-
Des camions de tendresse de
Françoise Rey
"Alors elle porte lentement sa main aux boutons de sa robe, elle les ouvre sans qu'il ait le courage de protester.
_ Regarde ce que tu as fait, Hamid, regarde, personne ne m'aide plus, je ne peux plus porter de soutien-gorge, mes seins sont lourds à hurler, regarde.
Il dit "Non, non...", et il regarde, de tous ses yeux, les globes blancs dans l'azur de la robe, ils ont encore gonflé depuis le temps qu'il s'interdit d'y porter les yeux, un réseau compliqué de veines bleues les irrigue, deux framboises sombres et charnues les ponctuent, la petite croix d'or disparaît entre leur renflement voluptueux.
Le spectacle lui mouille la bouche, lui durcit le ventre, Allah l'abandonne.
_ Non, non, balbutie-t-il encore. L'enfant...
_ L'enfant n'est à personne, qu'à moi, dit-elle, et je te le donne, je veux le partager avec toi, prends-le, accepte-le, touche-le.
La main calleuse, imparfaite, la main aux ongles cassés, aux tendons noueux, s'approche en tremblant. Il n'a jamais encore touché un ventre habité, celui-là non plus, jamais, c'est la première fois.
_ Ce que je fais pour toi, Madame, murmure-t-il, tout ce que je fais pour toi, Dieu me pardonne!."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Mon désir de Marie, me hâte de nos retrouvailles me penchent vers elle."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Est-il possible que par elle me vienne tant de bonheur et de malheur ensemble? Qu'avec le tourment elle dispense le remède, avec l'harmonie, l'inquiétude? Marie, ma crucifixion..."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Le temps où, minuscule au berceau de mes deux ans, je rêvais de castrer mon père et de le ressusciter."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Phillipe, tu as été l'un des plus beaux garçons de ma vie, et pour rien au monde je n'aurais voulut voir ou toucher ton sexe. J'avais, à cette époque, l'impression que cette partie du corps de tes semblables était vouée au secret du cachot, ou, au mieux, de l'obscurité."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Je reste persuadée que les garçons portent entre leurs jambes la signature minable de leur piètre condition."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Et je ne puis imaginer ces regards sur moi, sur la fourche de mes jambes levées, sur la plaie de mon sexe ouvert, sans frémir."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Pour l'instant, mon enfance touche à sa fin, une enfance de petite fille trouée, bouchée, ouverte et recousue, de petite fille humiliée, coupable, salie, irrémédiablement constipée, irrémédiablement infectée."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Le miracle de la naissance. En encore plus miraculeux car on s'est passé de l'homme. L'univers de la maternité, c'est notre monde à nous, un monde de petites filles, un monde de petites femmes, qui se soignent et s'opèrent, un monde d'amazone pacifiques. Sans violence, sans souffrance, sans garçons. Non sans plaisir."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Partout, dans la famille, dans l'immeuble, ce ne sont que des rumeurs de femmes plaintives, comparaisons de dommages, de plaies et bosses tant physique que morales, toutes signatures d'un même bourreau: l'homme. On estime, on évalue. Celui de Mme Viallet, il est terrible! Pas tant que celui de la mère Simone! On procède chaque jour à l'élection du roi d'Epire, du roi des pires."
-
La Gourgandine de
Françoise Rey
"Cours, Tatan, cours vite: ton patron te guette, et après lui, ton mari. Va, je sais tout, si je n'ai pas tout compris. C'est un salaud et il t'oblige. Moi, on me fait pareil avec la poire à lavement."
-
Nuits d'encre de
Françoise Rey
Homme blond, mon amour...D'un rêve à l'autre, tu te ressembles. A peine vieilli, à peine marqué par vingt ans passés à te trouver, à te perdre et à te rechercher encore... Et moi qui ai grandi, j'ai gardé des trésors pour ta bouche gourmande, tes mains douces, ta queue de velours, et le clair azur de tes yeux, que fonce à peine la palpitante approche du plaisir. Que ces yeux-là toujours me voient avec bonté !