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Par Colette, le 14/09/2009
L'armure de vengeance de
Serge Brussolo
C'était la nuit des châteaux forts, quand l'obscurité avale les formes de la bâtisse et la réduit à une montagne creuse sur laquelle s'acharne ce vent dont on ne perçoit le souffle nulle part ailleurs mieux que sur un chemin de ronde. C'était l'odeur de la pierre mouillé, de la caverne primitive d'où l'humanité était sortie en rampant. Cette impression étrange de ne plus faire vraiment partie du monde mais d'être juché sur un caillou tombé de la lune, de monter la garde sur un astre naufragé, tout de granit. Un sentiment insolite vous saisissait alors, une exaltation orgueilleuse, la fierté farouche de dominer le petit peuple, d'être là, enraciné sur la roche, maître des hauteurs, plus près de Dieu qu'aucun des vilains traînant sur la plaine. Une alliance entre la pierre des murailles et le fer du haubert qui vous couvrait le corps. Matières nobles, qui en s'entrechoquant produisent des étincelles.
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La Meute de
Serge Brussolo
Prologue
Sarah regardait s’approcher la serveuse déguisée en soubrette de comédie : robe noire, tablier blanc, coiffe amidonnée. C’était une jeune fille, probablement une débutant qu’intimidaient encore un peu les clientes de ce quartier réputé «chic». Elle posa la théière sur la table et dit doucement : «lapsang-souhong...» quêtant une approbation de la part de Sarah. La jeune femme sourit. Elle aimait le rituel pompeux et niais des salons de thés, leurs chuchotis de confessionnal Ces faux secrets qu’on échange entre deux bouchées de tarte à ma myrtille, les roucoulements des dames aux cheveux teints. Il y avait dans tout cela une banalité qui la rassurait. C’était un monde doux et calme où ne se produisait jamais le moindre d’éclat, une enclave de paix sur le trajet du boulevard.
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La nuit du bombardier de
Serge Brussolo
Le train…
Le bruit du train.
L’enfant qu’on appelait David aurait voulu se boucher les oreilles, résister à ce fracas rythmé, à ce martèlement sourd dont le vacarme se faisait berceuse, prenant les rênes de ses pensées pour les diriger comme un chef d’orchestre. Ecouter le bruit du train, c’était se condamner à ne plus pouvoir parler qu’en cadence. « Je-ne-veux-pas-dormir…Je-n’veux-pas-d’mir…J’ne-vpas-d’mir… » Les mots se disloquaient et il devenait impossible de les prononcer autrement qu’avec une voix de robot déréglé… de ces robots de bande dessinée qui débitent les phrases en rondelles et poussent des hoquets de ferraille comme s’il mâchaient des ressorts en guise de chewing-gum. David se ratatina sur sa couchette. Il faisait noir et chaud dans le compartiment. Trop noir et trop chaud. Le train filait dans la nuit, le mufle bas, accroché à ses rails, bêtes obstinée transperçant les montagnes par la blessure des tunnels.
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Par Colette, le 21/07/2010
Le Visiteur sans visage de
Serge Brussolo
Elle retenait sa respiration, écoutant craquer le parquet derrière la porte... En fait elle se trompait, la maison n'était pas silencieuse, elle était pleine d'un vacarme minuscule fait d'une addition de bruits infimes: plaintes de lattes travaillées par l'humidité, gémissements arthritiques des armoires et des portes. Il ne se passait pas une seconde sans que le bois de la charpente n'émette un bref craquement, une détonation lointaine, comme si une poutre fragile venait brusquement de se fendre. Tous ces bruits s'amassaient derrière la porte de Peggy, comme si des dizaines d'hommes invisibles s'entrecroisaient au long des couloirs, montant la garde pour interdire à la jeune femme de quitter la maison.
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Par annie, le 14/02/2011
Agence 13, Tome 1 : Dortoir interdit de
Serge Brussolo
p.68
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l'armée de Lee souffrait d'une pénurie générale de matière première... ...comme on manquait de métal pour fondre des balles, on envoyait des gars les récupérer sur les morts. ...
Le blocus empêchait le ravitaillement en salpêtre, à partir duquel on fabrique la poudre noire. Le président Jefferson Davis a dû promulguer une ordonnance obligeant les maîtresses de maison à thésauriser le contenu des pots de chambre familiaux.
Des contrôleurs assermentés passaient les ramasser. Des excréments, on tirait du nitre et, avec le nitre, on fabriquait de la poudre.
Ainsi, chaque fois que les Confédérés chiaient, ils contribuaient à l'effort de guerre.
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Le Syndrome du scaphandrier de
Serge Brussolo
David savait que les ectoplasmes épuisaient l’organisme. Chaque fois qu’il parvenait à ramener quelque chose du fond du rêve il perdait du poids, comme si l’objet expulsé par sa bouche correspondait à une portion de chair réelle. Chaque fois qu’il grimpait sur la balance au terme d’une plongée, il avait la conviction d’avoir subi une mystérieuse amputation. On lui avait enlevé quelque chose, il ne savait pas quoi, c’était indolore, et pourtant son anatomie n’était plus complète. Chaque rêve lui mangeait un organe. Cette idée prenait parfois des proportions obsédantes.
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Par Colette, le 04/07/2010
Le Visiteur sans visage de
Serge Brussolo
L'odeur de la campagne détrempée frappa soudain Peggy au visage. C'était un parfum puissant de fosse ouverte, cela sentait tout à la fois le feu de bois et l'humus, la moisissure des champignons et les feuilles pourrissantes. Cela montait de la forêt et des champs pour déferler sur Hunter Hall en un remugle plein de vie insolente d'une nature en éveil.
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Par Colette, le 21/11/2010
Le manoir des sortileges de
Serge Brussolo
Il y avait dans l'œil des chevaux une haine démente qui faisait d'eux des bêtes sauvages. Dès qu'un cavalier roulait sur le sol, les destriers le piétinaient, et les sabots écrasaient les heaumes tels des marteaux s'abattant sur un gobelet d'étain. La terre était jonchée de débris d'armures, de blessés que les écuyers avaient abandonnés à leur sort de peur de se faire happer par les bêtes déchaînées.
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La Fenêtre jaune de
Serge Brussolo
L’hélicoptère survole la mesa. Un désert d’argile desséchée, que le souffle du rotor caresse en soulevant un nuage de poussière qui crépite sur le fuselage. Cassie songe qu’elle n’aimerait pas être happée par un tel tourbillon. Quand cela se produit, les grains vous décapent la peau avec l’efficacité d’un tampon à récurer ! Elle coule un regard en biais vers le pilote. Il se nomme William (Bill) Plume Rouge. C’est un Shoshone du Bureau des affaires indiennes. Massif, la peau recuite par le soleil, il a les cheveux longs, gris, tressés en nattes qui lui battent les omoplates. Cassie ne sait pas ce qu’il pense d’elle, la petite Blanche à la chevelure rousse, à la peau laiteuse criblée d’éphélides, si peu à sa place dans ce paysage surdimensionné. Il n’a pas ouvert la bouche depuis le décollage, se concentrant sur les courants aériens qui bouleversent l’espace dès qu’on prend de l’altitude.
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Le Nuisible de
Serge Brussolo
Il sourit . Il se sentait bien , seul maitre à bord , dans l'odeur du papier , de l'encre . Souvent il ouvrait un vieux livre , une édition originale de Carl Chester Lives , portait les feuillets jaunis à ses narines et respirait , profondément... S'il avait pu , il aurait collectionné non les livres , mais leur parfum .