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Par wictoria, le 18/11/2008
L'homme pressé de
Paul Morand
Pierre attend toujours et le temps s'écoule. On parle du temps qui s'écoule, comme s'il descendait d'une source et comme si cette source était située quelque part en amont. Quand Pierre lève la tête, on dirait qu'il cherche la fontaine qui marque le commencement de ce grand fleuve.
" Ce doit être une source d'eau salée, soupire-t-il, gonflée de toutes les larmes de ceux qui ont attendu."
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Venises de
Paul Morand
Mon café de la nuit, c’est à la Fenice. La placette contient deux églises, le théâtre, un grand restaurant et le bar du théâtre. De quoi tout jouer, sur place, depuis Gozzi jusqu’à du Courteline.(...) La place est éclairée par les projecteurs qui noircissent le ruban du ciel et font éclater le poli de la pierre, sortir de l’ombre les colonnes ; entre Dieu et les Muses c’est à qui soutiendra le plus de gloire : tout y est créé par l’homme, pour l’homme, tout si équilibré, si bien assis sur l’eau invisible, tous les plans s’entendent si bien à construire l’harmonie qu’on se sent aussi heureux que si on avait bu
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Par Trissotin, le 01/06/2011
Ouvert la nuit de
Paul Morand
Le train éveilla des gares suisses, de style gothique, dont les vitraux tremblèrent. Le Simplon, durant vingt-neuf minutes, donna l’audition d’une grande symphonie de fer, puis, sur des chaussées, on passa les rizières du Piémont jusqu’à une station qui finissait sur rien, sur une grande citerne d’ombre, de silence, et ce fut Venise. Au réveil, une bise de zinc faucha les maïs de la plaine croate. La Serbie s’annonçait par ses porcs, rayés noir et blanc comme des coureurs, et qui dévoraient, renversée dans le fossé, une carcasse de wagon dont ne restaient que les roues et le signal d’alarme. On échangea contre les fleuves d’autres fleuves passés sur des barrages flexibles comme un osier, tandis que, voisines, les piles de l’ancien pont décapité dans les retraites, émergeaient. A Vinkopje, les Roumains en velours furent détachés du train, dans la nuit glacée. Après Sofia, les maisons portèrent leurs piments qui séchaient, frères des vignes vierges. Éclairées par le soleil levant, labourées par les bœufs, les plaines bulgares affichaient une prospérité symbolique, comme sur les vignettes des timbres-poste ou au revers des monnaies. Enfin, après la traversée du désert de Thrace, sous un ciel d’étoiles mais où nos yeux, habitués aux constellations d’Occident, cherchaient en vain l’étoile polaire, ne reconnaissaient plus le Chariot qui au ras du sol prenait cette fois une route terrestre, dans une brèche de la muraille byzantine, la mer de Marmara s’élargit.
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Par luocine, le 21/11/2009
Fouquet ou Le Soleil offusqué de
Paul Morand
Louis XIV, avec amertume, pense à Versailles qui n'a pas d'eau; il n'a jamais vu pareil surgissement, cette féerie de sources captées, ces nymphes obéissant à d'invisibles machines. Il se fait expliquer comment la rivière d'Anqueil a été domestiquée, resserrée dans des lieux de tuyaux d'un plomb précieux. Fouquet ne lui dit peut être pas que ce plomb appartient à l'Etat, vient d'Angleterre sans payer de douane, mais Colbert le dira au roi. Car Colbert est là, déguisant sa haineuse passion, qui observe tout, envie tout.
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Par zazimuth, le 03/02/2011
Paul Morand
On peut feindre d’avoir du coeur, pas d’avoir de l’esprit.
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Par Melopee, le 11/06/2011
Bug O'Shea de
Paul Morand
Devant lui, les ruines de l'abbaye de Muckross avaient la forme d'un paquebot de pierre immobilisé dans un océan de verdure et de mousse. Meurtries par les guerres de religion, les arches gothiques se rejoignaient en d'étroites ogives, imitant les arbres des allées centenaires. Le toit de l'église avait brûlé et livrait passage
aux cyprès et aux yeuses sombres, avec leurs sautoirs d'églantines, qui avaient poussé dans la nef. A travers les arcs des croix celtiques - la croix inscrite dans un cercle -, brillait le lac d'argent, tandis que les vaches ruminaient doucement, souillant de leur bave verte les pierres tombales sur lesquelles dormaient sous globe de candides bouquets funéraires en porcelaine, blancs comme des bouquets de mariée.
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Par luocine, le 21/11/2009
Fouquet ou Le Soleil offusqué de
Paul Morand
Fouquet est l'homme le plus vif, le plus naturel, le plus tolérant, le plus brillant, le mieux doué pour l'art de vivre, le plus français. Il va être pris dans un étau, entre deux orgueilleux, secs, prudents, dissimulés, épurateurs impitoyables.
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Par luocine, le 21/11/2009
Fouquet ou Le Soleil offusqué de
Paul Morand
Vaux, énorme échec pétrifié; mais ce n'est pas l'échec d'un fou, ce fut le décor d'une réussite parfaite, qui n'a duré qu'une seule soirée, celle du 17 aout 1661.
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Par luocine, le 21/11/2009
Fouquet ou Le Soleil offusqué de
Paul Morand
Si même il fut malhonnête et damnable, Fouquet, du moins, était généreux et bon, tandis que Mazarin, Colbert, Séguier, la Montespan, bien d'autres héros de ce temps, furent à la fois malhonnête et méchants.