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L'Enfant de
Jules Vallès
bibliotheca l enfant
"Ai-je été nourri par ma mère ? Est-ce une paysanne qui m’a donné son lait ? Je n’en sais rien. Quel que soit le sein que j’ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit : je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisotté ; j’ai été beaucoup fouetté.
Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins."
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Par Orphea, le 18/10/2010
L'Enfant de
Jules Vallès
Ma mère apparaît souvent pour me prendre par les oreilles et me calotter. C'est pour mon bien ; aussi, plus elle m'arrache de cheveux, plus elle me donne de taloches, et plus je suis persuadé qu'elle est une bonne mère et que je suis un enfant ingrat.
Oui, ingrat ! car il m'est arrivé quelquefois, le soir, en grattant mes bosses, de ne pas me mettre à la bénir, et c'est à la fin de mes prières, tout à fait, que je demande à Dieu de lui garder la santé pour veiller sur moi et me continuer ses bons soins.
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Par AireLibre, le 26/01/2008
L'Enfant de
Jules Vallès
A TOUS CEUX
qui crevèrent d'ennui au collège
ou
qu'on fit pleurer dans la famille,
qui, pendant leur enfance,
furent tyrannisés par leurs maîtres,
ou rossés par leurs parents,
Je dédie ce livre.
JULES VALLES
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L'Enfant de
Jules Vallès
l y a un jardin derrière l’école, avec une balançoire et un trapèze. Je regarde avec admiration ce trapèze et cette balançoire ; seulement il m’est défendu d’y monter. C’est ma mère qui a recommandé aux parents du petit garçon de ne pas me laisser me balancer ou me pendre. (…) J’en vois d’autres, pas plus grands que moi, qui se balancent aussi. Ils se casseront donc les reins ? Oui, sans doute ; et je me demande tout bas si ces parents qui laissent ainsi leurs enfants jour à ces jeux-là ne sont pas tout simplement des gens qui veulent que leurs enfants se tuent. Des assassins sans courage ! des monstres ! qui, n’osant pas noyer leurs petits, les envoient au trapèze - et à la balançoire ! Car enfin, pourquoi ma mère m’aurait-elle condamné à ne point faire ce que font les autres ?
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Par Orphea, le 18/10/2010
L'Enfant de
Jules Vallès
A deux minutes de là, le collège moisit, sue l'ennui et pue l'encre ; les gens qui entrent, ceux qui sortent, éteignent leur regard, leur voix, leur pas, pour ne pas blesser la discipline, troubler le silence, déranger l'étude.
Quelle odeur de vieux !...
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L'Enfant de
Jules Vallès
Ah ! j’ai grandi maintenant ; je ne suis plus l’enfant qui arrivait du Puy tout craintif et tout simple. Je n’avais lu que le catéchisme et je croyais aux revenants. Je n’avais peur que de ce que je ne voyais pas, du bon Dieu, du diable ; j’ai peur aujourd’hui de ce que je vois ; peur des maîtres méchants, des mères jalouses et des pères désespérés. J’ai touché la vie de mes doigts pleins d’encre. J’ai eu à pleurer sous des coups injustes et à rire des sottises et des mensonges que les grandes personnes disaient.
Je n’ai plus l’innocence d’autrefois. Je doute de la bonté du ciel et des commandements de l’Eglise. Je sais que les mères promettent et ne tiennent pas toujours.
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Par Fremen, le 29/03/2010
L'Insurgé de
Jules Vallès
Il faut être soi, jeter au loin les livres et les drapeaux lourds, affirmer, faible ou forte, sa personnalité et ne sacrifier le caractère et les droits de l'individu ni au besoin de la gloire, ni aux raisons d'Etat.
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Par solasub, le 25/01/2012
L'Enfant de
Jules Vallès
Il m’a mis aux arrêts ; – il m’a enfermé lui-même dans une étude vide, a tourné la clef, et me voilà seul entre les murailles sales, devant une carte de géographie qui a la jaunisse, et un grand tableau noir où il y a des ronds blancs et la binette du censeur.
Je vais d’un pupitre à l’autre : ils sont vides – on doit nettoyer la place, et les élèves ont déménagé.
Rien, une règle, des plumes rouillées, un bout de ficelle, un petit jeu de dames, le cadavre d’un lézard, une agate perdue.
Dans une fente, un livre : j’en vois le dos, je m’écorche les ongles à essayer de le retirer. Enfin, avec l’aide de la règle, en cassant un pupitre, j’y arrive ; je tiens le volume et je regarde le titre : ROBINSON CRUSOÉ.
Il est nuit.
Je m’en aperçois tout d’un coup. Combien y a-t-il de temps que je suis dans ce livre ? – quelle heure est-il ?
Je ne sais pas, mais voyons si je puis lire encore ! Je frotte mes yeux, je tends mon regard, les lettres s’effacent, les lignes se mêlent, je saisis encore le coin d’un mot, puis plus rien.
J’ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal, la poitrine creuse ; je suis resté penché sur les chapitres sans lever la tête, sans entendre rien, dévoré par la curiosité, collé aux flancs de Robinson, pris d’une émotion immense, remué jusqu’au fond de la cervelle et jusqu’au fond du cœur ; et en ce moment où la lune montre là-bas un bout de corne, je fais passer dans le ciel tous les oiseaux de l’île, et je vois se profiler la tête longue d’un peuplier comme le mât du navire de Crusoé ! Je peuple l’espace vide de mes pensées, tout comme il peuplait l’horizon de ses craintes ; debout contre cette fenêtre, je rêve à l’éternelle solitude et je me demande où je ferai pousser du pain…
chapitre XI
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Par chartel, le 07/03/2010
L'Enfant de
Jules Vallès
Le garçon n’a pas répondu à la question polie de ma mère, il est occupé avec un client , à qui il dit : "Nous avons une tête de veau, n’est-ce pas ?"
Le monsieur fait signe que oui, il ne nie pas, il a bien une tête de veau.
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Par zazimuth, le 30/09/2010
L'Enfant de
Jules Vallès
Je puis penser, causer avec moi, ce sont mes seuls moments de grand silence. Je ne suis pas distrait par le bruit de la foule où ma timidité m'isole. (p. 251)