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La Place de l'étoile de
Patrick Modiano
- La perquisition a été fructueuse, Plusieurs volumes de Proust et de Kafka, des reproductions de Modigliani et de Soutine, quelques photographies de Charlie Chaplin, d'Eric Von Stroheim et de Groucho Marx dans les bagages de ce monsieur.
- Décidemment, lui dit le dénommé Elias Bloch, votre cas devient de plus en plus grave ! Emmenez-le !
Ils le poussèrent hors de la cabine. Les menottes lui brûlaient les poignets. Sur le quai il fit un faux pas et s'écroula. L'un des policiers profita de l'occasion pour lui donner quelques coups de pied dans les côtes, puis le releva en tirant sur la chaîne des menottes. Ils traversèrent les docks déserts. Un panier à salade, semblable à ceux que la police française utilisa pour la première grande rafle des 16-17 juillet 42, était arrêté au coin d'une rue. Elias Bloch prit place à côté du chauffeur. Il monta derrière, suivi des trois policiers.
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Par balooo, le 28/09/2010
La petite Bijou de
Patrick Modiano
Une douzaine d'années avait passé depuis que l'on ne m'appelait plus «la Petite Bijou» et je me trouvais à la station de métro Châtelet à l'heure de pointe. J'étais dans la foule qui
suivait le couloir sans fin, sur le trottoir roulant. Une femme portait un manteau jaune. La couleur du manteau avait attiré mon attention et je la voyais de dos, sur le tapis roulant. Puis elle marchait le long du couloir où il était indiqué «Direction Château-de-Vincennes». Nous étions maintenant immobiles, serrés les uns contre les autres au milieu de l'escalier, en attendant que le portillon s'ouvre. Elle se tenait à côté de moi. Alors j'ai vu son visage. La ressemblance de ce visage avec celui de ma mère était si frappante que j'ai pensé que c'était elle.
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Par jeanmarcg, le 15/02/2011
Dans le café de la jeunesse perdue de
Patrick Modiano
Livre polyphonique pour tenter de retracer le parcours météorique d'une femme qui fuit, fuit le monde et elle même, Jaqueline alias Louki, "Dans le café de la jeunesse perdue" est un livre brumeux comme tous les livres de Modiano, un livre qui semble lui même vouloir fuir dans l'une de ces "zones neutres" de Paris dont parle l'un des personnage. Intrigant et nostalgique, c'est une balade dans un Paris de toute éternité, puisqu'il semble n'avoir jamais existé, comme une carte postale noir et blanc que l'auteur tenterait de colorier, en y ajoutant des personnages qui se croisent sans forcément échanger... sans savoir où ils vont.
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L'horizon de
Patrick Modiano
«Depuis quelque temps Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans nom, des rencontres fugitives. Tout cela appartenait à un passé lointain, mais comme ces courtes séquences n’étaient pas liées au reste de sa vie, elles demeuraient en suspens, dans un présent éternel. Il ne cesserait de se poser des questions là-dessus, et il n’aurait jamais de réponse.»
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Par Bibounde, le 08/04/2010
L'horizon de
Patrick Modiano
L'avenir... Un mot dont la sonorité semblait aujourd'hui à Bosmans poignante et mystérieuse. Mais, en ce temps-là, nous n'y pensions jamais. Nous étions encore, sans bien nous rendre compte de notre chance, dans un présent éternel.
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Dans le café de la jeunesse perdue de
Patrick Modiano
J'ai toujours cru que certains endroits sont des aimants et que vous êtes attiré vers eux si vous marchez dans leurs parages. Et cela de manière imperceptible, sans même vous en douter. Il suffit d'une rue en pente, d'un trottoir ensoleillé ou bien d'un trottoir à l'ombre. Ou bien d'une averse. Et cela vous amène là, au point précis où vous deviez échouer. Il me semble que Le Condé, par son emplacement, avait ce pouvoir magnétique et que si l'on faisait un calcul de probabilités le résultat l'aurait confirmé: dans un périmètre assez étendu, il était inévitable de dériver vers lui. J'en sais quelque chose.
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Par Nanne, le 07/02/2009
Dora Bruder de
Patrick Modiano
Ce sont des personnes qui laissent peu de traces derrière elles. Presque des anonymes. Elles ne se détachent pas de certaines rues de Paris, de certains paysages de banlieue, où j'ai découvert, par hasard, qu'elles avaient habité. Ce que l'on sait d'elles se résume souvent à une simple adresse. Et cette précision topographique contraste avec ce que l'on ignorera pour toujours de leur vie - ce blanc, ce bloc d'inconnu et de silence.
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Dora Bruder de
Patrick Modiano
Il faut longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé. Des traces subsistent dans des registres et l'on ignore où ils sont cachés et quels gardiens veillent sur eux et si ces gardiens consentiront à vous les montrer. Ou peut-être ont-ils oublié tout simplement que ces registres existaient.
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Par vda, le 05/07/2010
L'horizon de
Patrick Modiano
Bien des années plus tard, il s'était retrouvé par hasard dans cette rue Bleue, et une pensée l'avait cloué au sol : Est-on vraiment sûr que les paroles que deux personnes ont échangées lors de leur première rencontre se soient dispensées dans le néant, comme si elles n'avaient jamais été prononcées ? Et ces murmures de voix, ces conversations au téléphone depuis une centaine d'années ? Ces milliers de mots chuchotés à l'oreille ? Tous ces lambeaux de phrases de si peu d'importance qu'ils sont condamnés à l'oubli ?
[...]
Et si toutes ces paroles restaient en suspens dans l'air jusqu'à la fin des temps et qu'il suffisait d'un peu de silence et d'attention pour en capter les échos.
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Dans le café de la jeunesse perdue de
Patrick Modiano
Souvent, j'avais peur et pour me rassurer je serais volontiers allée retrouver ma mère, mais je l'aurais dérangée dans son travail. Aujourd'hui, je suis sûre qu'elle ne m'aurait pas grondée, puisque la nuit où elle est venue me chercher au commissariat des Grandes-Carrières, elle ne m'a fait aucun reproche, aucune menace, aucune leçon de morale. Nous marchions en silence. Au milieu du pont Caulaincourt, je l'ai entendue dire d'une voix détachée; " ma pauvre petite", mais je me demandais si elle s'adressait à moi ou à elle-même. Elle a attendu que je me déshabille et que je me mettre au lit pour entrer dans ma chambre. Elle s'est assise au pied du lit et elle restait silencieuse. Moi aussi. Elle a fini par sourire, Elle m'a dit: "Nous ne sommes pas très bavardes...', et elle me regardait droit dans les yeux. C'était la première fois que son regard restait aussi longtemps fixé sur moi et la première fois que je remarquais combien ses yeux étaient clairs,gris, ou d'un bleu délavé. Gris-bleu. Elle s'est penchée et m'a embrassée sur la joue, ou plutôt j'ai senti ses lèvres de manière furtive. Et toujours ce regard fixé sur moi, ce regard clair et absent. Elle a éteint la lumière et avant de refermer la porte elle m'a dit: ' Tâche de ne plus recommencer.' Je crois que c'est la seule fois qu'un contact s'est établie entre nous, si bref, si maladroit et pourtant si fort que je regrette de n'avoir pas eu, les mois suivants, un élan vers elle qui aurait encore provoqué ce contact. Mais nous n'étions ni l'une ni l'autre des personnes très démonstratives. Peut-être vis-à-vis de moi avait-elle cette attitude en apparence indifférente parce qu'elle ne se faisait aucune illusion sur mon compte. Elle se disait sans doute qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer puisque je lui ressemblais.
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