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La Route des Flandres de
Claude Simon
[...] la voix de son père, empreinte de cette tristesse, de cet intraitable et vacillant acharnement à se convaincre elle-même sinon de l'utilité ou de la véracité de ce qu'elle disait, du moins de l'utilité de croire à l'utilité de dire.
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Par patrick75, le 23/05/2012
L'Acacia de
Claude Simon
Quelque chose de comparable à ces ascèses monastiques et à ces inhumains exercices spirituels imposés aux novices des ordres religieux et au sortir desquels les élus (ou plutôt les survivants) peuvent s'enorgueillir d'une robustesse de mulets et d'une endurance de trappistes.
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Par patrick75, le 27/05/2012
L'Acacia de
Claude Simon
Il avait avec le même égal et docile étonnement, sans bien comprendre, vu d'abord la femme toujours vêtue de sombre qui était sa mère fondre peu à peu, se résorber, échanger son visage bourbonien contre celui d'un échassier, puis d'une momie, puis ( grâce aux bistouris qui taillaient et retaillaient dans le corps) même plus une momie: quelque chose comme un bistouri lui-même, une lame de couteau, une sorte d'épouvantail vivant, la tête d'oiseau décharné émergeant de châles qui recouvraient quelque chose de plat d'abord étendu sur des liseuses, puis des divans, puis dans un lit, de plus en plus plat, soulevant à peine le drap, puis disparaissant tout à fait, ne laissant plus rien d'elle qu'une boite de chêne verni sous un amoncellement de fleurs au violent parfum mêlé à l'odeur des cierges, et rien d'autre.
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Par brigetoun, le 01/11/2009
Les Géorgiques de
Claude Simon
lorsque l’entêtante odeur d’encens, les clignotements des cierges, la profusion de lumières, de chasubles et de surplis brodés, les choeurs des voix cristallines, le tonnerre des orgues s’interrompaient soudain et que, étirant le cou, et prêtant l’oreille, il parvenait à distinguer sur la gauche de l’autel, le vieil évêque couvert d’or….. en même temps qu’on entendait, à peine perceptible, la voix chevrotante, cassée, si faible, si ténue dans le monumental silence… parvenant pour ainsi dire en trébuchant au bout de la courte phrase modulée plutôt que chantée
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Par solasub, le 26/01/2012
La Route des Flandres de
Claude Simon
comme une tache d'encre aux multiples bavures se dénouant et se renouant, glissant sans laisser de traces sur les décombres, les morts
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Par solasub, le 19/01/2012
La Route des Flandres de
Claude Simon
la guerre pour ainsi dire étale pour ainsi dire paisible autour de nous, le canon sporadique frappant dans les vergers déserts avec un bruit sourd monumental et creux comme une porte en train de battre, agitée par le vent dans une maison vide, le paysage tout entier inhabité vide sous le ciel immobile, le monde arrêté figé s'effritant se dépiautant s'écroulant peu à peu par morceaux comme une bâtisse abandonnée, inutilisable, livrée à l'incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps
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Par brigetoun, le 01/11/2009
Les Géorgiques de
Claude Simon
voici comment vous pourrez avoir des bouteilles, il faut faire vider dans un barricot les bouteilles de vin de cassis, ce vin qui viellit m'a paru se gâter, vous tirerez un certain nombre de bouteilles le lendemain que vous recevrez ma lettre et vous aurez soin d'écrire le jour que vous l'aurez tiré, vous pouvez aussi en mettre dans des dames-jeannes, vous mettrez deux ou trois grains d'orge dans chaque bouteille et deux ficelles en croix sur le bouchon.......j'aimerais mieux que vous m'ayez fait cent écus de dettes que de m'avoir manqué une année comme vous l'avez fait, parce qu'avec cent écus je ne rachêterai pas la jouissance que j'aurais eu de boire du bon vin venu de chez moi, qualité qui tient à être mise en bouteilles dans le plein de la lune de mars qui ne dure que huit jours, c'est ainsi que par inattention quand j'arrive chez moi, je ne trouve ni jardinage, quoique j'ai payé le jardinier pendant deux ans toute l'année, point de fruits parce que l'on ne se donne pas la peine de les conserver, quoique mon père les conservât fort bien,c'est ainsi que je trouve ni lentilles, ni pois, ni haricots, qioique mes terres soient bonnes pour les porter.
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Par brigetoun, le 01/11/2009
Les Géorgiques de
Claude Simon
les graciles et minces bras nus, les joues délicatement rosies par une fièvre, une excitation elle aussi bienséante, se propageant de proche en proche, le discret bourdonnement des voix mêlé aux timides essais des instruments de l’orchestre en train de s’accorder, à l’anarchique désordre de cordes pincées, de soupirs, de brefs arpèges, annonçant (ou faisant partie d’) un cérémonial…. et qui, confusément , lui parut relever d’une clandestinité d’autant mieux protégée qu’il n’y avait là en apparence rien de défendu, de caché, qu’il se trouvait là non par fraude ou par ruse…. mais qu’il avait cependant l’impression de voir pour la première fois, métamorphosés, les jeunes femmes ou les jeunes filles en partie dénudées, parées, les membres de l’assistance unis, comme les associés d’une société secrète, par une sorte de complicité que trahissaient leurs chuchotements, leur maintien compassé, sévère, assemblés là pour participer à un de ces rituels à la fois sacrés et barbares dont, lorsque après l’exécution de l'ouverture le solennel rideau se fut levé
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Par sarasvati, le 21/03/2011
Le tramway de
Claude Simon
p.98/Entouré de tous côtés par l'anarchique tissu urbain au sourd grondement, l'hôpital, avec ses pavillons identiques, sauf deux ou trois plus récents d'un modernisme cru, ses cours monacales et silencieuses, constituait une espèce d'îlot noyé au milieu du tumultueux et fragile désordre comme une sorte d'entité en soi, d'univers en réduction, fermé sur lui-même, ripoliné et fini, du service d'obstétrique à la morgue, offrant comme en raccourci (ou en condensé) les successifs états de la machine humaine de la naissance à l'agonie en passant par toutes les déviations et anomalies possibles jusqu'à sa définitive corruption.
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Par Charybde2, le 10/04/2013
La Route des Flandres de
Claude Simon
Et son père parlant toujours, comme pour lui-même, parlant de ce comment s'appelait-il philosophe qui a dit que l'homme ne connaissait que deux moyens de s'approprier ce qui appartient aux autres, la guerre et le commerce, et qu'il choisissait en général tout d'abord le premier parce qu'il lui paraissait le plus facile et le plus rapide et ensuite, mais seulement après avoir découvert les inconvénients et les dangers du premier, le second, c'est-à-dire le commerce qui était un moyen non loin déloyal et brutal mais plus confortable, et qu'au demeurant tous les peuples étaient obligatoirement passés par ces deux phases et avaient chacun à son tour mis l'Europe à feu et à sang avant de se transformer en sociétés anonymes de commis voyageurs comme les Anglais mais que guerre et commerce n'étaient jamais l'un comme l'autre que l'expression de leur rapacité et cette rapacité elle-même la conséquence de l'ancestrale terreur de la faim et de la mort, ce qui faisait que tuer voler piller et vendre n'étaient en réalité qu'une seule et même chose un simple besoin celui de se rassurer, comme les gamins qui sifflent ou chantent fort pour se donner du courage en traversant une forêt la nuit, ce qui expliquait pourquoi le chant en choeur faisait partie au même titre que le maniement d'armes ou les exercices de tir du programme d'instruction des troupes parce que rien n'est pire que le silence quand,...
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