> Guy Abadia (Autre)

ISBN : 2070319377
Éditeur : Editions Gallimard (2007)


Note moyenne : 3.82/5 (sur 50 notes) Ajouter à mes livres
David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir - et garder ! - les plus belles femmes... Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout ... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 04 février 2012

    colimasson


    Est-il possible d'avoir un pouvoir extraordinaire -la télépathie- et d'avoir totalement échoué en tous les domaines de l'existence ? Même si son cas n'est pas désespéré, David Selig sait qu'il ne mène pas le train de vie qu'un homme de son âge et de sa condition devrait avoir. Ce qui le dérange le plus dans cette situation, c'est le regard des autres, surtout lorsqu'il devine les pensées que ceux-ci croient lui dissimuler. Il est vrai qu'en dehors de cela, David Selig se satisfait plutôt bien de son mode de vie sans prétention. Célibataire, il a connu un nombre d'aventures suffisant pour savoir que la vie de couple n'est décidément pas ce qu'il recherche. Sans autre charge que celle de veiller à lui-même et à sa survie, il loge dans un appartement modeste mais suffisamment grand pour lui. Bien sûr, comme tout le monde, il nourrit un certain nombre de regrets et déplore peut-être de n'avoir pas eu une carrière à la hauteur des études qu'il s'est donné la peine d'effectuer, mais il s'en tire bien en jouant le nègre des étudiants en manque d'inspiration et en rédigeant à leur place leurs dissertations littéraires. La solitude est peut-être l'aspect de sa vie que David Selig regrette le plus, mais il l'accepte comme une fatalité inhérente à sa condition de télépathe. La différence isole, surtout lorsque cette différence donne le pouvoir de discerner clairement les pires immondices qui traversent l'esprit de chacun.

    Dès son plus jeune âge, David Selig apparaît à son entourage comme un garçon intelligent et doté d'une acuité troublante. le petit se garde bien d'expliquer la raison d'une telle perspicacité et il cultive son pouvoir en essayant toutefois de l'utiliser à bon escient. Il sait que certains aspects de la vie psychique relèvent de l'intimité de chacun, et il se garde d'y poser son 3e œil. Mais parfois, la tentation est trop forte, et David Selig ne peut s'empêcher de céder au voyeurisme, cédant au désir d'accéder aux pensées de deux adolescents qui font l'amour ou de sa petite amie en plein trip psychédélique. La désillusion, dans ces cas extrêmes comme dans les cas les plus ordinaires, est toujours immense. Alors qu'il pensait peut-être accéder à des expériences spirituelles supérieures, David Selig prend pleinement conscience de l'absurdité de la condition humaine rongée par le vice, l'égoïsme et le peur. Hanté par cette vision des choses, David Selig traverse l'existence comme un pèlerin solitaire, avec tout le cynisme né de ses incursions télépathiques.

    Lorsque le pouvoir commence à s'estomper, alors que les pensées d'autrui se font de plus en plus opaques, David commence à paniquer. Ce qu'il avait toujours considéré comme une malédiction prend subitement une toute autre forme. Que va devenir Selig s'il perd la seule caractéristique de son être qui le différenciait des autres ? Comment pourra-t-il se définir si le pouvoir qui donnait un intérêt à son existence disparait ? Cette perte progressive sera pour Selig l'occasion de remettre en question plusieurs aspects de sa vie, notamment en ce qui concerne les rapports qui le lient à autrui. En effet, s'il ne peut plus sonder les arcanes des pensées de chaque nouvelle personne qu'il rencontre, il devra se confronter à leur individualité brute pour la découvrir au fil du temps. Un peu difficile pour quelqu'un qui n'a jamais été obligé de faire le moindre effort pour connaître autrui, mais l'ignorance s'avèrera finalement bénéfique pour l'homme blasé et désabusé qu'était devenu David Selig. Au fil des pages, la sérénité revient, même si la lutte dans l'espoir de recouvrer ses anciennes dispositions télépathiques est acharnée. Malgré bien des peines, entrecoupées de brefs espoirs, David Selig semble peu à peu devenir raisonnable. Il lui faut accepter de céder à la providence le don qu'elle lui avait confié sans raison. David craint de voir s'effacer sa personnalité mais il comprend que rien ne pourra faire disparaître l'expérience inédite qu'il aura acquise à traîner avec lui ce pouvoir extraordinaire. A présent, il lui faut simplement apprendre à vivre d'une autre manière.


    Ce livre procure un plaisir de lecture indéniable. L'écriture est fluide et ne se limite jamais. Elle mélange allègrement considérations scientifiques, philosophiques et littéraires, s'infiltre dans la psychologie du personnage, alterne entre passé et présent avec une facilité étonnante. le récit est érudit et fourmille de références. Oreille Interne redonne toutes ses lettres de noblesse à la SF. D'ailleurs, s'agit-il vraiment de SF ? Dans le fond, la télépathie ne sert ici que de prétexte pour mettre en scène toute la dualité de l'homme possédé : dominé par une force qui le dépasse et qu'il déteste, en même temps qu'il y tient comme à la prunelle de ses yeux, terrorisé à l'idée de la perdre alors qu'elle le dévore. Dans ce récit, on peut aimer la peinture acerbe des relations humaines dressée par Robert Silverberg, mais ce qui est préférable par-dessus tout, c'est cette histoire d'un homme qui chemine durement pour parvenir à ce débarrasser de son obsession et à se définir au-delà de cette dépendance.

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-l-oreille-interne-1972-de-ro..
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  • Par sbrodj, le 18 juin 2011

    sbrodj
    Les bons romans d'anticipation sont des bons romans tout court : Silverberg, à travers cette histoire d'un homme télépathe sur le point de perdre son don, pose la question de ce que l'on a envie de savoir sur les pensées des autres. A la fois drôle,troublant et poétique.
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    • Livres 2.00/5
    Par valunivers, le 08 mars 2009

    valunivers
    David Selig a passé avec succès son diplôme universitaire mais n'a pas pu s'en extraire pour vivre sa vie.
    Il y retourne fréquemment pour faire le nègre des jeunes étudiants en manque d'inspiration.
    On est nage en pleine période des Etats-Unis, où, drogue, sexe et rock'n'roll font bon ménage. L'ectasie coule à flot, c'est la guerre du Vietnam et c'est aussi la perte du pouvoir télépathique pour Selig.
    Tout le roman tourne autour de ce personnage...et de son don qu'il a toujours voulu cacher au monde, qu'il a toujours détesté et qui est en train de le quitter.
    Un roman intimiste, plus psychologique que SF. Pas du tout le grand chef-d'œuvre annoncé et pas le plus grand roman de Silverberg.
    De celui là, il ne m'en restera pas grand chose. le héros n'est ni sympathique, ni antipathique et comme tout tourne autour de lui, qu'il n'y a pas trop d'action et pas vraiment d'histoire, on s'ennuie.
    Pour en discuter, c'est par ici :

    Lien : http://www.valunivers.fr/2009/03/robert-silverberg-loreille-interne/
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    • Livres 4.00/5
    Par calimaq, le 15 janvier 2009

    calimaq
    Un exercice très particulier, puisqu'il s'agit de science-fiction "psychologique". On se retrouve transporté à l'intérieur de la tête d'un homme qui a le pouvoir de lire dans l'esprit des gens. Mais pour combien de temps encore ? Très humain.
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 04 février 2012

    Le Seigneur donne, le Diable sait pourquoi, et le Seigneur reprend. C’est ce qu’Il vient de faire. Le pouvoir a disparu. Je suis redevenu comme tout le monde, comme vous, et vous, et vous. Ne vous méprenez pas : j’accepte mon sort. J’y suis complètement résigné. Je ne vous demande pas d’avoir pitié de moi. Je voudrais simplement que tout cela ait un sens. Maintenant que le pouvoir n’est plus, qui suis-je donc ? Comment me définir ? J’ai perdu ma particularité, mon pouvoir, mon don, ma blessure, ma raison d’être à part. Tout ce qui me reste, maintenant, c’est le souvenir d’avoir été différent.
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  • Par colimasson, le 04 février 2012

    Si la justice existe, pourquoi une si grande partie de l’existence semble-t-elle injuste ? Si tu es réellement de notre côté, Seigneur, pourquoi nous donnes-tu une existence de misère ? Om est la justice pour le bébé qui naît sans yeux ? Pour le bébé qui naît avec deux têtes ? Pour le bébé qui naît avec un pouvoir que les hommes ne devraient pas avoir ? Je demande, c’est tout, Seigneur. J’accepte tes décrets, crois-moi, je m’incline devant ta volonté, parce que je ne peux pas faire autrement, de toute façon. Mais j’ai le droit de demander. Non ?
    Hé, Dieu ? Tu m’écoutes, Dieu ?
    Je ne crois pas que tu m’écoutes. Je crois que tu t’en fous. Dieu, je crois que j’ai été baisé par toi.
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  • Par colimasson, le 04 février 2012

    L’entropie se définit en physique comme l’expression mathématique du degré auquel l’énergie d’un système thermodynamique est répartie de manière à ne pouvoir être convertie en travail. En termes plus généraux et métaphoriques, l’entropie peut être considérée comme la tendance irréversible d’un système, même si ce système est l’univers, à se diriger vers un désordre et une inertie croissants. C’est-à-dire que les choses ont une manière à elles d’empirer tout le temps, jusqu’à ce que finalement, elles atteignent un stade de dégradation si poussé que nous ne pouvons même plus nous rendre compte de l’état où elles sont.
    […] Dans l’univers de Gibbs, l’ordre est ce qu’il y a de moins probable, et le chaos de plus probable. Mais tandis que l’univers global, si tant est qu’il y ait un univers global, tend à se dégrader, il existe des enclaves localisées dont la direction paraît opposée à celle de l’univers dans son ensemble, et où s’exerce une tendance limitée et temporaire à l’accroissement de l’organisation. C’est dans de telles enclaves que la vie peut trouver un abri.
    Wiener salue ainsi la vie en général et les êtres humains en particulier comme des héros de la guerre contre l’entropie, qu’il assimile dans un autre passage à la lutte contre le mal : « Cet élément imprévisible, cet état d’inachèvement organique [c’est-à-dire l’élément de hasard inhérent à la texture fondamentale de l’univers] peut être sans trop d’exagération métaphorique considéré comme représentant les forces du mal. Les êtres humains, continue Wiener, ont en eux un processus anti-entropique. Nous possédons des récepteurs sensoriels. Nous communiquons les uns avec les autres. Nous utilisons les connaissances que nous avons en commun. Nous sommes donc autre chose que les victimes passives de l’accroissement spontané du chaos universel. Nous ne sommes pas, en tant qu’êtres humains, des systèmes isolés.
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  • Par colimasson, le 04 février 2012

    Certains d’entre nous sont en train de faire une fin en ce moment même, mes chers frères ; c’est-à-dire que certains aspects de leur vie, qui furent jadis au centre de leurs préoccupations, touchent maintenant à leur terme. Est-ce une fin, ou est-ce un commencement ? La fin d’une chose ne peut-elle pas être le commencement d’une autre ? J’en suis persuadé, mes frères. Je suis persuadé que la fermeture d’une porte n’exclut pas l’ouverture d’une autre. Bien sûr, il faut du courage pour franchir cette nouvelle porte quand on ne sait pas ce qu’il peut y avoir derrière, mais celui qui a foi en Notre Seigneur Jésus-Christ qui s’est sacrifié pour nous, celui qui fait confiance à notre Sauver, n’a nul besoin de craindre. […] Souvenons-nous toujours que le monde est encore plein de merveilles, qu’il a toujours de nouvelles quêtes, que les fins apparentes ne sont pas des fins pour de bon mais seulement des transitions, des escales sur la route. Pourquoi pleurerions-nous ? Pourquoi nous laissons-nous aller au chagrin, même si nos vies sont des soustractions quotidiennes ? Si nous perdons ceci, pourquoi perdrions-nous aussi cela ? Si la vue s’éteint, l’amour s’éteint-il aussi ? Si les sens s’affaiblissent, ne pouvons-nous pas revenir à d’anciens sentiments, et en tirer un réconfort ? Une grande part de notre douleur n’est que confusion.
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  • Par colimasson, le 04 février 2012

    Si nous ne descendons pas de notre plein gré dans la tombe, nous y serons poussés de toute façon. C’est ce que je veux dire quand j’écris que l’entropie finira par nous posséder. Quelle que soit notre vitalité, notre vigueur, notre combattivité farouche, le temps aura raison de nous. La vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, tout disparaîtra, comme disait le vieux William S., et nous finirons sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien. Rien de rien. Ou, comme le décrit aussi le même poète de génie, heure après heure nous devenons de plus en plus mûrs, heure après heure nous pourrissons de plus en plus, et toute l’histoire est là.
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