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Par Couperine, le 17/06/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
Si je n’ai plus la faveur de la Muse,
Et si mes vers se trouvent imparfaits,
Le lieu, le temps, l’âge où je les ai faits,
Et mes ennuis leur serviront d’excuse.
J’étais à Rome au milieu de la guerre,
Sortant déjà de l’âge plus dispos,
À mes travaux cherchant quelque repos,
Non pour louange ou pour faveur acquerre.
Ainsi voit-on celui qui sur la plaine
Pique le bœuf ou travaille au rempart
Se réjouir, et d’un vers fait sans art
S’évertuer au travail de sa peine.
Celui aussi, qui dessus la galère
Fait écumer les flots à l’environ,
Ses tristes chants accorde à l’aviron,
Pour éprouver la rame plus légère.
On dit qu’Achille, en remâchant son ire,
De tels plaisirs soulait s’entretenir,
Pour adoucir le triste souvenir
De sa maîtresse, aux fredons de sa lyre.
Ainsi flattait le regret de la sienne
Perdue, hélas, pour la seconde fois,
Cil qui jadis aux rochers et aux bois
Faisait ouïr sa harpe thracienne.
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Par Orphea, le 18/06/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Regrets)
I
Je ne veulx point fouiller au seing de la nature,
Je ne veulx point chercher l'esprit de l'univers,
Je ne veulx point sonder les abysmes couvers,
Ny desseigner du ciel la belle architecture.
Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts argumens ne recherche à mes vers,
Mais suivant de ce lieu les accidents divers
Soit- de bien, soit de mal, j'escris à l'adventure.
Je me plains à mes vers, si j'ay quelque regret,
Je me ris avec eulx, je leur dy mon secret,
Comme estans de mon coeur les plus seurs secretaires.
Aussi ne veulx-je tant les pigner & friser,
Et de plus braves noms ne les veulx deguiser,
Que de papiers journaulx, ou bien de commentaires.
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Par Orphea, le 15/10/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Regrets)
IV
Je ne veulx feuilleter les exemplaires Grecs,
Je ne veulx retracer les beaux traicts d'un Horace,
Et moins veulx-je imiter d'un Petrarque la grace,
Ou la voix d'un Ronsard, pour chanter mes regrets.
Ceulx qui sont de Phoebus vrais poëtes sacrez,
Animeront leurs vers d'une plus grand' audace :
Moy, qui suis agité d'une fureur plus basse,
Je n'entre si avant en si profonds secretz.
Je me contenteray de simplement escrire
Ce que la passion seulement me fait dire,
Sans rechercher ailleurs plus graves arguments.
Aussi n'ay-je entrepris d'imiter en ce livre
Ceulx qui par leurs escripts se vantent de revivre,
Et se tirer tous vifs dehors des monuments.
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Par Orphea, le 15/05/2009
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Regrets)
IX
France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine,
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
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Par Orphea, le 15/06/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Regrets)
XXXI
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine
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Par Orphea, le 15/10/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Antiquitez de Rome)
III
Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n'apperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcz que tu vois,
Et ces vieux murs, c'est ce que Rome on nomme.
Voy quel orgueil, quelle ruine : et comme
Celle qui mist le monde sous ses loix,
Pour donter tout, se donta quelquefois,
Et devint proye au temps, qui tout consomme.
Rome de Rome est le seul monument,
Et Rome Rome a vaincu seulement.
Le Tybre seul, qui vers la mer s'enfuit,
Reste de Rome. O mondaine inconstance !
Ce qui est ferme, est par le temps destruit,
Et ce qui fuit, au temps fait resistence.
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Par Grapheus, le 26/02/2011
la Deffence et Illustration de la Langue Francoyse de
Joachim Du Bellay
AU LECTEUR.
Amy Lecteur, tu, trouverras étrange (peut estre) de ce
que j'ay si brevement traité un si fertil & copieux argument,
comme est l'illustration de nostre poésie Francoyse, capable
certes de plus grand ornement que beaucoup n'estiment.
Toutes/ois tu doibz penser que les Arz & Sciences n'ont
receu leur perfection tout à un coup & d'une mesme main :
aincoys par succession de longues années, chacun y conferant
quelque portion de son industrie, sont parvenues au
point de leur excellence. Recoy donques ce petit ouvraige,
comme un desseing & protraict de quelque grand & laborieux
édifice, que j'entreprendray (possible) de conduyre, croissant
mon loysir & mon scavoir, & si je congnoy' que la nation
Francoyse ait agréable ce mien bon vouloir, vouloir (dy-je)
qui aux plus grandes choses a tousjours mérité quelque
louange. Quant à l'orthographe, j'ay plus suyvy le commun
& antiq' usaige que la raison : d'autant que cete nouvelle
(mais légitime, à mon jugement) façon d'ecrire est si mal
receue en beaucoup de lieux, que la nouveauté d'icelle eust
peu rendre l'œuvre non gueres de soy recommendable, mal
plaisant, voyre contemptible aux lecteurs. Quand aux
fautes qui se pouroint trouver en l'impression, comme de
lettres transposées, omises ou superflues, la première édition
les excusera, & la discrétion du lecteur scavant, qui
ne s'arrestera à si petites choses.
A Dieu, Amy Lecteur.
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Poésies de
Joachim Du Bellay
Je ne te prie pas de lire mes écrits,
Mais je te prie bien qu’ayant fait bonne chère,
Et joué toute nuit aux dés, à la première,
Et au jeu que Vénus t’a sur tous mieux appris,
Tu ne viennes ici défâcher tes esprits,
Pour te moquer des vers que je mets en lumière,
Et que de mes écrits la leçon coutumière,
Par faute d’entretien, ne te serve de ris.
Je te prierai encor, quiconque tu puisse être,
Qui, brave de la langue et faible de la dextre,
De blesser mon renom te montres toujours prêt,
Ne médire de moi : ou prendre patience,
Si ce que ta bonté me prête en conscience,
Tu te le vois par moi rendre à double intérêt.
p. 169
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Par Orphea, le 18/10/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Antiquitez de Rome)
XXXII
Esperez vous que la postérité
Doive (mes vers) pour tout jamais vous lire ?
Esperez vous que l'œuvre d'une lyre
Puisse acquérir telle immortalité ?
Si sous le ciel fust quelque eternité,
Les monuments que je vous ay fait dire,
Non en papier, mais en marbre et porphyre,
Eussent gardé leur vive antiquité.
Ne laisse pas toutefois de sonner,
Luth, qu'Apollon m'a bien daigné donner :
Car si le temps ta gloire ne desrobbe,
Vanter te peuls, quelque bas que tu sois,
D'avoir chanté, le premier des François,
L'antique honneur du peuple à longue robbe.
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Par Orphea, le 15/10/2010
Antiquités, suivi de "Regrets" de
Joachim Du Bellay
(Les Antiquitez de Rome)
II
Le Babylonien ses haults murs vantera
Et ses vergers en l'air, de son Ephesienne
La Grece descrira la fabrique ancienne,
Et le peuple du Nil ses pointes chantera :
Le mesme Grece encor vanteuse publira
De son grand Juppiter l'image Olympienne,
Le Mausole sera la gloire Carienne,
Et son vieux labyrinth' la Crete n'oublira :
L'antique Rhodien elevera la gloire
De son fameux Colosse, au temple de Memoire :
Et si quelque œuvre encor digne se peult vanter
De marcher en ce ranc, quelque plus grand' faconde
Le dira : quant à moy, pour tous je veulx chanter
Les sept costaux Romains, sept miracles du monde.
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