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Par Villoteau, le 30/01/2013
La Guerre d'Algérie expliquée à tous de
Benjamin Stora
– Dès le mois de janvier 1955, c'est-à-dire deux mois seulement après le
début de la guerre, la torture est dénoncée publiquement. L'écrivain
François Mauriac publie un article à ce sujet dans le journal L'Express.
Toujours en 1955, des rapports sont rédigés et adressés aux plus hauts
responsables politiques. La torture est donc connue. Elle n'est pas employée
pour la première fois, loin de là, au moment de la bataille d'Alger. Mais son utilisation courante durant cette année 1957 va provoquer une prise de conscience. Plusieurs soldats font paraître leur témoignage. Je cite l'un d’eux :
«Nous sommes désespérés de voir jusqu'à quel point peut s'abaisser la nature humaine et de voir des Français employer des procédés qui relèvent de
la barbarie nazie.».
– La comparaison avec les méthodes nazies
est-elle juste?
– Infliger des souffrances physiques insupportables
pour faire parler était une pratique
de la Gestapo. Paul Teitgen, secrétaire
général de la police d'Alger, qui démissionne
pour protester contre les pratiques
du général Massu et des parachutistes, écrit
ainsi :«En visitant les centres d'hébergement,
j'ai reconnu sur certains assignés les
traces profondes des sévices ou des tortures
qu'il y a quatorze ans je subissais personnellement
dans les caves de la Gestapo à
Nancy.»
Mais la Seconde Guerre mondiale
– notamment l'ampleur de la machine exterminatrice
nazie – ne peut être comparée
à la guerre d'Algérie.
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Par de, le 23/10/2011
Le 89 arabe de
Benjamin Stora
La première vertu des révolutions, c’est d’ouvrir l’horizon des possibles. Pour les conservateurs, tenants des désordres établis et des ordres injustes, l’histoire est toujours écrite d’avance, pavée de fatalités et de déterminismes, de pesanteurs économiques et de sujétions politiques. Quand, à la faveur de l’événement révolutionnaire, les peuples surgissent sans prévenir sur la scène, c’en est soudain fini de ces fausses évidences et de ces illusoires certitudes. L’histoire s’ouvre sur d’infinies possibilités et variantes où la politique redevient un bien commun, partagé et discuté, sur lequel la société a de nouveau prise.
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Par de, le 07/11/2012
Voyages en postcolonies: Viêt Nam, Algérie, Maroc de
Benjamin Stora
Le voyage perpétuel vers le passé embelli de la colonisation signale une crise du futur, une angoisse de l’avenir en termes de projet politique
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Par de, le 23/10/2011
Le 89 arabe de
Benjamin Stora
ce qui se passe en 2011 non pas comme une nouvelle période qui s’ouvre, mais comme une suite d’histoire interrompue. Les peuples reprennent l’histoire là où elle s’est arrêtée dans les années 1960-1970
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Par Villoteau, le 30/01/2013
La Guerre d'Algérie expliquée à tous de
Benjamin Stora
– Il est difficile de généraliser autant de cas individuels.
Tous les appelés ne vivent pas la même guerre, selon
l'époque à laquelle ils sont mobilisés, le lieu où ils sont
affectés, ou encore la fonction qu'ils occupent. Mais on
peut tenter de trouver des points communs et ainsi cerner
des expériences partagées. Pour beaucoup de soldats
venus de la métropole, la guerre d'Algérie commence
par une épreuve pénible: la traversée de la Méditerranée,
entassés dans un paquebot, parfois dans les cales. Cette
traversée représente pour eux un saut vers l'inconnu –
c'est généralement la première fois qu'ils voyagent hors
de l'Hexagone. Une fois sur le sol algérien, ils suivent
une période d'instruction. Ils apprennent à tirer mais
surtout à marcher, à «crapahuter». Ils doivent aussi apprendre
à supporter l'éloignement, l'absence de femmes,
la répétition des tâches, l'ennui... (…)
– Mais comment se passe la guerre, pour eux, au quotidien?
– Ils mènent des opérations de surveillance, par exemple
dans une rue ou près d'une ferme. Ils arrêtent des «suspects
» au hasard, lors d'opérations de «ratissage». Ils
doivent faire face à un ennemi le plus souvent invisible,
qui connaît beaucoup mieux le terrain qu'eux. Leur entraînement
est médiocre, ils sont éparpillés sur de vastes
étendues, ce qui les rend vulnérables.
Ainsi, le 18 mai 1956, à Palestro (l'actuelle Lakhdaria),
une commune située au nord de l'Algérie, 21 soldats
tombent dans une embuscade de l'ALN. Un seul survit,
délivré cinq jours plus tard par des parachutistes. Les cadavres
des autres jeunes Français sont retrouvés mutilés.
En métropole, la nouvelle provoque une très grande
émotion. Comme si elle suscitait une soudaine prise de
conscience.
Pour le public, cette embuscade réveille en quelque sorte
la vraie nature du conflit qui se déroule en Algérie: une
guerre où de jeunes Français meurent dans des conditions
atroces. Palestro n'est pas la seule attaque de ce
type contre des soldats du contingent mais, pour ces derniers,
elle devient l'exemple par excellence de ce qu'ils
redoutent: tomber dans un guet-apens, se trouver dans
l'incapacité de se défendre, être tués puis mutilés. L'embuscade
de Palestro nourrit les récits qu'ils se racontent
entre eux. Elle alimente leurs angoisses quotidiennes.
Car, en Algérie, les soldats font l'expérience de l'attente
inquiète, de la peur, de la violence.
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Par Villoteau, le 30/01/2013
La Guerre d'Algérie expliquée à tous de
Benjamin Stora
Mes parents ont décidé de
partir au mois d'avril 1962.Ils
ne nous ont rien expliqué, tout
en essayant de nous rassurer.
Mais ma soeur et moi écoutions
leurs conversations angoissées
le soir, derrière la cloison.
Avant de quitter l'Algérie, nous
avons fait une photo avec les
tantes, les oncles, et mes nombreux
cousins germains.
Ma mère ne s'est jamais habituée
à l'anonymat de Sartrouville,
en région parisienne, où
nous nous sommes installés.
Chaque fois qu'elle revenait des
courses, elle soupirait :«Je n'ai
pas vu une seule tête connue
dans la rue.» Pour les Français
de métropole, nous étions
désormais des "pieds-noirs". Et
pour l'administration française,
nous étions des "rapatriés".
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Par de, le 23/10/2011
Le 89 arabe de
Benjamin Stora
Le lien collectif se fabrique dans le réel, dans le fait de rencontrer effectivement des gens, de se retrouver, de partager aussi des traumatismes réels et de les surmonter ensemble. On ne peut y parvenir dans la solitude de l’internaute
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Par Villoteau, le 30/01/2013
La Guerre d'Algérie expliquée à tous de
Benjamin Stora
– Tu avais quel âge au moment de la guerre
d'Algérie? En as-tu des souvenirs?
– Je suis né en Algérie en 1950. J'ai donc grandi
pendant cette guerre. Elle s'est déroulée quand
j'avais entre 4 et 11 ans. J'ai beaucoup de souvenirs
de cette période, certains très vifs, d'autres plus
flous, comme le sont parfois les souvenirs d'enfance.
Je garde en mémoire des sensations, des émotions ,
des odeurs, la délicieuse tfina (le plat des Juifs de
Constantine, ma ville de naissance), les pique-niques
sur la plage de Stora... Mais aussi des souvenirs plus
douloureux, comme les drames qui ont touché ma famille.
Je me souviens particulièrement du moment où nous
avons quitté l'Algérie avec mes parents et ma soeur, en juin 1962. (…)
Moi, j'étais un enfant et je savais que c'était un exil sans retour,
que je laissais derrière moi le pays qui m'avait vu naître.
Mais aujourd'hui, mon travail d'historien, c'est de prendre de la
distance par rapport à mes souvenirs personnels, mon cas individuel,
pour raconter une histoire beaucoup plus large. Une histoire qui concerne
les peuples de France et d'Algérie, et qui a encore de fortes répercussions
aujourd'hui. J'essaye de comprendre, et de faire partager mes connaissances
sur cette guerre, qui a arraché des gens à leur terre natale et qui a permis
aux Algériens d'arracher leur indépendance. Je pense que ce mot "arrachement"
est l'un de ceux qui permettent de définir la guerre d'Algérie.
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Par de, le 09/10/2011
Les trois exils : Juifs d'Algérie de
Benjamin Stora
Cette période de guerre allait montrer à quel point l’attachement à la France émancipatrice pouvait tourner à la mise en retrait de son propre environnement et de ses origines historique ; mais aussi comment le processus d’assimilation à la culture française ayant fait son œuvre depuis des décennies, le basculement irréversible vers l’Algérie française conduisait à la séparation d’avec les Algériens musulmans
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Par de, le 07/11/2012
Voyages en postcolonies: Viêt Nam, Algérie, Maroc de
Benjamin Stora
Le tracé des frontières, voulu par le colonisateur, a freiné la circulation des populations et des biens dans cet espace pourtant fluide. De sorte que les revendications territoriales ont joué très vite, dès l’accession aux indépendances, un rôle décisif d’affirmation identitaire nationale, et d’animosité entre le Maroc et l’Algérie, alors que rien, historiquement, ne laissait prévoir une telle opposition
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