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Editions de Minuit

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France

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motspourmots
22 janvier 2017
Article 353 du code pénal de Tanguy Viel
  • 4/ 5
Cela faisait longtemps que j’avais envie de lire Tanguy Viel dont l’univers ou en tout cas ce que j’en entendais dire me parlait. C’est peut-être une bonne chose de découvrir un écrivain un peu tardivement, alors même que sa plume atteint un degré de maturité qui lui permet d’exprimer de multiples facettes. Cela m’est arrivé avec Jean Echenoz dont j’explore à présent l’œuvre avec délectation. J’ai l’impression que ça pourrait être la même chose avec Tanguy Viel dont j’ai apprécié la subtilité et la dextérité dans l’assemblage des couches qui dévoilent peu à peu un propos riche et dense.



Car ce huis-clos entre un juge et un prévenu, en plus de révéler un drame personnel est l’occasion d’un livre éminemment politique. A travers l’histoire de Martial Kermeur, c’est la réalité d’un territoire qui s’affiche, une ville de Bretagne économiquement dépendante des entreprises et des projets de développement qui garantissent l’emploi, des élus seuls face à des prises de décision parfois lourdes de conséquences. Tanguy Viel parvient à mêler l’intime au drame sociétal, montrant avec une belle maestria comment notre société de consommation peut conduire une personne fragile ou déstabilisée à commettre l’irréparable.



Martial Kermeur retrace dans le bureau du juge les événements qui l’ont conduit à jeter à l’eau et abandonner Antoine Lazenec, le promoteur immobilier qui devait faire la richesse de la ville. Une histoire qui remonte le fil de plusieurs années et démonte peu à peu le processus qui a amené Martial, licencié de l’Arsenal comme des centaines d’autres à investir ses indemnités dans l’achat d’un appartement d’un complexe qui n’a jamais dépassé le stade des premiers travaux de creusement. Ancien ouvrier, vivant seul avec son fils, Martial est un homme simple qui pensait peut-être regagner l’admiration du petit Erwan lassé de voir son père squatter le canapé à longueur de journées vides d’occupation. Antoine Lazenec avait du bagout, et c’est toute la ville qu’il a entraînée derrière lui.



« Mais ce que j’aurais dû penser ce soir-là, ce que j’ai appris à penser depuis, c’est que ce n’est jamais bon signe de croiser deux fois dans la même journée un gars qu’on ne connaissait pas la veille ».



Avec le recul, forcément, les signes que l’on n’a pas perçus alors apparaissent soudain comme évidents. Mais pour le lecteur, ce qui apparaît avec clarté au fil de l’intrigue, c’est la situation de faiblesse dans laquelle se trouvait Martial, les failles que Lazenec a su exploiter, chez lui et chez tous ceux qu’il a arnaqués, Maire compris. Face à la dureté du monde extérieur, la moindre faiblesse peut conduire au drame. Les cyniques n’hésitent pas à en profiter, sans aucun remord tandis que la justice peine à justifier son nom en laissant libres des escrocs, une sorte de double peine pour ceux qui ont été spoliés.



Article 353 du code pénal est un livre implacable, maîtrisé de bout en bout d’une écriture précise et tenue. Un livre qui laisse peu à peu apparaître les différentes facettes qui le composent et nous tend un miroir où se reflète une société rongée par les impératifs économiques qui aboutissent trop souvent à la négation de l’humain.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Hybris
22 janvier 2017
Fuir de Jean-Philippe Toussaint
  • 4/ 5
Ce roman démarre à Shanghai.

C’est l’été, dans cette quadrilogie de Jean-Philippe Toussaint.

« L’été précédent notre séparation », car le dénominateur commun de ses quatre livres est l’histoire d’amour (chaotique) entre le narrateur et Marie.

Au commencement, l’atmosphère est angoissante comme peut l’être l’arrivée dans un pays dans lequel on ne maîtrise ni la langue ni les codes.

Shanghai grouille de monde, le narrateur est constamment affublé d’un type étrange qui ne quitte jamais ses lunettes de soleil et qui ne parle qu’un mauvais anglais.

Le narrateur lui remet de la part de Marie une importante somme d’argent dont on ne saura rien.

Il rencontre ensuite une artiste nommée Li Qi, qui l’emmène en Chine par le train, toujours serré de près par ce mystérieux Zhang Xianngzhi.

Il explique dans un entretien qui fait suite au livre qu’il a imaginé ses deux personnages comme deux pôles d’un élément : le côté attirant et féminin de Li Qi et le côté négatif et inquiétant de Zhang Xianngzhi.

Certaines scènes, dans le train par exemple ou en moto, sont très cinématographiques : on sent que Jean-Philippe est cinéphile (il a d’ailleurs réalisé un long-métrage « La patinoire » et un court-métrage « expérimental » à partir de la scène de la moto).

Jean-Philippe a (un peu) quitté l’humour de ses premiers livres, même si on y sourit souvent, pour rechercher dans celui-ci «l’énergie romanesque » qu’il admire chez Faulkner.

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allard95
22 janvier 2017
Rosie Carpe de Marie NDiaye
  • 3/ 5
La famille Carpe est de Brive la Gaillarde. Les deux enfants, Rose-Marie et Lazare, élevés par des parents sans dimensions - et que l'on découvrira plus tard cyniques et totalement immoraux -, devenus jeunes adultes, se fracasseront sur un cumul d'échecs, d'abord au cours de leurs débuts professionnels à Paris, puis en Guadeloupe, terre d'espoir où la situation ne fera pourtant qu'empirer. Lazare fera de mauvaises rencontres, qui feront de lui un délinquant, et Rose Marie, deux fois enceinte sans avoir trop compris comment, verra sa vie lui échapper, la subira, négligera son enfant, vieillira médiocrement. Si le début du roman, plantant de manière désabusée mais originale ces deux personnages, laisse entrevoir une suite et une fin solides (l'on pressent très vite qu'il y aura des drames), la deuxième partie du livre devient complexe, assez peu lisible, le récit perd sa clarté, son réalisme aussi, et c'est dans une totale confusion que l'on s'efforce de ne pas abandonner la lecture: commencé avec brio, ce livre finit en chaos, non pas seulement dans le chaos de la vie des personnages - cela, c'est le roman -, mais dans le chaos d'un récit mal ficelé, et pour tout dire raté. On se demande pourquoi le jury du prix Fémina a pu lui consacrer son prix: il aurait mieux valu demander à l'auteur de reprendre sa copie à son milieu, et de tout réécrire. Trop tard !
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