Sylvèreet les siens vivent sur un terrain vague où se sont établis leurs ancêtres, au bord de la ville dont la masse indistincte, déployée derrière un rempart de hautes tours blanches, les inquiète et les fascine à... > voir plus
Etrange histoire que ce roman de Roland FUENTES, à mi-chemin entre l'utopie, le fantastique et le réel. le lecteur ne sait où se situer dans cette histoire où chaque population peut en symboliser d'autres. Comment ne pas penser, par exemple, aux sans-papiers venus émigrer quand on évoque le sort des habitants du terrain vague de retour (« Ce n'est pas votre travail ! Vous êtes un renégat ! Vous avez volé ce travail ! »).[...]
- Je vais vous parler du travail. Avant toute chose, jeunes gens, il faut conserver un principe très nettement gravé à l’esprit. Celui qui régit chaque action, chaque comportement à la ville :
Tout travail mérite salaire !
- Celui qu’on prend en faute de travailler sans demander de rémunération peut être banni. De même, celui qu’on surprend à donner sans rien exiger en retour. Ici, chaque action, et même chaque être humain valent un prix. Les spectacles sont à vendre, les chansons, les histoires, les services, la vue qu’on a par la fenêtre de chez soi. Le prix assure l’équilibre de la ville.
- N’ouvrez pas des yeux horrifiés… Les gens d’ici ne sont pas des monstres ! Ils n’obéissent à ces principes que par souci de préserver cet équilibre que leurs ancêtres ont créé.
L’école, ce doit être un peu comme notre pépinière. Mais je me demande pourquoi on enferme les enfants dans cette pièce nommée classe et pourquoi on les oblige à rester assis sur des chaises. N’y a-t-il aucun champ à la ville, au milieu duquel ils pourraient s’installer en rond autour de l’adulte, un brin d’herbe entre les dents, tandis que le vent parfume leurs cheveux ?
- On ne peut pas savoir ce qui peut se produire. Simplement, quand j'essaie quelque chose, ça ne m'intéresse pas de penser à l'échec.
- Vraiment? Tu n'y penses pas du tout?
- Non, A quoi ça sert? Je préfère m'occuper de choses plus utiles.
Il faut s'imaginer que, pour la plupart des gens ici, offrir est le pire délit qui se puisse concevoir. C'est encore pire que de voler. Si tout le monde donne, il n'y aura plus besoin d'argent.