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Critiques de Pablo Auladell (14)
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Le paradis perdu de John Milton
  05 décembre 2015
Le paradis perdu de John Milton de Pablo Auladell
Œuvre poétique majeure de John Milton, Le Paradis Perdu a entre autres grands noms été traduit par Chateaubriand en 1861. Pour cette nouvelle adaptation, c'est le 9e art qui est mis à l'honneur avec le somptueux travail graphique de Pablo Auladell. Ce projet qui a failli ne pas voir le jour, a finalement abouti après deux ans de jachère (cf. le premier chant sur Satan) et trois nouvelles années de travail pendant lesquelles les techniques de dessin de l'auteur espagnol ont évolué en même temps que sa perception des choses. S'il juge la qualité de son travail inégal, Pablo Auladell prend le parti de ne "retoucher que l'indispensable afin de garantir une certaine cohérence esthétique et narrative" et il livre avec ce bel album "Une sorte de livre témoin, de livre bilan qui acte les progrès et les échecs d'un travail de plusieurs années" (extrait de l'avant-propos). Pari ambitieux réussi pour cette superbe interprétation graphique en forme de clin d’œil à Gustave Doré et William Blake (qui ont eux aussi investi leur art dans l'illustration du célèbre poème épique) et aux artistes de la Renaissance... Assurément un beau livre qui trouvera sa place dans vos bibliothèques...



Le Paradis Perdu de Pablo Auladell, zoom illustré sur le second récit de la Genèse

Composé de quatre livres (Satan, Le jardin des délices, Les premiers souvenirs du monde, L'épée flamboyante), cette adaptation en bande-dessinée du Paradis perdu de Milton revient sur le second récit de la Genèse au moment où Satan et ses anges rebelles ont été écrasés par l'armée divine. Aux yeux de l'ange déchu pour qui "Mieux vaut régner dans l'enfer que servir dans le ciel", la guerre n'est pas finie. Invoquant son armée de démons en conseil de guerre (Belzébuth, Moloch, Chemos, Astarté, Dagon, Belial, Mammon), Satan décide finalement d'agir en solitaire en s'introduisant au Paradis pour corrompre cette nouvelle espèce au libre arbitre créée par Dieu : l'Homme. Ayant succombé à la tentation du fruit défendu, Adam et Eve sont bannis du Jardin d'Eden...



De l'art d'illustrer un poème épique sous forme de bande-dessinée...

Audacieuse entreprise que celle d'illustrer la prose du poète anglais postérieurement à la grandiose adaptation de Gustave Doré. Et pourtant, Pablo Alaudell se prête admirablement à l'exercice. Chacune des vignettes des trois-cent quinze pages de l'album sont de véritables peintures : paysages brouillés ou charbonnés, visages aux regards ultra-expressifs, jeux de contraste et utilisation parcimonieuse des couleurs donnent une rare puissance à ces planches dont on a le plaisir de voir évoluer les techniques graphiques au fur et à mesure de la lecture. Certains préfèreront les traits plus assurés et les couleurs mieux maîtrisées des derniers livres. Personnellement, c'est le premier livre qui m'a le plus séduit : les illustrations aux couleurs sépias et les bichromies, mais aussi la sombre armée des démons de Satan m'ont franchement conquise... Bref, un sublime récit biblique en images qui prouve encore une fois que la bande-dessinée sait constamment se réinventer...



Du 9ème art comme un appel à de multiples lectures...

Je le soulignais déjà dans un autre billet au sujet de Le Photographe d'Emmanuel Guibert et Didier Lefèvre, cet album offre divers jeux de lecture tout aussi intéressants les uns que les autres. En plus d'inviter à (re)découvrir l’œuvre de John Milton, cette interprétation graphique joue sur des codes multiples qui sous-tendent diverses pistes de lecture. En voici quelques-unes : l'aspect biblique (vision chrétienne de l'homme), l'aspect épique (récit de l'épopée satanique), l'aspect poétique (prose de Milton), l'aspect onirique (interprétation graphique du point de vue du bédéiste)... la multitude d'interprétations possibles confèrent à ce "poème épique illustré" une richesse de lecture à laquelle je vous invite à vous abandonner...
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Le paradis perdu de John Milton
  17 mai 2019
Le paradis perdu de John Milton de Pablo Auladell
Cette oeuvre de plus de 300 pages réalisée au pastel par Pablo Auladell d'après les écrits de John Milton nous transporte dans une interprétation du commencement biblique, de la chute de Satan au jardin de SABA. La cité de Dieu et tous les lieux de ce livre ressemblent à Venise (dans les cieux) ou au Vatican, aux peintures anciennes italiennes. Le trait est sur, par contre les bulles et les textes apportent une typographie moderne.
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La Tour Blanche : Le livre des étés
  05 juin 2021
La Tour Blanche : Le livre des étés de Pablo Auladell
Un graphisme totalement épuré pour un récit mélancolique un peu dénué d'intérêt. Voilà ce que je retiens de cette ballade douce amère dans le passé.



Les couleurs ne sont présentes que pour les scènes qui se situent dans l'enfance de cet homme aigri qui souhaite revenir habiter dans un immonde immeuble au bord d'une plage espagnole. Le scénario n'est guère convaincant avec une fin en queue de poisson. Normal, face à la mer...



C'est bien de revenir sur les traces de son passé. Cependant, il ne faut pas vivre dans le passé en se remémorant tous nos actes manqués en qualité d'adolescent mal dans sa peau. C'est le présent qui compte et le futur à bâtir. Or ce présent n'est évoqué qu'en noir et blanc dans un style graphique qu'il faut véritablement épouser.



L'auteur a reçu pour cette œuvre en 2006 le prix "révélation" au salon de Barcelone. La tour blanche est loin d'évoquer pour moi la chaleur estivale et les folles passions autour d'une plage.

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Le paradis perdu de John Milton
  10 mars 2018
Le paradis perdu de John Milton de Pablo Auladell
Le Paradis Perdu, c'est un long poème de John Miltion racontant le combat entre Michel et Satan, la déchéance de Satan et de ses armées, ainsi que le pêché originel commis par Adam et Êve. Et ici il s'agit de l'adaptation de ce poème en roman graphique, par le Talentueux Pablo Auladell.

Prenant le texte d'origine de John Milton, et illustrant l'histoire, de manière très sombre, des nuances de gris pour l'enfer, des nuance bleu et gris pour le ciel, et des nuances vertes et grise pour l'Eden. Le tout dans un style très reconnaissable à Pablo Auladell, avec ces personnages très élancées, et des visages très reconnaissable. Le travail d'illustration à été fait en plusieurs fois, si bien que le dessin de Pablo Auladell au fil de l'album évolue, ce qui est très intéressant.

Encore une très belle lecture.
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Je suis mon rêve
  09 mars 2018
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
Je suis mon rêve est un magnifique roman graphique de Felipe Hernandez Cava et de Pablo Auladell.



Cette bande dessinée aborde le sujet de la 2nd guerre mondial en Crimée, vu par les yeux d'un aviateur. Entre histoire familial, et récit historique, cette oeuvre est d'une beauté puissante et émouvante. Un sujet profond, avec un traitement profond, qui mériterait plusieurs lectures pour bien en saisir l'entièreté du sens. Le tout servi avec un graphisme d'une grande beauté, utilisant en grand parti le noir et le blanc donnant un aspect très profond et sombre à l'oeuvre.



Une belle découverte.
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Je suis mon rêve
  22 août 2012
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
Un album qui va chercher dans la tragédie et l’horreur tant de beauté et de poésie qu’il en est particulièrement troublant.
Lien : http://www.bdencre.com/2012/..
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Le paradis perdu de John Milton
  14 novembre 2020
Le paradis perdu de John Milton de Pablo Auladell
C’est un auteur espagnol peu connu en France qui nous propose un gros pavé. J’avais avisé un de ses titres à savoir La Tour Blanche. Je n’avais pas trop aimé car un style assez particulier. Je vois d’ailleurs que mise à part mon avis il y a 5 ans, personne d’autre n’a avisé. La tour blanche avait reçu 5 ans auparavant des prix en Espagne lançant visiblement la carrière de cet auteur. Là, il nous produit une œuvre plutôt magistrale où il met tout.



J’ai failli mettre une étoile mais au fil de la lecture, cela monte à 3. Il va falloir s’accrocher car ce n’est pas facile d’approche. Tout d’abord, il s’agit de l’adaptation d’un poème épique de John Milton publié en 1667 ! Le poème traite de la vision chrétienne de l'origine de l'Homme, en évoquant la tentation d'Adam et Eve par Satan puis leur expulsion du jardin d’Eden. Ce texte a été traduit en français par Chateaubriand lors de son exil en Angleterre. Bref, il était sans doute difficile d’adapter un tel poème sous la forme bd.



Satan, l’ange déchu, vient d’être vaincu par les armées divines. Avec son armée d’anges rebelles, il s’apprête à relancer une attaque contre le Ciel lorsqu’il entend parler d’une prophétie : une nouvelle espèce de créatures doit être formée par le Ciel. Il décide alors de partir seul en expédition. Sorti de l’enfer, il s’aventure dans le paradis, et trouve le nouveau monde. Après avoir facilement dupé l'ange Uriel en changeant d’apparence, il s’introduit dans le paradis et découvre Adam et Ève. Dieu l’apprend, mais décide de ne rien faire : il a créé l’homme libre, et lui accordera sa grâce quoi qu’il arrive… si toutefois il respecte la justice divine.



Satan sera donc le personnage principal de cette œuvre. On pourra même essayer de comprendre ses motivations purement humaine à savoir prendre le contrôle des cieux et donc du pouvoir suprême. Adam se présentera comme quelqu’un de bien sur qui on pouvait compter mais qui succombera à la tentation par amour. Par contre, Eve sera celle qui se laisse tenter assez facilement : une image de la femme pècheresse pas très reluisante qui pourra heurter le politiquement correct actuel. On blâme souvent le rôle des femmes dans la religion musulmane mais en lisant cette œuvre, on peut également se poser des questions sur la religion chrétienne. A noter que cette remarque n’engage que moi.



En effet, pour moi, la religion est la source de tous les maux sur Terre. C’est fou ce que les peuples ont besoin de se créer des dieux pour ne pas affronter le néant que produit la mort. Cependant, je comprends et accepte ce besoin d’espérance. L’homme a créé Dieu (et non l’inverse) pour dominer ses semblables. Quand on voit commet agit Satan et Dieu, on se rend compte au sortir de cette œuvre que tout n’est que mythologie purement humaine. Un monde idéal pour moi serait un monde où il n’y aurait pas de religion. On pourrait alors s’amuser à Paris sans se faire allumer et la paix règnerait sur Terre.



Bon, pour en revenir à cette œuvre hautement onirique, cela pousse bien évidemment à ce type de réflexion. J’aime bien par exemple cette maxime évoqué par Satan : Mieux vaut régner dans l'enfer que servir dans le ciel. On va également assisté à une bataille entre anges et démons digne d’une méga-production d’héroïc fantasy.



Il y a de plus un somptueux travail graphique accompli par l’auteur dans une atmosphère faite d’ombre et de brouillard. Cependant, l’iconographie est assez spéciale et pourra rebuter plus d’un. Les connaisseurs seront conquis. Il y a une belle puissance qui se dégage de ces planches. On dirait de véritable peinture sorti des tableaux de la Renaissance. On observera même des variations dans le graphisme afin de coller au plus près à la narration. Bref, un modèle pour les Ecoles de beaux-Arts.



Tout n’est que vanité et corruption ? Il semblerait. A lire pour s’en convaincre. Pour l’achat de cette oeuvre graphique : le prix 35€ peut dissuader. Je le répète : c’est pour ceux qui sont réellement motivés.
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Je suis mon rêve
  11 mars 2015
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
un émerveillement visuel et un texte très poétique, riche en allusion et double sens qui raconte la reation à travers le temps entre une shamane et un pilote d'aviation allemand pendant la seconde guerre mondiale. Mélange surprenant d'histoire familiale, de rencontres improbables, de dénonciation des horreurs de la guerre et de shamanisme. Ce livre au titre magnifique récame plusieurs lectures pour en aisir toute la portée. Dense et puissant!
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Je suis mon rêve
  21 novembre 2014
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
Un sujet magnifiquement illustré. Envoutant
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Je suis mon rêve
  17 juin 2019
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
Tant dans le traitement que dans le contenu cet album est une réussite totale. Profondeur, retenue, poésie caractérisent ce récit qui narre des faits atroces qui ont eu lieu pendant la seconde guerre mondiale. Cava et Auladell nous émeuvent et nous amènent à réfléchir sur ce qui conduit un individu à des actes fanatiques.
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Le paradis perdu de John Milton
  26 juin 2015
Le paradis perdu de John Milton de Pablo Auladell
Le livre s'ouvre sur une nuit primordiale; d'où paraît la figure masquée du Péché.

Son masque, comme de bien entendu, est celui d'une femme.

Elle approche. Retrouve les bras d'un homme étendu et satisfait. Alerté par deux panoramas silencieux d'une cité très florentine enveloppée de nuages, l'homme quitte sa couche et la chaleur de son amante pour écarter les lourdes étoffes qui aveugle la fenêtre de sa loge.

Puisqu'il porte deux grandes ailes blanches, ce doit être un ange, et ce doit donc être le royaume des Cieux qu'il contemple. Il se penche au dehors comme pour mieux distinguer une chose qui le trouble et dont il veut être certain. Car il y a quelque chose ou quelqu'un; un ange se tient à l'extrémité d'une jetée, la main gauche sur le pommeau d'une épée, il scrute les nuées comme les pages d'un livre ouvert.

À la troisième case de cette séquence, l'archange Michel répond au regard de Lucifer, et à travers lui, à travers ces yeux sereins, irrévocables et glacés, c'est le Créateur qui abat son jugement.

Je te vois. Je t'ai vu.



Alors que Dante, avec son amplitude inédite, prétextait une géographie idéalisée des trois verdicts de l'âme pour dresser un inventaire des vices et des vertus accumulés jusqu'à son époque, Milton fait tonner les trompettes de la gloire éternelle et insuffle au récit des origines chrétien la geste de l'épopée fondatrice. Sa contribution la plus déterminante aux exégèses, si l'on peut dire, tient pourtant à l'esthétique autrement plus nuancée du baroque, qui veux tout savoir et tout montrer, qui a pour objet la sensualité et son épaisseur matérialiste, qui imprime à la langue de Milton un foisonnement ostentatoire, une rugosité et une invention propices aux métamorphoses des corps et des esprits.

Un verbe haut pour l'épopée baroque de la Chute, une pompe allusive pour dire l'orgueil des anges damnés, une dramaturgie en tension pour sonder l'origine du mal, dont la paternité échoie à Lucifer qui conçu le Péché comme l'Éternel conçu l'interdit.

Au plus lumineux des fils du Ciel revient le fardeau du choix, il est l'alternative malheureuse justifiant le libre-arbitre accordé aux chérubins comme aux hommes nés de la terre: Pour ou contre moi dit le Créateur, en haut ou en bas, sinon que vaudrait l'amour de ses créatures sans la possibilité du choix, sans l'épreuve d'une tentation? La création mise en balance, et tandis que les anges auront consommé leur schisme, l'humanité, elle, demeurera au centre d'une partie jouée d'avance: le jugement sonnera sa fin, et la miséricorde du Fils sauvera les méritants pour l'éternité.

Pour Satan, qui est le héros du Paradis Perdu selon les romantiques, mais en est surtout l'argument, il n'y aura pas de salut, car la rédemption prise pour la soumission restera étrangère à son esprit vaniteux, qui ne conçoit plus que vengeances.



Ô Muse céleste…

J'invoque ton aide pour mon chant aventureux, car il prétend s'envoler du haut des monts d'Aonie…

… Pour rapporter des choses jamais contées jusqu'alors par quiconque.

Ô Esprit! Puisque ni le Ciel ni la profonde étendue de l'Enfer ne dérobent rien à Ta vue, dis moi…

… Quelle cause poussa nos premiers parents à se séparer de leur Créateur?

Qui les entraîna à cette honteuse révolte…?

… À transgresser leur unique interdit?

Le Serpent…

L'infernal Serpent."



C'est à cette verve intimidante que Pablo Auladell confronte son interprétation littérale; bien que ses images doivent imposer leur économie à celle du texte protéiforme de Milton et lui rendre ses apparence équivoques. Elles doivent faire résonner l'argument épique et l'argument baroque à travers la syntaxe polysémique du dessin, qui joue d'exagérations signifiantes et de contrastes dramatiques pour susciter l'interprétation et la nuance. Pour déployer ce conte aventureux elles doivent en épouser le rythme et la mesure selon leur propre syncope, celle que produit la bande-dessinée sur la textualité.

Pour Auladell l'interprétation doit être véhiculée par plusieurs choix esthétiques raisonnés: D'abord la texture, appuyée ici par les effets de matière provoqués par les crayonnés rehaussés de pastels, de lavis et de fusains. La technique imprime le grain d'une épaisseur aux choses et aux êtres, les encombrent d'une masse congrue et de postures hiératiques qui conviennent à une iconographie chrétienne héritée des primitifs italiens. Cette référence s'affirme aussi bien dans la représentation de la nature édénique que dans le dessin des visages, paupières béates et doigts sinueux du sacrement citent Giotto et l'école florentine jusqu'à Botticelli; les physionomies et les cadrages, qu'ils évoquent la divinité ou suscitent une proximité charnelle, payent leurs dettes à Blake, Martin et Doré. Un champ référentiel documenté et synthétique qui préside au style expressionniste du dessinateur, où le graphisme varie selon les soubresauts de la narration, et y participe donc pleinement. Que l'orgueil de Lucifer soit blessé par l'élection du Fils de Dieu, et son visage se brouille dans la figure d'un oiseau de proie charbonneux. Qu'il brandisse son poing menaçant à la face de Gabriel, et son membre s'atrophie jusqu'à devenir une masse boursouflée. Qu'il s'agisse de faire la démonstration de sa puissance, et son corps prend les dimensions d'un géant terrible, procédé récurrent de la littérature sacrée quand elle veut affirmer l'échelle du divin.

Ces figures de style côtoies des panoramas silencieux et la délicate symétrie des visages romans, auxquels l'auteur accorde des attentions particulières, postulant que leurs physionomie traduise quelques vérités intérieurs - Ainsi les habitants du ciel partage-t-ils des profils aviaires hérités de la Colombe immaculée, tandis que les anges révoltés se trouvent affublés de masques grotesques et bigarrés faisant passer leur assemblée pour un conclave de dieux païens ou une sinistre Comedia Dell'Arte, dans laquelle on sent poindre, peut être, les danses macabres imaginées par Jérôme Bosch.

Les regards forgent les expressions complexes de la suggestion - le visage mobile de Satan s'oppose aux traits résolus et acérés de l'archange Michel sa némésis, Les silences de Belzébuth suspendent le temps à son regard mélancolique et lucide. Ève tend le Fruit à Adam, elle nous le tend, et dans son regard confiant affleure déjà la compréhension du Mal. Ce fruit, ce sourire esquissé et ce regard entendu deviennent captivants de justesse et forment une image iconique, une icône parmi d'autres capables de contenir le livre à elles seules.



La nostalgie traverse cette transposition comme son modèle, celle du bonheur perdu, de la candeur voilée par l'envie et des innocentes vérités de l'enfance, écrasées par les préjugés de la maturité. le libre arbitre est une illusion car il a pour fondations la tentation du vice contre la vertu, une vertu autoritaire et sans appel qui laisse du champ à la révolte des esprits pollués par le doute. le libre arbitre est une épreuve biaisée, car une seule voie conduit au salut et au bonheur, celle du Tout-Puissant qui ne transigera sur aucune des expressions de sa glorieuse domination, puisqu'il est le Démiurge, puisqu'il est omniscient.



Dans la Divine Comédie le libre arbitre cesse à l'heure de la mort, qui sonne le glas sonne l'heure du jugement. Dans la mystique pratique d'Emmanuel Swedenborg, les défunts s'orientent naturellement selon leurs inclinaisons, et peuvent donc trouver leur compte dans l'Enfer comme souffrir de la lumière des Cieux.

Pour Milton l'issue ne fait pas que des bienheureux, et le monde s'érode au gré des méfaits de la vanité, parente de la corruption; l'humanité s'éreinte dans une séparation punitive: Celle des créatures avec leur Créateur, celle de l'ordre et du changement, de l'homme et de la femme, l'essentiel gangréné par le contingent. Telle est la condition humaine en sa vallée des larmes; en funambules, les hommes sont bien au centre de leur univers vertical où coexistent le Bien et le Mal.



"Ils regardèrent derrière eux, et virent toute la partie orientale du Paradis, naguère leur heureux séjour, sur laquelle tournoyait l'épée flamboyante: La porte était obstruée de figures redoutables et d'armes ardentes.

Adam et Ève laissèrent tomber quelques naturelles larmes qu'ils essuyèrent vite. le monde entier était devant eux, pour y choisir le lieu de leur repos, et la Providence était leur guide. Main en main, à pas errants et lents, ils prirent à travers Éden leur chemin solitaire."



Et au commencement, fut la fin.

Du reste, le chemin solitaire et tortueux que devront arpenter tous les descendants du couple originel n'admet qu'une seule issue, celle d'un paradis intérieur.

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Le paradis perdu de John Milton
  31 mai 2015
Le paradis perdu de John Milton de Pablo Auladell
(FV31) Que dire sur cette BD, si ce n'est que j'ai eu un gros coup de coeur. Je ne connaissais que de réputation le poème de Milton mais je crois que je vais le lire très vite. Le graphisme change au fur et à mesure du récit. Je sais pas si cet album peut faire parti de la sélection du prix mais je pense qu'il a sa place dans les bibliothèques.



(NB971) Magistral ! Une poésie et un dessin virtuoses... Un album de référence pour les écoles de Beaux-Arts, les collectionneurs ou les passionnés. Il demanderait une étude approfondie pour l'apprécier pleinement. Aussi bien pour le texte que pour le graphisme. Mais de trop haut niveau pour le Prix pour ce qui me concerne. A recommander pour les médiathèques !



(LX971) Trop hermétique... suis resté dehors. Force est de reconnaître que le graphisme est riche et fascinant mais ajouter à cela le texte de Milton, trop pour moi, désolé. Je crois qu'en l'occurrence, j'aurais préféré une bd muette...
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Je suis mon rêve
  07 mai 2012
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
Passé relativement inaperçu pour l’instant, ce récit étonnant mérite d’être lu avec attention : réellement profond […] et esthétiquement puissant, c’est une introduction enthousiasmante à la bande dessinée espagnole contemporaine, qui prouve ici sa richesse.
Lien : http://www.du9.org/chronique..
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Je suis mon rêve
  11 avril 2012
Je suis mon rêve de Pablo Auladell
On y est littéralement aspiré par le dessin de Pablo Auladell : une évocation graphique envoûtante, d'une intensité feutrée, où se réinvente l'explicite cruauté de la tragédie en marche et où s'impose l'impalpable et obsédante présence des fantômes qui hantent le héros.
Lien : http://www.telerama.fr/criti..
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