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Journaux de jeunesse de
Anaïs Nin
Que de pouvoir a un livre simple et beau ! Il me semble que j'avais soif et que tout à coup j'ai trouvé un petit ruisseau délicieusement frais et joyeux pour me rafraîchir.
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Par iarsenea, le 26/04/2010
Journal d'enfance de
Anaïs Nin
Certes je ne crois pas que personne puisse comprendre la tristesse qui habite mon âme, je souris, je ris comme tout le monde, mais chaque sourire est une larme de plus qui se concentre dans mon âme jusqu'à ce qu'éclatent ces perles d'amertume sur ces pages où elles restent.
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Journal de
Anaïs Nin
Ce volume du journal (n°54) est grand. Un grand cahier honnête, exubérant que m'a offert Henry sur lequel je peux m'épancher au-delà du journal, en embrasser davantage, me transcender. Le petit cahier que je pouvais glisser dans ma poche était à moi, celui-ci je ne peux le saisir, le cacher, le retenir, le contenir. Il s'étale. Il s'affirme. Il est posé sur mon bureau comme un véritable manuscrit. C'est une toile plus grande. Pas d'inscriptions marginales, faites délicatement, discrètement, mais du travail, de l'affirmation. Il se trouve que je suis seule. Je peux le laisser sur mon bureau. L'endroit m'appartient totalement. Je vais peut-être y inclure le monde. Je néglige le monde. Henry avait raison, ce que j'écris est moins communicable que ce qu'il écrit lui, parce qu'il a une amour humain de l'écriture, des mots, il prend un plaisir sensuelle à écrire c'est une chair et une nourriture, alors que j'éprouve un certain mépris vis-à-vis de la joie sensuelle de l'expression, je recherche la signification, le contenu. Quête solitaire qui m'isole. Henry est plus proche de tous à cause du langage, parce qu'il aime parler, formuler, partager. Il s'intéresse à la communication, et moi à l'exploration, aux découvertes, à la poursuite d'états d'esprits, sentiments insaisissables. Nous allons un peu regarder, mon journal, les jouissances autour de nous. Nous nous attarderons sur les plaisirs sensuels du langage, le verbe fait chair, et nous nous préoccuperons moins de la signification. Henry bien souvent ne s'occupe pas du sens. Peu lui importe qu'un paragraphe vienne contredire ou anéantir l'autre.
Livre de Poche n° 3902, page 321
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Par iarsenea, le 26/04/2010
Journal d'enfance de
Anaïs Nin
Confident que j'aime, me promets-tu de toujours garder mon coeur que je t'ai donné, les pensées qu'à toi seul j'ai exprimées ? Oh ! Réponds-moi ? Oui, n'est-ce pas, quand même je suis sûre que personne ne voudra t'écouter si tu te mettais à dire tout ce que je t'ai donné ou confié. Non, personne n'écouterait les idées d'une folle comme moi.
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Par iarsenea, le 26/04/2010
Journal d'enfance de
Anaïs Nin
Ces yeux gris si doux
Quand on n'est point fous.
Ces yeux si terribles
Quand on le mérite
Ces yeux qui percent la nuit
Pour me suivre quand je fuis,
Ces yeux sombres qui percent
Mon coeur;
Ces yeux tentants que parfois je fuis pour leur trop grande douceur
Hélas où me cacher ?
Le mal fait, ils sont si fâchés !
Et le bien, si doux, si bon,
Tant que mon coeur se fond.
Et les yeux-illusion peut-être,
Ce sont ceux de la conscience
De mon être.
(À Arcachon, 9 ans)
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Par Pau, le 04/06/2010
Vénus érotica de
Anaïs Nin
- On ne peut pas aimer à volonté, répondait-elle.
Je ne veux pas d'érotisme sans amour. Et l'amour
profond ne se rencontre pas si souvent.
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Par iarsenea, le 26/04/2010
Journal d'enfance de
Anaïs Nin
Maintenant plus calme j'ai relu ces pages, mais j'ai pensé que si, après que je ne serai plus, quelqu'un venait (par une indiscrétion que je pardonne d'avance) à lire ces lignes, il dirait: Cette enfant, pour penser au divorce de cette manière, doit avoir lu cela quelque part. Non, et malgré mon âge je connais la vie, je peux juger le monde rien qu'en le voyant qu'une fois.
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Par iarsenea, le 26/04/2010
Journal d'enfance de
Anaïs Nin
Oh, Océan sévère
Aux couleurs de ciel en colère,
Qui semble gémir jour et nuit
Avec un lent murmure comme un rêve qui fuit.
Oh, Océan sévère
Qui semble pleurer la folie
De ce monde que l'on dit joli
Et qui gronde lentement et se venge
Dans une plainte éternelle et étrange.
Oh, Océan sévère
Qui berce une force impuissante
Contre cette terre pleine de joie trompeuse et incessante.
Oh, Océan sévère
Qui berce une ambition étouffée
Qui semble vouloir s'élancer
Et engloutir dans un éternel oubli
Cette terre objet de son juste courroux,
Alors, oh! Océan sévère,
Tes tristes plaintes et tes larmes seront taries,
Et tu deviendras une caresse au lieu d'un océan en furie.
(8 décembre 1915, douze ans)
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Journal 1944 - 1947 de
Anaïs Nin
Visite de Frances à qui j'ai montré les aquarelles de Léonard. Elle les a trouvées techniquement très belles, très bien faites, mais lointaines.
Comme Léonard se plaint de ne pouvoir exprimer ce qu'il ressent, je lui écris :
Exprimer ce que l'on ressent est lié directement à la création. J'ai été aidée en cela par mon habitude de tout confier au Journal. Vous vous trouvez dans un environnement stérile et vous avez tendance à vous replier sur vous-même. Cela sera mauvais pour vous en tant qu'artiste, écrivain ou peintre. Il faut être capable d'exploiter les richesses du sentiment et de l'imagination, c'est là que réside le secret de l'abondance. Le repliement risque d'engendrer la stérilité ou le dessèchement. Essayez d'écrire dans votre Journal pour entretenir cette petite flamme. Développez, ouvrez, nommez, décrivez, exclamez-vous, peignez, caricaturez, dansez, sautez dans vos écrits. Nous sommes ici en tant qu'écrivains pour dire tout. Parlez pour vos humeurs, rendez votre silence éloquent. Les dessins que vous n'avez pas envoyés sont un visage fermé au monde.
Journal : mai 1945 p. 104
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Journal 1944 - 1947 de
Anaïs Nin
Leonard écrit : " Chacun de mes rêves transformé en histoire, couché sur le papier et livré au public est un rêve de moins pour moi, et j'en ai déjà si peu. "
Je lui réponds :
Beaucoup d'écrivains ont éprouvé ce que vous ressentez. Maurice de Guérin répugnait tellement à livrer ses pensées intimes qu'il les écrivait dans un Journal secret qui ne fut publié par sa sœur qu'après sa mort. Amiel écrivait un Journal intime et c'est tout. Rilke se plaint de cela dans ses lettres à un jeune poète que je vous enverrai plus tard. J'irai jusqu'à dire que l'écriture d'une poésie énigmatique est une expression de cette répugnance : on y est revêtu de symboles, protégé par le mystère d'une complète exposition au monde. Mais il y a un autre aspect à cela. Ecrire signifie tout donner. Impossible de rien garder pour soi. Les meilleurs écrivains sont ceux qui donnent tout. Il y a cependant le choix du vêtement : fiction, symbolisme, poésie, etc. Je partage votre opinion qu'un rêve donné ne nous appartient plus, mais il est vrai aussi que plus on donne de rêves, plus on produit de rêves pour combler le vide, et cette faculté se développe à mesure qu'on l'exerce. C'est comme l'amour. Plus on la dépense, plus on libère de nouvelles sources, de nouvelles énergies. Refuser de tout dire dessèche, inhibe et en fin de compte tue les graines. Lorsque vous communiquez votre rêve, vous risquez de vous sentir pauvre au début. Mais l'instinct, comme celui de la nature, est de renouveler, de féconder. C'est vrai, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte. Plus j'écris, plus je donne, plus j'aime, plus puissante jaillit la source. L'écrivain, s'expose sous n'importe quelle forme, en définitive, ainsi que nous faisons en amour, mais c'est un risque que nous devons prendre.
Je me rappelle fort bien à votre âge j'étais paralysée de timidité et n'osais rien écrire en dehors du Journal où je me sentais à l'abri des regards inquisiteurs ou critiques. Et puis n'oubliez pas que les rêves engendrent les rêves. Si je n'avais pas raconté mon rêve de la péniche, écrit une histoire, et renoncé ainsi à mon secret, ma propriété personnelle, l'histoire n'aurait pas été lue par un garçon de dix-sept ans à Yale, et il ne serait pas venu me trouver pour m'offrir un rêve de Gaspard Hauser.
Juillet 1945, Le Livre de Poche, p. 104.
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