arriver à être heureux dans un monde où Mateo, son frère n’existait plus. p310
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Par malaikat, le 07/01/2009
Malena c'est un nom de tango de
Almudena Grandes
Quand je m'efforce d'évoquer ces jours-là, il m'arrive de ne pouvoir distinguer le réel de l'imaginaire, ce qui s'est réellement passé de ce qui n'a existé que dans mes rêves, parce que je me suis trop attardée dans ces souvenirs et que je les ai gâchés ou parce que désir et réalité n'avaient jamais été si proches, fondus l'un en l'autre, qu'à ce moment-là.
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Par nadejda, le 16/07/2011
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Mateo Fernandez aimait sa femme. Peut-être jamais autant qu’en cet instant. Tandis qu’il s’approchait d’elle et la prenait dans ses bras, la soutenant avec la tendresse d’un père qui berce son nouveau-né, il était plus sûr de lui que jamais, de la femme qu’il aimait, de la sorte d’amour qui est la seule à prospérer dans les temps difficiles.
(...) Tes fils se battent pour toi, et pour moi, pour ce que nous sommes toi et moi, pour ce que nous avons toujours été. Nous sommes tous impliqués, tu ne comprends pas ? C’est ta famille, toute ta famille qui joue sa vie. Nous la jouons tous, chacun à notre tour. Par malheur, ce n’est plus de la politique. C’est la guerre, Maria. p304
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Par nadejda, le 17/07/2011
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
"Mon fils chéri, mon fils chéri, mon fils...i
Dans la mémoire d'Ignacio Fernandez Munoz, ces larmes silencieuses et chaudes, qui pleuraient sur sa vie et sur la mort de Mateo, la ruine certaine et le salut improbable de sa famille, devaient se fondre avec d'autres larmes différentes et pourtant semblables, lointaines mais proches. Il lui semblait que les yeux de sa mère, ceux de nombreux autres hommes et femmes avec des histoires distinctes, similaires, étaient pris dans une boucle insupportable et perverse, condamnés à verser toujours, depuis toujours et pour toujours les mêmes pleurs. p481
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Par litolff, le 17/05/2010
Le coeur glacé de
Almudena Grandes
Les femmes ne portaient pas de bas. Leur genoux larges, bombés, charnus, soulignés par l'élastique des chaussettes, dépassaient parfois de leurs robes, qui n'étaient pas des robes, mais des sortes de housses en toile légère, sans forme et sans revers, auxquelles je n'aurais jamais su donner un nom. Ce fut ce qui attira mon attention sur elles, plantées comme des arbres étiques dans l'herbe négligée du cimetière, sans bas, sans bottes, sans rien d'autre pour se couvrir qu'une veste en gros tricot qu'elles serraient contre leur poitrine avec leurs bras croisés.
Les hommes ne portaient pas de manteau non plus, mais ils avaient boutonné leurs vestes, en laine épaisse elles aussi, plus sombres, pour dissimuler leurs mains dans leurs poches de pantalon. Ils présentaient entre eux la même ressemblance que les femmes. Ils avaient tous une chemise boutonnée jusqu'au cou, la peau rêche, rasée de frais, et les cheveux très courts. Certains avaient coiffé un béret, d'autres non, mais leur posture était la même, les jambes écartées, la tête très raide, les pieds bien campés sur le sol, des arbres comme elles, courts et massifs, capables de supporter des calamités, très vieux et très robustes à la fois.
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