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Par gill, le 07/02/2012
Trois futurs incertains (Fiction special 20 / 222 bis) de
Robert Silverberg
Bien sûr, dès ses origines, la science-fiction a exploité les désastres de toute nature. (Une de mes nouvelles préférées reste celle du Saturday Evening Post où un gigantesque gratte-ciel s'écroule parce que les locataires de l'appartement en terrasse (impénétrable à l'eau !) ont oublié de fermer le robinet de la baignoire avant de partir en vacances). Tout le monde connaît le thème du type Fail-Safe ou Docteur Folamour, mais peu de gens se rendent compte que de telles choses pourraient arriver même dans une société mondiale unifiée et paisible.
J'aimerais voir les auteurs de science-fiction explorer davantage encore ce genre de possibilités, ne serait-ce que dans l'espoir qu'ainsi nous pourrons les éviter.
(dernières lignes de la préface du recueil signée Arthur C Clarke)
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Le Seigneur donne, le Diable sait pourquoi, et le Seigneur reprend. C’est ce qu’Il vient de faire. Le pouvoir a disparu. Je suis redevenu comme tout le monde, comme vous, et vous, et vous. Ne vous méprenez pas : j’accepte mon sort. J’y suis complètement résigné. Je ne vous demande pas d’avoir pitié de moi. Je voudrais simplement que tout cela ait un sens. Maintenant que le pouvoir n’est plus, qui suis-je donc ? Comment me définir ? J’ai perdu ma particularité, mon pouvoir, mon don, ma blessure, ma raison d’être à part. Tout ce qui me reste, maintenant, c’est le souvenir d’avoir été différent.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Si la justice existe, pourquoi une si grande partie de l’existence semble-t-elle injuste ? Si tu es réellement de notre côté, Seigneur, pourquoi nous donnes-tu une existence de misère ? Om est la justice pour le bébé qui naît sans yeux ? Pour le bébé qui naît avec deux têtes ? Pour le bébé qui naît avec un pouvoir que les hommes ne devraient pas avoir ? Je demande, c’est tout, Seigneur. J’accepte tes décrets, crois-moi, je m’incline devant ta volonté, parce que je ne peux pas faire autrement, de toute façon. Mais j’ai le droit de demander. Non ?
Hé, Dieu ? Tu m’écoutes, Dieu ?
Je ne crois pas que tu m’écoutes. Je crois que tu t’en fous. Dieu, je crois que j’ai été baisé par toi.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
L’entropie se définit en physique comme l’expression mathématique du degré auquel l’énergie d’un système thermodynamique est répartie de manière à ne pouvoir être convertie en travail. En termes plus généraux et métaphoriques, l’entropie peut être considérée comme la tendance irréversible d’un système, même si ce système est l’univers, à se diriger vers un désordre et une inertie croissants. C’est-à-dire que les choses ont une manière à elles d’empirer tout le temps, jusqu’à ce que finalement, elles atteignent un stade de dégradation si poussé que nous ne pouvons même plus nous rendre compte de l’état où elles sont.
[…] Dans l’univers de Gibbs, l’ordre est ce qu’il y a de moins probable, et le chaos de plus probable. Mais tandis que l’univers global, si tant est qu’il y ait un univers global, tend à se dégrader, il existe des enclaves localisées dont la direction paraît opposée à celle de l’univers dans son ensemble, et où s’exerce une tendance limitée et temporaire à l’accroissement de l’organisation. C’est dans de telles enclaves que la vie peut trouver un abri.
Wiener salue ainsi la vie en général et les êtres humains en particulier comme des héros de la guerre contre l’entropie, qu’il assimile dans un autre passage à la lutte contre le mal : « Cet élément imprévisible, cet état d’inachèvement organique [c’est-à-dire l’élément de hasard inhérent à la texture fondamentale de l’univers] peut être sans trop d’exagération métaphorique considéré comme représentant les forces du mal. Les êtres humains, continue Wiener, ont en eux un processus anti-entropique. Nous possédons des récepteurs sensoriels. Nous communiquons les uns avec les autres. Nous utilisons les connaissances que nous avons en commun. Nous sommes donc autre chose que les victimes passives de l’accroissement spontané du chaos universel. Nous ne sommes pas, en tant qu’êtres humains, des systèmes isolés.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Si nous ne descendons pas de notre plein gré dans la tombe, nous y serons poussés de toute façon. C’est ce que je veux dire quand j’écris que l’entropie finira par nous posséder. Quelle que soit notre vitalité, notre vigueur, notre combattivité farouche, le temps aura raison de nous. La vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, tout disparaîtra, comme disait le vieux William S., et nous finirons sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien. Rien de rien. Ou, comme le décrit aussi le même poète de génie, heure après heure nous devenons de plus en plus mûrs, heure après heure nous pourrissons de plus en plus, et toute l’histoire est là.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Vivants, nous nous tracassons ; morts, nous vivons. Je tâcherai de garder cela à l’esprit. Je serai de bonne humeur. Dzong. Dzing. Dzoung. Jusqu’à ce que je meure une deuxième fois, salut, salut, salut.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Certains d’entre nous sont en train de faire une fin en ce moment même, mes chers frères ; c’est-à-dire que certains aspects de leur vie, qui furent jadis au centre de leurs préoccupations, touchent maintenant à leur terme. Est-ce une fin, ou est-ce un commencement ? La fin d’une chose ne peut-elle pas être le commencement d’une autre ? J’en suis persuadé, mes frères. Je suis persuadé que la fermeture d’une porte n’exclut pas l’ouverture d’une autre. Bien sûr, il faut du courage pour franchir cette nouvelle porte quand on ne sait pas ce qu’il peut y avoir derrière, mais celui qui a foi en Notre Seigneur Jésus-Christ qui s’est sacrifié pour nous, celui qui fait confiance à notre Sauver, n’a nul besoin de craindre. […] Souvenons-nous toujours que le monde est encore plein de merveilles, qu’il a toujours de nouvelles quêtes, que les fins apparentes ne sont pas des fins pour de bon mais seulement des transitions, des escales sur la route. Pourquoi pleurerions-nous ? Pourquoi nous laissons-nous aller au chagrin, même si nos vies sont des soustractions quotidiennes ? Si nous perdons ceci, pourquoi perdrions-nous aussi cela ? Si la vue s’éteint, l’amour s’éteint-il aussi ? Si les sens s’affaiblissent, ne pouvons-nous pas revenir à d’anciens sentiments, et en tirer un réconfort ? Une grande part de notre douleur n’est que confusion.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Aldous Huxley pensait que l’évolution a construit notre cerveau de manière à lui faire jouer le rôle d’un filtre face à l’afflux de tout ce qui nous est inutile dans notre lutte pour le pain quotidien. Visions, expériences mystiques, phénomènes psi tels que des messages télépathiques en provenance d’autres cerveaux –toutes sortes de choses dans ce genre envahiraient perpétuellement notre esprit s’il n’y avait l’action de ce que Huxley a nommé, dans un petit livre appelé Le ciel et l’enfer, « la soupape de réduction cérébrale ». Bénie soit la soupape de réduction cérébrale ! Si l’évolution ne nous en avait dotés, nous serions sans cesse distraits par des visions d’une incroyable beauté, par des intuitions spirituelles d’une grandeur écrasante et par des contacts brûlants, sans dissimulation possible, d’esprit à esprit avec nos semblables. Heureusement que l’action de la soupape nous protège –presque tous- de ces choses-là, et nous rend libres de vaquer à nos existences quotidiennes consistant à acheter bon marché pour revendre le plus cher possible.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Je regardais les douces filles de Barnard déchirer leur corsage et agiter leurs seins nus devant des flics à la libido exaspérée, tout en hurlant de féroces expressions anglo-saxonnes que les filles de Barnard de mon époque reculée n’avaient jamais entendues. Je regardais un groupe de jeunes étudiants chevelus de Columbia pisser rituellement sur une pile de documents qu’ils venaient de tirer de l’armoire d’un malheureux assistant qui préparait son doctorat. C’est à ce moment-là que je compris qu’il ne pouvait plus y avoir d’espoir pour l’humanité, quand les meilleurs d’entre nous étaient capables de perdre la tête pour la cause de l’amour et de la paix et de l’égalité des hommes.
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L'oreille interne de
Robert Silverberg
Il y a des gens mariés qui luttent avec acharnement pour atteindre un point d’équilibre. Ils se constituent en système hermétique, tournant le dos au reste de l’univers et s’accrochant l’un à l’autre. Ils se transforment en un système clos à deux composantes d’où toute vitalité est irrémédiablement et inexorablement repoussée par l’équilibre mortel qu’ils ont établi. Deux peuvent périr aussi bien qu’un, s’ils sont suffisamment isolés de tout le reste. J’appelle cela l’illusion monogamique. Ma sœur Judith prétend qu’elle a quitté son mari parce qu’elle se sentait mourir, jour après jour, en vivant avec lui. Mais naturellement Judith est une salope.
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