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Le lit du diable de
Jean Ray
Le train, dénommé pompeusement express, n'était de fait qu'un convoi d'intérêt local qui, parce qu'il voyageait de nuit, brûlait une station sur trois, ce qui lui valait le nom de "rapide" ; d'ailleurs, la saison de grand tourisme n'était pas encore ouverte car, dans ce cas, le train forçait quelque peu son allure.
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Par lecassin, le 23/03/2013
Malpertuis de
Jean Ray
Les ans ont jauni les pages du mémoire et le temps a dû ternir les pierres de la cité.
Mais les dieux n’ont-ils pas survécu ?
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Par Walktapus, le 02/08/2012
Les contes du whisky de
Jean Ray
Comme minuit sonnait, un fantôme entra dans ma chambre.
Je tournais le dos à la porte, ma lampe charbonnait et, seule, ma bouteille de whisky était lumineuse, riche, pure et accueillante, dans ce nid à cafards.
Mais mon coeur sentait l'hôte des ténèbres.
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Par Walktapus, le 20/06/2012
Malpertuis de
Jean Ray
Malpertuis ! C'est la première fois que le nom coule, d'une encre lourde, de ma plume terrifiée. Cette maison, imposée comme point final de tant de destinées humaines, par des volontés terribles entre toutes, j'en repousse encore l'image ; je recule, j'atermoie, avant de la faire surgir au premier plan de ma mémoire.
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Malpertuis de
Jean Ray
L'oncle Cassave va mourir.
Sa barbe s'écoule, blanche et frémissante, de son visage plongé sur l'édredon rouge. Il aspire l'air comme s'il humait des odeurs parfaitement délectables et ses mains, qu'il a énormes et velues, griffent ce qui vient à sa portée.
La femme Griboin qui est venue lui apporter du thé au citron a dit :
- Il fait ses petits paquets.
L'oncle Cassave l'a entendue.
- Pas encore, femelle, pas encore, a-t-il ricané.
Quand elle fut partie, dans un remous de jupes apeurées, il a ajouté à mon adresse :
- Ce n'est pas que j'en aie pour longtemps encore petit, mais après tout, mourir est une chose sérieuse, et il ne faut pas se presser.
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Par Walktapus, le 01/08/2012
Les contes du whisky de
Jean Ray
Oh! Comme elles seraient désolées, les rades lointaines, si elles n'étaient pas là, les filles jolies qui font commerce d'amour.
Où donc oublieriez-vous les ponts lavés d'une éternelle houle de saumure, où perdriez-vous pour une heure la hantise des horizons vides, où l'obsédante plainte des violons fous des haubans déserteraient-elle votre cervelle, où vous moqueriez-vous des fantômes aux corps de brumeuse pourriture qui, à minuit, escaladent le gaillard d'avant et se glissent derrière l'homme de veille, dans les ténèbres humides des roofs?
Eh! eh! où cracheriez-vous de votre bouche mauvaise l'effroyable goût du lard rance, des biscuits moisis, du riz éventé, des soupes aux cafards rouges qu'on vous fourre dans le ventre - où, dites, si ce n'est dans leurs bras qui laissent sur vos vareuses des flocons de blanc d'Espagne, sur leurs divans bas qui fleurent bon les parfums pas chers et le tabac anglais, parmi les jolis mensonges d'amour, qu'elles savent si bien dire toutes, tandis que le gramophone joue Down Home in Tennessee ?
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Malpertuis de
Jean Ray
Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer.
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Par gill, le 14/03/2012
Les derniers contes de Canterbury de
Jean Ray
Le prologue fantastique
Comme il existe des gens stupides par le monde !
Une des plus éclatantes preuves de cet aphorisme sans tolérance devait être, à mon avis, la fondation d'un club littéraire à Upper-Thames, et l'établissement de son siège dans une arrière salle de la taverne de la "Pie Savante".
La faute en fut à cette vieille canaille de Sir Daniel Creswell, qui se complut à jouer d'affreux tours posthumes à ses héritiers en léguant de grosses sommes à un tas d'institutions saugrenues.
L'une d'elles fut ce club littéraire d'Upper-Thames.
Parfaitement, je le répète, une sombre joie au coeur : un club littéraire dans Upper-Thames ! Dans cette hideuse artère où il n'y a de place que pour des bureaux de courtiers maritimes, des bars de mariniers, des hangars, des magasins de solde et des postes de douane et de police fluviale...
(extrait du prologue)
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Par Ys, le 11/06/2012
Malpertuis de
Jean Ray
Elle est là, avec ses énormes loges en balcon, ses perrons flanqués de massives rampes de pierre, ses tourelles crucifères, ses fenêtres géminées à croisillons, ses sculptures grimaçantes de guivres et de tarasques, ses portes cloutées.
Elle sue la morgue de ceux qui l'habitent et la terreur de ceux qui la frôlent.
Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité, c'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui.
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Par gill, le 14/03/2012
Les 25 meilleures histoires noires et fantastiques de
Jean Ray
Jean Ray le démiurge
L'oeil est gris, redoutablement fixe, semblable, dans les plis des paupières, à l'objectif froid, implacable, d'une caméra. C'est un oeil à peine humain. Un oeil d'oiseau de proie s'il n'était si pâle. A la rigueur un oeil de bourreau, d'inquisiteur sans passion, ou encore de gargouille ressuscitée de son rêve minéral.
Et, soudain, cette dureté paraît se diluer, comme si une eau doucement remuée passait sur cette prunelle trop claire, en lavait l'insoutenable éclat pour mettre une tendresse presque enfantine dans le regard. Un regard, qui, tantôt inhumain traverse maintenant le monde des hommes, se pose sur toutes choses avec amour et amitié, pour basculer ensuite, tout à coup, vague et inaccrochable, dans un autre inconnu, dans ces "profondeurs où l'homme ne va pas"...
(extrait de la préface signée Henri Verne insérée dans l'édition parue chez "Marabout" en 1961)
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