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Par vincentf, le 04/07/2010
De la séduction de
Jean Baudrillard
La séduction des yeux. La plus immédiate, la plus pure. Celle qui se passe de mots, seuls les regards s'enchevêtrent dans une sorte de duel, d'enlacement immédiat, à l'insu des autres, et de leur discours : charme discret d'un orgasme immobile, et silencieux. Chute d'intensité lorsque la tension délicieuse des regards se dénoue en mots par la suite, ou en gestes amoureux. Tactilité des regards où se résume toute la substance virtuelle des corps (de leurs désirs ?) en un instant subtil, comme en un trait d'esprit - duel voluptueux et sensuel, et désincarné à la fois - épure parfaite du vertige de la séduction, et qu'aucune volupté plus charnelle n'égalera par la suite. Ces yeux-là sont accidentels, mais c'est comme s'ils s'étaient depuis toujours posés sur vous. Dénués de sens, ce ne sont pas des regards qui s'échangent. Nul désir ici. Car le désir est sans charme, mais les yeux, eux, comme les apparences fortuites, ont du charme, et ce charme est fait de signes purs, intemporels, duels et sans profondeur.
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Par Outis, le 25/10/2007
Les Stratégies fatales de
Jean Baudrillard
Tout ce qui oublie la mise en scène et la maîtrise de l’illusion pour verser dans la simple hypothèse et maîtrise du réel tombe dans l’obscène. Le mode d’apparition de l’illusion est celui de la scène, le mode d’apparition du réel est celui de l’obscène.
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
Notre société se pense et se parle comme société de consommation. Au moins autant qu’elle consomme, elle se consomme en tant que société de consommation, en idée. La publicité est le péan triomphal de cette idée.
[…] Sans cette anticipation et cette potentialisation réflexive des jouissances dans la « conscience collective », la consommation ne serait pas ce qu’elle est et n’aurait pas cette puissance d’intégration sociale. Elle ne serait qu’un mode de subsistance plus proche, plus plantureuse, plus différenciée que jadis, mais elle n’aurait pas plus de nom qu’elle n’en avait jusqu’à nos jours, où rien ne désignait comme valeur collective, comme mythe de référence ce qui n’était qu’un mode de survie (manger, boire, se loger, se vêtir), ou dépense somptuaire (parures, châteaux, bijoux) des classes privilégiées. Ni manger des racines ni donner des fêtes n’avait nom : consommer. Notre époque est la première où aussi bien les dépenses alimentaires courantes que les dépenses « de prestige » s’appellent toutes ensembles « CONSOMMER », et ceci pour tout le monde, selon un consensus total.
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
Cette difficulté d’être dans l’abondance démontrerait à elle seule, s’il le fallait, que la prétendue « naturalité » du désir de bien-être n’est pas si naturelle que ça –sinon les individus n’auraient pas tant de mal à s’y faire, ils sauteraient à pieds joints dans la profusion. Ceci devrait nous faire pressentir qu’il y a dans la consommation autre chose de tout différent, peut-être même l’inverse –quelque chose à quoi il faut éduquer, dresser et domestiquer les hommes- en fait un nouveau système de contraintes morales et psychologiques qui n’a rien à voir avec le règne de la liberté. Le lexique des néo-philosophes du désir est significatif à cet égard. Il n’est question que d’apprendre aux hommes à être heureux, de leur apprendre à se consacrer au bonheur, d’aménager chez eux les réflexes du bonheur. L’abondance n’est donc pas un paradis, le saut par-delà la morale dans l’immoralité rêvée de la profusion, c’est une nouvelle situation objective régie par une nouvelle morale. Objectivement parlant, ce n’est donc pas un progrès, c’est tout simplement quelque chose d’autre.
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Par Outis, le 25/10/2007
Les Stratégies fatales de
Jean Baudrillard
Ce qu’une femme ne vous pardonnera jamais, ce n’est pas de l’aimer, c’est de ne pas l’avoir séduite, ou, elle, de ne pas vous avoir séduit. Cela seul est inexpiable, et quelque amour ou tendresse que vous lui portez, elle finira toujours par en tirer une vengeance cruelle. N’ayant pu vous séduire, elle cherchera à vous anéantir.
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
Pour des millions de gens sans histoire, et heureux de l’être, il faut déculpabiliser la passivité. Et c’est ici qu’intervient la dramatisation spectaculaire par les mas médias (le fait divers/catastrophe comme catégorie généralisée de tous les messages) : pour que soit résolue cette contradiction entre morale puritaine et morale hédoniste, il faut que cette quiétude de la sphère privée apparaisse comme valeur arrachée, constamment menacée, environnée par un destin de catastrophe. Il faut la violence et l’inhumanité du monde extérieur pour que non seulement la sécurité s’éprouve plus profondément comme telle (cela dans l’économie de la jouissance), mais aussi pour qu’elle se sente à chaque instant justifiée de se choisir comme telle (cela dans l’économie morale du salut).
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
Grâce à ses prélèvements et à ses transferts économiques, l’instance sociale (c’est-à-dire l’ordre établi) se donne le bénéfice psychologique de la générosité, se donne comme instance secourable. Tout un lexique maternel, protectionniste désigne ces institutions : Sécurité sociale, assurances, protection de l’enfance, de la vieillesse, allocations chômage. Cette « charité » bureaucratique, ces mécanismes de « solidarité collective » -et qui sont tous des « conquêtes sociales » - jouent ainsi, à travers l’opération idéologique de redistribution, comme mécanisme de contrôle social. […] D’une pierre deux coups : le salarié est bien content de recevoir sous les apparences du don ou de la prestation « gratuite » une partie de ce dont il avait été auparavant dessaisi.
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
|…] la destruction reste l’alternative fondamentale à la production : la consommation n’est qu’un intermédiaire entre les deux. […] la plupart du temps, les objets sont là par défaut, et c’est pourquoi leur abondance même signifie paradoxalement la pénurie. Le stock, c’est la redondance du manque, et signe de l’angoisse. Dans la destruction seule, les objets sont là par excès, et témoignent, dans leur disparition, de la richesse. Il est en tout cas évident que la destruction soit sous sa forme violente et symbolique […] soit sous sa forme de destructivité systématique et institutionnelle, est vouée à devenir une des fonctions prépondérantes de la société post-industrielle.
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
Dégradation du cadre collectif par les activités économiques : bruit, pollution de l’air et de l’eau, destruction des sites, perturbation des zones résidentielles par l’implantation de nouveaux équipements (aéroports, autoroutes, etc.). L’encombrement automobile a pour conséquence un déficit technique, psychologique, humain, colossal : qu’importe, puisque le suréquipement infrastructurel nécessaire, les dépenses supplémentaires en essence, les dépenses de soins aux accidentés, etc., tout cela sera quand même comptabilisé comme consommation, c’est-à-dire deviendra, sous le couvert du produit national brut et des statistiques, exposant de croissance et de richesse !
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La société de consommation de
Jean Baudrillard
[…] la fatigue est une contestation larvée, qui se retourne contre soi et s’ « incarne » dans son propre corps parce que, dans certaines conditions, c’est la seule chose à laquelle l’individu dépossédé puisse s’en prendre. De la même façon que les Noirs qui se révoltent dans les villes d’Amérique commencent par brûler leurs propres quartiers. La vraie passivité est dans la conformité joyeuse au système, chez le cadre « dynamique », l’œil vif et l’épaule large, parfaitement adapté à son activité continuelle. La fatigue, elle, est une activité, une révolte latente, endémique, inconsciente d’elle-même.
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