-
Par hoel, le 01/03/2010
Mezquite Road de
Gabriel Trujillo Munoz
Il dut se rendre à l'évidence : à Mexicali, la vie était plus qu'ailleurs précaire, hâtive et saisonnière, et pas à cause de la chaleur extrême. « Une décharge d'électricité, songea-t-il. Un temps compact à l'extrême. Cette ville a plus évolué en un siècle que d'autres en mille ans. Ses habitants ressemblent à des lévriers de course. Ils foncent derrière un lièvre qu'ils ne pourront jamais rattraper, un lièvre qui représente les rêves de tout un chacun : l'argent facile, le pouvoir d'achat, les offres d'emploi, chimères qui deviennent parfois réelles, mais ont alors, pour la plupart, la vie trop brève. Ici, les cycles s'accomplissent en un instant. »
En s'arrêtant à un carrefour, il eut l'impression de faire corps avec la foule des touristes gringos, des bonimenteurs sans lendemain, des marchands ambulants et des péripatéticiennes, des policiers impuissants ou corrompus, des Mixtèques implorants, des musiciens des rues souriants, des mendiants aveugles, des Chinois impassibles et des prédicateurs de la vieille bonne nouvelle ; de faire corps avec ce cirque de fauves domptés et de dompteurs plus féroces les uns que les autres en train de fermenter, mêlés, dans le même bouillon de culture.
> lire la suite
-
Par kathel, le 26/02/2010
Mezquite Road de
Gabriel Trujillo Munoz
- Que puis-je vous dire de plus ? demanda la veuve en regardant Morgado. C’était malgré tout un brave homme.
La maison où ils se trouvaient était une fournaise. Un rafraîchisseur d’air ronronnait sans arriver à diminuer un tant soit peu la chaleur qui régnait dans le salon, ce dont ne semblait aucunement se soucier la femme en deuil qui lui débitait une véritable hagiographie de son défunt mari comme s’il s’agissait d’une histoire connue par cœur à force d’être répétée.
- Mon Heriberto était comme ça. Joueur, coureur, bon père et bon époux. Rien qui sorte de l’ordinaire.
Morgado n’ouvrait pas la bouche. La chaleur l’abrutissait. Si elle lui avait au moins offert de la bière. Mais il n’y avait même pas d’eau dans la pièce.
- Voilà pourquoi j’ai demandé à Atanasio, qui était son ami, et qui est le parrain de ma fille aînée, de m’aider à tirer l’affaire au clair. Vous savez à quel point il est difficile, pour une veuve, de demander une chose pareille. D’aller contre l’avis de tout le monde. On me dit de laisser mon Heriberto reposer en paix, de ne pas remuer toute cette gadoue. Mais ce n’est pas dans mon caractère.
> lire la suite
-
Par hoel, le 29/11/2009
Tijuana city blues de
Gabriel Trujillo Munoz
- Combien de temps a-t-il passé en taule ?
- Je ne sais pas. C’est pour ça que je t’ai filé le bouquin. Mais j’ai l’impression qu’il n’y est pas resté longtemps. Quelques semaines, ou quelques mois. Je me souviens que c’était sous la présidence de Miguel Aleman, quand le pot-de-vin était un dieu omniprésent.
- Etait ? demanda Morgado.
Cette fois, il n’obtint pas de réponse.
-
Par hoel, le 01/03/2010
Mezquite Road de
Gabriel Trujillo Munoz
Morgado ne prêta guère attention à l'avertissement. Dans son esprit miroitaient alors de vieilles images douloureuses du labyrinthe de fausses pistes et d'impasses qu'était devenue sa dernière enquête à Mexico, dans laquelle la bureaucratie policière n'avait cessé de faire obstruction à ses recherches. Le cas qui le préoccupait à présent était très différent, bien sûr, mais non sans points communs avec cette autre affaire. Ici, la victime n'était pas une personnalité, comme là-bas, mais un individu ordinaire, avec de rares qualités et de gros défauts, qui n'avait rien d'héroïque, n'était pas connu. Mais comme à Mexico, Morgado retrouvait des acteurs qui échappaient à la loi, une justice qui n'en était pas une, et la violence comme seul recours. « Arrête de raisonner en avocat, se dit-il, tu n'es pas à une table ronde sur les droits de l'homme mais dans la réalité. Où il y n'y a aucun droit qui vaille. Seulement des crimes irrésolus. »
> lire la suite
-
Par Lencreuse, le 19/09/2010
Tijuana city blues de
Gabriel Trujillo Munoz
- Burroughs a lui aussi été un pionnier dans ce domaine, fit Leobardo, sourire aux lèvres ; un des premiers à considérer la vie comme une horreur et à ne pas détourner le regard, ni à reculer quand il s’est agi de lutter pour vivre sous l’empire de ses démons.
[…]
- Qu’ils sont beaux, vos mots, Leobardo : l’horreur, la violence, l’empire des démons ! Mais ils ne restent pas toujours sur le papier, dans une boîte. Ces idées-là, je les ai vues incarnées dans des hommes et des femmes qui ont tués et ont été tués. Il m’est aussi arrivé de les entendre, les voix de ces démons, et peut-être ne savez-vous pas combien c’est excitant de faire ce qu’elles réclament : le plaisir, la douleur, le dégoût, tout à la fois, d’un seul trait.
> lire la suite
-
Par hoel, le 01/03/2010
Mezquite Road de
Gabriel Trujillo Munoz
« - Et tu donnes des cours, aujourd'hui ?
- J'ai quelques recherches à faire et je donne des cours, oui. Si j'expliquais à mes élèves comment on prépare un cocktail Molotov, ils seraient les premiers à me faire envoyer à l'asile ou en prison. Les temps héroïques révolutionnaires sont révolus. Aujourd'hui, plus personne ne rêve, Morgado. On ne pense qu'à la réussite, à s'en mettre plein les poches. Les jeunes d'aujourd'hui sont pragmatiques. Ils veulent du fric pour consommer, avoir un statut social, profiter...
- La rébellion est encore vivante, Atanasio, ne sois pas pessimiste. Elle emprunte seulement d'autres chemins. »
> lire la suite
-
Par hoel, le 29/11/2009
Tijuana city blues de
Gabriel Trujillo Munoz
- Ecoutez maître, dit Leobardo sans se départir de son air austère, à Tijuana, les agressions, les vendettas, les règlements de compte, les crimes sordides, passionnels ou corporatifs sont monnaie courante. Ça ne date pas d’hier. Depuis la fondation de notre bien-aimé trou-à-rats, il en est toujours allé ainsi. Mais, vous êtes bien placé pour le savoir, il y a crime et crime. Ceux qui apparaissent au grand jour tels qu’ils se sont produits, et ceux qui restent dans l’ombre mais sont connus de tous et dont tout le monde parle. Vous me suivez ?
-
Tijuana city blues de
Gabriel Trujillo Munoz
Enfoirés de gringos, grommela Blondie. Toujours à nous considérer comme des sauvages. Des brutes. Des bêtes. Et eux ? Ce sont des petits saints ? De purs et durs tueurs en série, oui, voilà ce qu’ils sont, des cinglés de mes deux
-
Loverboy de
Gabriel Trujillo Munoz
« L’homme pensa alors aux conséquences de ses actes. Il pouvait avoir des ennuis avec la justice si quelqu’un apprenait comment ce rein sain, de la dimension de celui de son fils malade, était apparu en moins d’une semaine dans la banque d’organes de cet hôpital privé. Puis il réfléchit encore un peu et se vit en train de remplir sa déclaration d’impôts de l’année. Il allait falloir trouver moyen d’expliquer comment cinquante mille dollars s’étaient évanouis en fumée. Quand il en fut arrivé là, il chassa ces pensées. "
-
Par cbougeau, le 16/10/2009
Loverboy de
Gabriel Trujillo Munoz
« Assez haut au-dessus d’eux, une mouette tournoyait dans le ciel, en profitant peut-être du spectacle que lui donnaient ces bêtes suantes, ces mammifères haletants, devant la mer immaculée de San Felipe, sur la péninsule toujours vierge de Basse Californie »