Peut-être que
Victor Hugo s'était inspiré de ce portrait de l'infant Don Carlos, réalisé par Sánchez Coello, repris sur la couverture des éditions GF-Flammarion, montrant le futur empereur du Saint Empire romain germanique tel un jeune homme suffisant et vaniteux, quand il créa l'un de ses premiers drames :"
Hernani". Car l'une des belles réussites de cette pièce est la peinture de ce fabuleux personnage, Don Carlos, futur Charles Quint. Ce monarque de droit divin, arrivé au pouvoir par les privilèges de sa naissance, se transformera du tout au tout après son élection au titre d'empereur. D'héritier riche, prétentieux, arrogant et égocentrique, il deviendra un homme responsable, à partir du moment où il se sentira missionné par tout un peuple. La France monarchique de la Restauration fut donc bien attaquée par
Victor Hugo, qui ne voyait rien de bon dans le retour de l'Ancien régime.
Ce drame provoqua à l'époque un véritable scandale, pas uniquement pour ses positions politiques. La forme choqua les grands adeptes du théâtre classique.
Victor Hugo, s'inspirant de l'intemporel
Shakespeare, voulait briser les chaînes trop étroites et trop étriqués qui étouffaient toute velléité de création. Comme toujours, ses audaces ne firent pas que des heureux et firent aboyer les imbéciles. La réception de l'œuvre est d'ailleurs très bien évoquée par l'édition Flammarion qui reprend, en fin de volume, les récits des témoins de l'époque : l'auteur lui-même, quelque peu amer après les nombreuses attaques qu'il reçut, mais conscient des faiblesses de sa pièce et, l'un de ses fidèles défenseurs,
Théophile Gautier, qui retrace avec brio l'ambiance surchauffée et électrique de la première, à une époque où le spectateur de théâtre n'était pas un bon père respectueux, docile et sage, mais un être irritable, braillard et tumultueux. le spectacle était donc sur le plateau, mais aussi et surtout dans la salle.