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Critiques de Alana S. Portero (21)
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La Mauvaise habitude

Avec « La mauvaise habitude », Alana S. Portero nous parle d’un parcours, le sien, dans la transidentité, et comme on le comprend rapidement, il ne s’agit pas d’un voyage de santé. C’est un roman dur, âpre, désespéré, et c’est l’une des rares fois où j’ai souhaité qu’un livre qui porte la mention de « roman » en soit vraiment un à cent pour cent.



Alana S. Portero raconte ainsi son histoire dans une succession de chapitres courts, qui sont autant de petits tableaux vivants sur des thématiques qui lui sont chères (ses voisines, sa vie dans le quartier, son premier amour..). Mis bout à bout, ils dépeignent les difficultés d’une petite fille trans, qui a rapidement compris qu’elle était coincée dans le mauvais corps, et qu’elle ne pourra pas mener sa vie comme elle l’entend. Elle dépeint également, ou plutôt surtout, puisque cela prendra tellement de place dans sa vie, la violence et la peur qui accompagnent cette prise de conscience. Une violence en premier lieu endémique, systémique, car il est difficile d’être trans dans la société patriarcale espagnole des années 1990, où la masculinité domine tous les aspects de la vie, encore plus quand on vient d’un quartier pauvre et violent ; mais aussi intrinsèque puisqu’elle se bridera longtemps, incapable d’assumer réellement qui elle est (il faut aussi reconnaître que ses tentatives seront cher payées). Et c’est cette tension entre la femme qu’elle est au plus profond d’elle, et le reflet masculin que le miroir lui oppose, qui lui donne la certitude mortifère de rêver d’un monde dont l’accès lui sera irrémédiablement fermé, qu’elle qu’elle tente, qu’elle dise, ce qui la fera souffrir par conséquent atrocement.



Ce monde de la féminité — et le désir d’en faire partie — l’attire ainsi indiciblement même si les références auxquelles s’identifier dans sa jeunesse sont peu nombreuses et éloignées dans un premier temps de ses idéaux : Margarita, loin de Madonna, qui lui fera comprendre combien la vie des femmes trans est étriquée — autre violence faite à leur encontre — (« Margarita entrait, demandait sa marque habituelle [de cigarettes] et ils lui répondaient invariablement qu’il n’y en avait plus, alors qu’une pile de paquets était parfaitement visible depuis le comptoir. […] C’était ce genre de mesquineries que Margarita devait supporter de temps à autre. […] Elle n’était pas soumise à des railleries constantes mais jamais elle ne fut considérée comme normale. On exigeait d’elle un comportement exemplaire, elle ne devait pas créer de problèmes, quoi que ce terme puisse englober. […] Moi je n’étais pas dupe et mes poumons avaient un peu plus de mal à se remplir dès que je m’en apercevais. Je voyais à quel point son monde était étriqué et les efforts qu’elle déployait pour qu’il rétrécisse le plus lentement possible. »), ou Eugenia, la prostituée trans, sorte de mère spirituelle, qui faillit réussir à la sauver d’elle-même et à faire naître la femme qui est prisonnière en elle.

La féminité relève à force pour elle du mythe, les femmes, dans ce roman, étant d’écrites comme des naïades, des reines, ou des déesses, un vocabulaire à hiérarchie indiquant bien la distance entre elles et Alana.



Parce que c’est cela qui est si poignant et si difficile à lire dans le parcours d’Alana (j’en ai eu beaucoup de peine pour elle d’ailleurs) : c’est cette impossibilité à s’assumer face au monde, à encaisser la violence qui va avec un coming-out trans, cette obligation de réprimer sa féminité et d’être au final son bourreau le plus effréné. Ce double jeu constant, pour sauver sa peau au prix de sa santé mentale, l’a ainsi poussée à se composer un masque, qui a su faire illusion dans un premier temps, tout en la coupant de ses sensations et sentiments (triste technique déjà évoquée par Édouard Louis dans son roman « En finir avec Eddy Bellegueule »). La douleur contenue dans ce texte m’a ainsi fait beaucoup réfléchir sur ce qu’est être trans ou LGBTQIA+, je comprends que pour Alana S. Portero, être trans ou LGBT (ce ne sont ici que mes mots et ils n’ont pas de valeur universelle car ce n’est pas si vrai à la lecture d’Édouard Louis par exemple) n’est pas tant revendiquer une différence avec une norme, mais faire partie d’une communauté née de l’exclusion, de la comparaison que les autres vous opposent en permanence, de l’indifférence à votre particularité (se traduisant souvent par un mégenrage, « cette humiliation bien spécifique, celle qui consiste à nier à quelqu’un son nom, à mettre à nu une autre personne pour s’en moquer, à piétiner toute conquête ou histoire personnelle, aussi douloureuse soit-elle, rien que pour le plaisir d’exercer son pouvoir »). Ce roman est salutaire en ce qu’il fait comprendre, pour ceux qui en auraient encore besoin, que le « monstre » n’est pas celui qui souffre d’exclusion mais bien ceux qui excluent, et qui par leur étroitesse d’esprit, empêchent les autres de vivre comme ils l’entendent et selon leur nature, leur caractère, leur individualité. C’est aussi superbement écrit. Pour un premier roman, c’est une superbe réussite.



Merci à Flammarion et Babélio pour cet ouvrage reçu dans le cadre de la Masse critique Littérature de septembre.
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La Mauvaise habitude

Actuellement, en France, les médias donnent beaucoup la parole aux personnes transphobes (oui, j’ai des noms en tête). En revanche, pour donner la parole aux personnes trans… on peut toujours attendre. La narratrice sait, depuis toujours, qu’elle est une fille, puis une femme. Son corps lui dit autre chose. Elle grandit dans un quartier pauvre de Madrid, quartier qui semble à des années lumières de Madrid même, tant les pouvoirs publics se moquent allègrement de ceux qui y vivent et surtout, de ceux qui y meurent. La violence est omniprésente, j’ai eu l’impression que personne n’essayait de faire quoi que ce soit pour que cela change. Tout ceux qui le peuvent, au contraire, usent de leur petit pouvoir pour faire un petit peu de mal, jour après jour, notamment renvoyer l’autre, celle qui est différente, à son identité « génétique », à ce « monsieur » qui est inscrit sur sa carte d’identité. L’on attend des personnes trans qu’elles soient irréprochables. Note : trente ans après, c’est toujours ce que l’on attend des personnes trans et des personnes homosexuelles, comme si elles n’étaient pas avant tout des êtres humains comme les autres.

Au cours de ce récit, j’ai croisé des personnes fortes, des personnes qui ont souffert, des personnes, aussi, qui ont accompagné la narratrice qui a vécu énormément de temps dans un placard, portant un masque pour dissimuler qui elle était vraiment, tâchant d’adopter le comportement que l’on attendait d’elle, c’est à dire, aux yeux de la société, de lui. Le pire a été sans doute de me dire, en lisant ce récit, que l’attitude de trop nombreuses personnes n’a pas tant changé que cela, trente ans après.

La mauvaise habitude est un récit très intéressant, mais véritablement très dur (et c’est une personne qui n’a pas une sensibilité exacerbée qui vous le dit).
Lien : https://deslivresetsharon.wo..
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La Mauvaise habitude

« Je n’étais qu’une tapette amère de plus, une autre transsexuelle vaincue trop tôt que personne ne voulait ni n’aurait su aider, une autre travestie tragique, une nouvelle et énième histoire sans importance. De la chair pour voie de métro. Cette année-là, ce fut la première fois que je songeais sérieusement à me faire broyer sous les roues en métal. »



Madrid, dans les années 80. A. grandit dans un quartier ouvrier de Madrid. Deuxième fils de la famille, cette identité n'est pourtant pas celle qu'elle ressent au fond d'elle. Grandir comme garçon quand on se sent fille, dans un quartier ouvrier, post-franquisme n'est pas la chose la plus aisée.



L’histoire d’une petite fille, puis adolescente et jeune femme emprisonnée dans un corps de garçon.

Jeune fille coincée dans un corps de garçon, la narratrice va plonger tete la premiere dans une quête d’identité et va rencontrer humiliations, méconnaissance, peur de la différence, violence parfois mais au bout, il y a aussi de l'amour et surtout le courage d'être soi.



Autour d'elle, les personnages sont légions dans un Madrid qui sort de la dictature avec une soif de liberté sans précédent depuis des générations : la Margarita et ses talons rafistolés, la Moraíta et sa fierté inégalée, la Cartier et ses bijoux à la valeur toute personnelle. toutes ces vies singulières, étonnantes, dignes.



Un beau parfum de Movida et d'Almodovar irriguent ce beau livre qui nous mène dans une quête identitaire nécessaire, viscérale sans jamais tomber dans le cliché ! "La mauvaise habitude" est un premier roman à la fois lumineux et terriblement émouvant qui nous conduit dans les pas de la narratrice, une jeune femme trans au cœur d'un quartier ouvrier de Madrid dans les années 80.



Alana S. Portero propose un roman fort et poignant qui accompagne un beau personnage qu'on suit tout au long de sa construction et de son affirmation, de sa découverte de la femme qu'elle veut devenir.



Chronique d'une vie et d'une ville, portrait de femmes, de vies, La mauvaise habitude raconte un parcours unique et pourtant multiple, complexe, violent et beau.



Alana S. Portero propose un roman fort et poignant qui accompagne un beau personnage tout au long de sa construction et de son affirmation, de sa découverte de la femme qu'elle veut devenir.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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La Mauvaise habitude

Livre gratuit reçu de la Fondation Orange, à charge pour moi de le chroniquer dans le mois.

Ce n'est sans doute pas un livre que j'aurais spontanément acheté en librairie, mais l'occasion faisant le larron, je me suis intéressée à ce roman (on devait choisir le livre qu'on voulait se voir adresser) car il évoquait un thème qui ne m'est pas familier : la transidentité, et la difficulté pour un être humain de vivre dans un corps avec lequel il ne se sent pas en adéquation.

De plus, il s'agit d'un premier roman écrit par une romancière espagnole Alana S. Portero et je n'ai vraiment pas l'habitude de lire les auteurs étrangers. Donc, cela m'intéressait de connaître à la fois un style d'écriture nouveau, un contexte nouveau (l'Espagne des années 80/90), ainsi qu'un rapport à la langue différent.



D'emblée, j'ai été emportée par cette histoire pas commune (l'histoire de ce garçon qui se sent être une fille et qui se doit de vivre la vie qu'on attend d'un garçon, avec ses codes qu'il refuse) et par cette narration très forte, puissante, et particulièrement crue.



Déroutant est ce parti-pris de l'auteure de faire parler, dès le début du livre, sa narratrice au féminin. Comme pour mieux gommer les frontières possibles entre roman fictionnel et possible vécu autobiographique ? Une narratrice non nommée d'où un moment de doute sur qui parle ? Mais très vite, on se rend compte qu'il s'agit de ce garçon, héroïne du roman, qui fait le choix de nous faire entrer dans son esprit : il voit, il pense, il parle, il réagit, il ressent, il pleure comme la fille qu'il se sent être.



Cette histoire touchante et très douloureuse m'a marquée par l'enfermement affectif, familial, amical, social dans lequel se trouve l'héroïne (oui, très rapidement, on pense à elle comme à une fille et à une femme et non comme à un homme) et dont elle témoigne à travers l'expérience vécue. Et même s'il n'est pas évident de s'identifier, on comprend quel peut être le douloureux ressenti de ces personnes coincées dans deux univers qui, d'une façon ou d'une autre, leur sont hostiles.



J'ai particulièrement été touchée par l'évocation du vécu de ces familles ouvrières ou border line, laissées pour compte, par un pouvoir en place particulièrement réactionnaire. Confrontées à l'isolement, à la misère, à la non prise en compte de leurs besoins les plus élémentaires, elles n'ont souvent comme autres alternatives que celles de tomber dans la délinquance ou dans la drogue.



L'incipit du livre est particulièrement fort, car il débute sur l'évocation d'une scène de suicide et donne à voir la décrépitude dans laquelle sombrent les anges déchus, gangrénés par la drogue, des jeunes générations. Le style est âpre. Les images sont particulièrement violentes. D'emblée, on comprend le parti pris de l'auteure d'appeler un chat, un chat. Il sera donc question de drogue, de saleté, de merde et d'urine, de violence, de sexe (consenti ou pas, rémunéré ou pas)... et de la nécessité de vivre avec, dès lors qu'on n'a pas la chance de vivre dans les beaux quartiers !



Très vite, on voit l'héroïne évoluer dans ce milieu interlope, ce mode des ruelles obscures ou ce monde de la nuit, à la recherche de "modèles" auxquels elle/il pourrait s'identifier. A l'évocation de portraits particulièrement truculents (l'anormalité) alterne l'évocation de scènes familiales quotidiennes (la normalité) au sein desquelles l'héroïne est enfermée dans ses non-dits et doit se cacher pour trouver quelques moments de respiration.



On assiste donc au cheminement ambigu de l'héroïne vers son devenir : rentrer dans le rang en continuant à faire semblant d'être un homme ? ou s'assumer en tant que femme et le donner à voir ?



Je ne rentrerai pas trop dans le détail de l'histoire pour ne pas déflorer le sujet. Je pense qu'il appartient à chacun et chacune de s'approprier (ou pas) ce qui est dit et de se faire sa propre opinion du sujet.



Certes, il s'agit d'un thème dérangeant car il donne à voir une réalité à laquelle nous ne sommes guère habitués. Certes, cela se passe en Espagne (les lieux et les habitudes de vie ne sont pas forcément familiers) mais on imagine bien que la même situation peut se rencontrer dans tous les pays du monde.



Pour ma part, je pense avoir vécu la lecture de ce livre comme une vraie claque (tant par son fond que par sa forme). Je pense qu'il s'agit d'un livre qu'il faut avoir lu pour mieux comprendre cette problématique de vie, mais aussi parce que, au plan littéraire, ce premier roman est particulièrement bien écrit : par la force de ses mots, de ses images, de ses évocations, il nous transporte vraiment dans cette réalité qui n'est pas la nôtre.



Merci donc à la Fondation Orange de m'avoir permis cette belle découverte !















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La Mauvaise habitude

Mille mercis à Babelio et aux éditions Flammarion de m'avoir adressé lors de la dernière masse critique ce fabuleux roman tout en clair-obscur, magnétique, lumineux, grave et tellement bouleversant.

Il s'agit d'un premier roman mais l'écriture est là, nourrie de références, de mots recherchés, de gouaille et de caractère. Le livre est découpé en courts chapitres aux titres évocateurs… de véritables tableaux. Le lecteur suit la traversée d'une petite fille née dans un corps de garçon au cœur des années 80 dans une Espagne qui se réveille dans une gueule bois politique. Franco est mort, la movida s’installe, la pauvreté est là, l’envie de vivre, de désirer explosent sur les trottoirs de San Blas, cité ouvrière. Entre peur d’exister, quête d’identité et de figures tutélaires, luttes féministes, combats homosexuels, addiction (sexe, drogue, alcool…), masculinité parfois toxique, l’héroïne explore, observe, vacille, chute et se libère sur presque 40 années de vie. Roman d’amour de soi, de la famille (les portraits des deux parents pudiques et du frère vigilant m’ont ému aux larmes), de celle qu’on se créé (Eugénia, Margarita, La Chinchilla…), chaque phrase respire une analyse sociologique, poétique d’être au monde ou d’être soi et interroge sur la folie et la mort qui peuvent nous guetter quand les deux pans de nos existences ne sont pas en accord.

J’ai adoré même si je n’ai pas été épargnée par cet entremêlement constant entre Eros et Thanatos.

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La Mauvaise habitude

C’est l’histoire d’une petite fille, qui n’a pas le bon corps. C’est l’histoire d’une enfance et d’une adolescence entourée de violence, la violence « classique » subie par tous et la violence « en plus » subit quand on est à côté de la norme. Qu’elle soit faite exprès ou par méconnaissance/indifférence.



C’est l’histoire aussi de rencontres et de la construction d’une famille de cœur. Celle d’un phœnix qui se brûle les ailes et renaît… Ou pas. Ou si.



C’est un ramassis de scènes d’horreur, illuminé de quelques instants de grâce. Bref c’est la vie, sa dureté et sa douceur.



J’ai adoré cette narration sur le fil du rasoir, tranchante, qui va en ligne droite à travers les obstacles. Pas de concession ni de sous entendus, on est dans la tête, l’âme de l’auteur. De ses plus belles pensées à ses plus anodines en passant par la crasse.



Si vous avez lu L’amie prodigieuse, ou J’avais une Ile, vous comprendrez ce que je veux dire par la beauté laide de cette ambiance qui met d’autant plus en avant la beauté de quelques instants volés au quotidien…



Bref un roman a couper le souffle!
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La Mauvaise habitude

Je n’ai bizarrement pas tellement adhéré alors que l’histoire avait tout pour me plaire.



C’est queer, ultra féministe, très réaliste et juste concernant la transidentité.



Cependant, je n’ai pas aimé la narration ni accroché avec la multitude de personnages.



Un peu frustrant.
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La Mauvaise habitude

Je suis de ces personnes dont les parents avaient 15 ans à la fin de la seconde guerre mondiale, qui ont vu des potes ne pas revenir de la guerre d'Algérie, une époque où les couples ne pouvaient contrôler leur désir d'enfant.

Un temps où le colonialisme était synonyme de suprématie, sentiment de domination qui se transformera en rancoeur des dits blancs.

Pour eux il y avait des déviances, des comportements malsains, contraires à la conception judéo-chrétienne qui planait sur leur conscience.

Tous ces développements pour vous dire, même si cette lecture m'a semblé parfois trop silencieuse et pas assez évocatrice d'un état de souffrance à cause de portraits trop stéréotypes, je reviens de loin pour avoir "la largesse d'esprit".

Mais heureusement je ne peux qu'être satisfaite qu'aujourd'hui tous devraient pouvoir afficher leur personnalité car pour moi il ne s'agit que de ça, alors peut-être qu'un jour l'être humain sera en capacité de s'accepter tel que l'autre est.
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La Mauvaise habitude

Coincée dans un corps qu'elle ne comprend pas, notre narratrice tente de prendre exemple sur les femmes de son entourage. Coincée dans un quartier de Madrid, elle nous décrit sa vie au milieu de la drogue, des suicides, de la pauvreté et de la violence. Une violence qui s'étend partout, chez tout le monde et surtout envers ceux qui sont différents. Elle nous dresse le portrait de sa mère, véritable madone, de certaines de ses voisines frappées par un mari violeur d'enfants. Elle nous donne à voir les prostituées, les coins où elle peut s'adonner aux caresses et surtout, elle décrit ses sentiments face à ce corps encombrant, trop ou pas assez.



Un texte d'une gravité profonde, d'une moiteur sale mais empreint de moments tendres qui pour un temps laisse de côté la peur et le désespoir. Une écriture vibrante qui prend pourtant son temps face à l'adolescence et l'apprentissage. Un premier roman puissant et poisseux...
Lien : https://topobiblioteca.fr/
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La Mauvaise habitude

Madrid dans les années 80, plus précisément dans le quartier populaire de San Blas, il est bien difficile de trouver sa place lorsque petit garçon, on pressent déjà qu’on est pas à sa place. Une quête d’identité bien difficile dans un contexte évidemment assez peu ouvert à l’éclosion d’une vie de trans.



Voilà le décor planté. Je dois bien avouer ne pas avoir accroché avec ce cours roman / témoignage ? du coming-out, ou de l’absence de celui-ci. Je ne suis pas convaincue que cet ouvrage aura un retentissement si ce n’est au sein de la communauté LGBT.



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La Mauvaise habitude

La narratrice nous raconte sa vie dans le quartier ouvrier de San Blas à Madrid et son évolution dans celui-ci ainsi que le portrait de certaines personnes qui l'habitent, et comment elle se sent une femme depuis son enfance dans un corps qui ne lui correspond pas.

L'histoire est bouleversante et m'a donné envie de pleurer à plusieurs reprises tellement c'était émouvant en même temps que réaliste et je pouvais m'imaginer la vie de cette pauvre fille. Mais je n'ai pas trouvé de style d'écriture, voir qu'il était très mal écrit dans certains passages et avec des phrases très longues qui me faisaient me perdre dans la lecture. Elle fait beaucoup d'allusions à l'histoire ancienne et à la mythologie, mais peut-être elle en abuse un peu quand même.
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La Mauvaise habitude

La mauvaise habitude, c'est l'histoire d'une femme enfermée depuis l'enfance dans un corps de garçon. Nous sommes à Madrid dans les années 1980, à San Blas, un quartier populaire où la drogue et la violence font partie du paysage. La mauvaise habitude, c'est une histoire de trans, d'amour, d'abandon et de résilience. Et c'est sublime. Parfois long, souvent terrifiant, mais sublime.

"Elle" apprend à devenir une femme, à se maquiller en cachette dans la salle de bain, et à ne pas regarder son corps qui la dégoûte. "Elle" a l'urgence de se découvrir et la peur d'être découverte. Mais "elle" devient "il" dans la bouche des autres, comme un gros mot. Dans la bouche de tous ceux pour qui elle se cache et ne se travestit que la nuit. Eux ne l'appelle ni "mon chou" ni "ma cocotte".

La mauvaise habitude, c'est celle de pleurer. Trop proche de cette féminité qu'il faut refouler. Pourtant, ce premier roman d'Alana S. Portero est beau dans sa manière d'être un portrait de femmes. De toutes les femmes. Des mères, des amies, des putes et des reines: de toutes ces femmes qui s'aiment et s'entraident. La dernière scène de ce roman est d'une grande beauté. Voilà ses derniers mots:

"Je n'avais pas de nom mais j'existais. J'habitais ma propre légende [...]. J'étais toutes les femmes."
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La Mauvaise habitude

C'est le premier roman d'une historienne madrilène transgenre qui publie dans de nombreuses revues sur le féminisme et le transgenre.



Nous sommes dans les années 80 à San Blas , quartier populaire et délaissé de Madrid ou grandit une petite fille , prisonnière de son corps de garçon. On va suivre l'évolution de ce personnage au sein d'une société madrilène en pleine mutation après la chute de Franco ou règne la misère dans les quartiers ouvriers.



Ce texte explore la quête d'identité de cette jeune fille trans , initiée et épaulée par de nombreux personnages du quartier qui deviendront une famille de cœur. Malgré toute son obstination , elle restera figée dans son corps masculin malgré quelques échappées nocturnes féminines . On pénètre dans le monde des trans et homosexuels qui font face à la violence, au mépris mais aussi à l'entraide miraculeuse de cette communauté.

Ce récit est bouleversant de noirceur, de lutte féministe, de solitude pour ces femmes incomprises . J'ai particulièrement été émue par le personnage de Margarita, cabossée par la vie, qui tente de garder sa dignité jusqu'à la fin de sa vie dans un dénuement extreme.

C'est aussi une description fine de la société ouvrière de ces années, rejetée et oubliée dans les quartiers de périphérie ou règne la drogue et la prostitution. Mais persiste une belle entraide de quartier , soulignée dans les passages tendres du récit.



Le roman, constitué de courts chapitres titrés , instille une voix tranchée et puissante, aux expressions imagées et poétiques, qui suit les pensées du personnage aussi belles que sinistres et crues.

J'admire ce vibrant hommage à toutes ces femmes !
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La Mauvaise habitude

Dans ce premier roman, Alana S. Portero parle de façon très juste de la souffrance infligées à une personne trans par la société normative. Toujours accompagnée par une procession de fantômes, ces anges déchus évoqués dès l'incipit ou ceux et celles expulsés de chez eux encore adolescents par leurs parents et avalés par la ville, la narratrice promène sa souffrance dans un Madrid populaire ou nocturne. Elle y rencontre Marguerita ou Eugenia qui deviennent pour elle l'"incarnation de la beauté des survivantes". Après un long parcours d'humiliations, de négation de soi , soumise à un tabassage en règle, elle pourra enfin affirmer : " Je n'avais pas de nom mais j'existais. Je n'avais pas de nom mais j'étais toutes les femmes."
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La Mauvaise habitude

Alana S. Portero est une écrivaine, poète, dramaturge et metteuse en scène espagnole. Elle écrit sur la culture, le féminisme et l'activisme LGBT, avec un accent particulier sur les femmes trans genres.



"La mauvaise habitude" est son premier roman. Il traite justement du sujet des femmes trans, puisque nous allons suivre la vie de notre narratrice qui n'a pas de nom (en raison de son problème d'identité.) durant les années 1980-1990 au cœur d'un quartier ouvrier de Madrid. Le chemin de cette dernière va croiser celui de différentes femmes de cette communauté comme Margarita, Eugénia et les autres. Elles seront d'une grande aide pour cette jeune fille qui se cherche. Comme elle le dit, je vis dans 2 mondes sans que personne ne m'attende dans l'un ou dans l'autre.

On va donc être confronté aux difficultés quelles rencontres tous les jours que ce soit à l'école, dans le quartier... Malgré une famille, aimante. Comment parler de ce que l'on ressent lorsque les personnes ne connaissent pas le sujet et il ne faut pas oublier que c'est une autre époque? Elle va devoir faire face aux moqueries et à l'ignorance des gens. C'est humiliant et il ne faut pas oublier que "l'humiliation va souvent de pair avec la dépression."

L'autrice qui est aussi trans genre, nous fait découvrir cet univers avec toute la violence qui l'accompagne. Son écriture percutante, directe, tranchante nous dépeint la dure réalité des choses.

"Savoir que l'on a besoin d'un placard où se cacher vous rend particulièrement douée au jeu du mensonge et de la vérité, lucide quant à ce que vous pouvez ou non révéler."

"Je n'avais pas encore appris que la violence machiste s'exerce indépendamment de ce que les femmes font ou renoncent à faire."



Ce roman est découpé en chapitres courts qui sont des moments, des tranches de vie dans ce quartier pauvre de San Blas. On y découvre toutes ces histoires et surtout toutes les horreurs que notre héroïne a connu. Mais elle a toujours rencontré des personnes bienveillantes qui lui ont montré le chemin.



J'ai trouvé ce roman fort et émouvant. C'est un roman coup de poing dont le sujet ne laisse pas indifférent et que l'on ne peut oublier.



Je remercie lecteurs.com ainsi que les éditions Flammarion pour cette belle découverte.



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La Mauvaise habitude

Jeune fille coincée dans un corps de garçon, la narratrice raconte une quête d’identité, des questionnements, des difficultés, des humiliations, le regard des autres, le tout à Madrid dans les années 1980-1990.



J’ai beaucoup aimé ce roman, sur cette thématique des femmes trans que je connais peu, et que je n’avais jamais rencontré en littérature. Des passages sont très durs à lire tellement les êtres humains peuvent parfois être cruels les uns envers les autres. J’ai aimé suivre cette petite fille qui devient grande, qui tente coûte que coûte de se trouver, en se laissant parfois complètement de côté. Un très beau récit.

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La Mauvaise habitude



Terrible ce premier roman qui retrace la vie d'une jeune fille née dans un corps de garçon à Madrid dans les années 80.

J'ai découvert un monde qui n'est absolument pas le mien. Ca m'a transportée dans les premiers films d'Almodovar que j'ai vus. La plume est féroce, l'ambiance est noire ou plutôt désespérée mais malgré tout l'espoir existe. Il y a des passages magnifiques. Mais il vaut mieux ne pas le lire quand on est au fond du trou !
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La Mauvaise habitude

Le témoignage puissant du parcours erratique d'une femme transgenre dans le Madrid populaire des années 1980. Encore enfant, elle décrit le placard qui enferme et protège, l'enlisement dans un corps repoussant et la dissimulation derrière une identité de genre surjouée, caricaturalement masculine. Dans son univers imaginaire peuplé de mythes et légendes, références bibliques et stars non binaires, la jeune femme commence à entrevoir une existence désirable mais reste enchaînée par la peur. A l'adolescence, elle éprouve des courts moments de liberté et d'affirmation avec, toujours, les retours de bâton de la coercition transphobe et homophobe qui annihilent tout espoir de vie. Mais, il y a les rencontres décisives avec des femmes, se tenant fières et affirmées dans un monde hostile et violent, qui lui transmettent la force de poursuivre sa quête d'émancipation.
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La Mauvaise habitude

Premier roman féroce (mais pas autant que ce qu'elle a vécu), émouvant voire éprouvant... Et pourtant sa voix, lumineuse et vibrante, nous entraîne dans sa quête d'identité pour être enfin, et juste, elle même...une femme trans en Espagne dans les années 80. Période encore hyper conformiste et machiste où les femmes n'ont pas vraiment beaucoup de choix pour s'émanciper de leur milieu populaire : faire le ménage ou le trottoir et pour les trans, il est encore plus réduit. Mais c'est compter sans sa détermination...

C'est fort et ça remue pas mal toute cette souffrance mais aussi cette solidarité, sororité... vues de l'intérieur par les yeux d'une gamine, puis adolescente et enfin adulte.
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La Mauvaise habitude

L'une de mes meilleures lectures de l'année. Qui parle de nous, des queer, des rejeté.es . Qui sait saisir l'universalité de notre vécu.



Tantôt discriminé.es, tantôt enthousiasmé.es par la jouissance de notre existence. Cette histoire raconte le vécu d'une enfant puis d'une adolescente et bientôt adulte, prise dans les tourments identitaires de qui se sait différente.



Tantôt pédé, tantôt femme, virevoltante et flamboyante la nuit, se dévoilant au détour d'un café du quartier TPG madrilène, tantôt performant une masculinité malhabile lors d'un match de foot.



Ce roman d'une puissance rare réussit à toucher et saisir ce qui est habitué à rester dans la clandestinité. Il défait les masques avec tendresse et nous fait appréhender le quotidien d'une jeune femme trans, dans une Espagne encore empreinte du Franquisme et, toujours, de l'homophobie et de la transphobie.



Une manière de toucher la beauté d'une existence empêchée, violentée, reniée. Mais finalement revendiquée avec une bravoure qui nous émeut aux larmes et nous donne à voir un futur libérateur, même si on le craint semé d'embûches.
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