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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
..d'un seul coup, la dizaine de garçons ont encerclé le stand, les deux femmes se sont rapprochées l'une de l'autre, on reste un moment comme ça, et puis l'un des types se jette sous la table, il a fallu qu'il se jette d'un seul mouvement ; les autres l'accompagnent en criant et en hurlant, je vois la main et le bras du type de l'autre côté du stand, il a saisi des billets, peut-être dans la caisse, oui, sa main a plongé dans la caisse et il a saisi des billets à pleine main, les femmes commencent à crier, mais les autres sont là, ils arrachent les poches du tablier de l'une des femmes ils arrachent des billets, personne ne vient, personne ne fait rien, quelque chose arrive du côté de l'entrée : de derrière la bouche noire du tunnel, de derrière les grilles.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
J'aime les Gauloises quand j'ai besoin d'oublier, d'aller vite, que j'ai besoin de me consoler et de ne pas penser encore comme je pense, maintenant, en remontant vers la foule qui grossit devant le stade pendant que j'entends la rumeur, comme on dit, cette rumeur, dans l'air, des voix et du vent mélangés, confondus, la rumeur qui distille et colporte son flot de mensonges et de ragots, je vais vers elle, j'entends es premières voix des Italiens et des Anglais. On rit. On parle fort. On crie de partout.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
Sauf que je n'aime pas Doug parce que c'est mon frère, je l'aime malgré ce qu'il est – je n'y peux pas grand chose, moi, d'aimer ce type à qui je n'ai rien à dire, dont j'ai peur depuis l'enfance, que je hais pour ce qu'il fait, qu'il dit, qu'il est, mais que j'aime de cette manière irraisonnable et irréductible – quelque chose qui ne veut pas se soumettre à l'idée qu'il faudrait ne pas l'aimer, ni lui ni Hughie, qu'il faudrait opposer le bien au mal comme de dire j'ai envie, pas envie.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
Parce que nous n'étions pas comme les supporters qui étaient venus en famille, et que ce qui nous tenait droit, qui me tenait droit pareillement aux autres, c'était de sentir la puissance qu'on éprouve d'être soûl dans le regard des autres, et d'être loin de chez soi, si loin tout à coup que je me prenais à rêver de n'avoir aucun compte à rendre à personne, ni à mes parents, ni même à Elsie.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
C'est comme de se faire piétiner le coeur quand j'entends le nom de cet hôtel, quelque chose de terrifiant, l'espace des fleurs rouges sur les murs et dans la salle de bains la housse défaite – comme si on n'avait rien fait de plus insurmontable que l'existence de deux brosses à dents et d'un gobelet en plastique, rien de plus cruel que le néon et la robinetterie d'une salle de bains.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
ces images qui s'écrasent contre les visages et les cris, les pleurs, la foule qui surgit sous la poussière, des ombres dont le flux va s'écouler, des gens par dizaines, par centaines, se répandent et courent maintenant pour trouver une issue, et les visages – cette trouille et la hargne d'avoir crié et hurlé, ils sont là, à envahir la pelouse par centaines,
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
J'entends leurs rires. Je revois les dents pourries de Hughie et le noir là où il n'y en a plus. Le bras tendu de Doug qui salue vers la famille pour dire au revoir. Et puis son tatouage sur l'avant-bras, une bouteille mal dessinée, et, remontant vers le poignet, le dessin d'un couteau dont la lame va se planter dans la paume en plein milieu.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
Et l'on se dit que la haine des Anglais pourchassera toute la nuit la haine des Italiens, sans Italiens ni Anglais, malgré le silence des tables que les restaurants et les appartements vont camoufler sous les fonds sonores des chansons de Jacques Brel et des airs d'opéra.
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Par brigetoun, le 02/02/2012
Dans la foule de
Laurent Mauvignier
Ils étaient là, sirotant une bière, et ils parlaient et répondaient sans souci, fumant des cigarettes et ricanant entre eux, suant l'impunité
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Par Reka, le 31/07/2010
Des hommes de
Laurent Mauvignier
Je me suis dit pour la première fois que j’avais envie de retourner là-bas, peut-être, et que je voudrais savoir s’il y a des fermes avec des cours carrées et presque blanches et s’il y a des enfants qui jouent au ballon pieds nus. Je voudrais voir si l’Algérie existe et si moi aussi je n’ai pas laissé autre chose que ma jeunesse là-bas. Je voudrais voir, je ne sais pas. Je voudrais voir si l’air est aussi bleu que dans mes souvenirs. Si l’on mange encore des kémias. Je voudrais voir quelque chose qui n’existe pas et qu’on laisse vivre en soi, comme un rêve, un monde qui résonne et palpite, je voudrais, je ne sais pas, je n’ai jamais su, ce que je voulais, là, dans la voiture, seulement ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l’odeur d’un corps calciné ni l’odeur de la mort – je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard. (p. 281)
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